France

Pourquoi Manuel Valls doit adhérer à l'UDI

Jean-Marie Bockel, mis à jour le 14.11.2014 à 7 h 29

On peut être convaincu par la ligne sociale-libérale fixée par le Premier ministre et être convaincu qu’il n’arrivera pas à la faire soutenir par son parti.

Manuel Valls, le 14 octobre 2014 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Charles Platiau.

Manuel Valls, le 14 octobre 2014 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Charles Platiau.

En 2007, j’ai quitté le Parti socialiste parce qu’il n’assumait pas d’évoluer vers un «blairisme à la française». Sept ans plus tard, si Manuel Valls, blairiste assumé comme moi, est cohérent, il va devoir quitter le PS à son tour.

La politique économique et sociale de Manuel Valls est sociale-libérale. Le social-libéralisme n’est pas un gros mot. Au sens strict, il s’agit d’une doctrine qui entend donner à chacun les moyens de sa liberté. Ce n’est donc ni le conservatisme, qui veut protéger les dominants de la société sous couvert de tradition et de stabilité, ni l’égalitarisme, qui nivelle la société par le bas sous prétexte de justice sociale. Entre la loi du plus fort des uns et l’interdiction de réussir des autres, le social-libéralisme partage autant qu’il faut pour abolir les inégalités insupportables, et redistribue juste assez pour donner à chacun une chance de réussir par son mérite.

En d’autres termes, tout bien réfléchi, le social-libéralisme est sans doute le seul authentique projet d’émancipation humaine. Par conséquent, lorsque Manuel Valls fait du rapport Attali 2 de 2010 son programme de gouvernement pour la France, je l’approuve. Lorsqu’il juge nécessaire de se débarrasser de la «gauche passéiste», de cette gauche à «surmoi marxiste», je suis d’accord avec lui. Lorsqu’il réitère sa proposition de changer le nom du Parti socialiste pour assumer la mue blairiste de ce dernier, je salue sa cohérence. Et quand il évoque le besoin de jeter des ponts entre progressistes de tous bords, cette ouverture d’esprit a toute ma sympathie.

Je suis cependant absolument certain qu’il n’a aucune chance d’être suivi par son propre camp sur ce chemin de rénovation et de modernisation.

Si j’en suis absolument certain, c’est parce que je suis moi-même passé par là, il n’y a pas si longtemps. Au tournant des années 2000, j’avais proposé à mes camarades d’alors du PS une mue complète et assumée vers le social-libéralisme, avec pour modèle revendiqué le New Labour de Tony Blair. En privé, un François Hollande, une Martine Aubry, un Laurent Fabius, un Michel Sapin, et tant d’autres, étaient d’accord avec moi sur le fond. Mais en public, c’était à qui maniait avec le plus de brio la langue morte, et démagogue, de l’égalitarisme. Et les mêmes de s’étonner qu’à force de se faire élire sur des messages comme ceux-ci, la déroute électorale soit ensuite systématiquement au bout du chemin… Qui promet le «Grand Soir» gagne plus facilement mais sera ensuite vomi par les électeurs pour les avoir trompés. Qui promet de meilleurs matins gagne plus difficilement, mais ne donne pas aux électeurs le sentiment d’avoir été floués.

Toujours est-il que quand Manuel Valls veut transformer le PS en parti social-démocrate à la scandinave, il doit comprendre que, même si l’essentiel des caciques du parti sont entièrement d’accord avec lui sur le fond, ils le combattront presque tous pour la forme.

C’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui, malgré les intentions affichées par Manuel Valls, l'UDI ne peut pas soutenir son gouvernement: parce qu’au-delà des intentions, que j’approuve, il y a les réalisations, qui sont chiches. Le gouvernement Valls 2 est celui d’un social-libéralisme courageux dans le verbe mais pusillanime dans les actes.

À cela, une raison très simple: le volontarisme du Premier ministre se heurte à l’impératif catégorique de faire tenir la majorité parlementaire jusqu’en 2017. L’accumulation des atténuations, compromis et contreparties accouche donc tous les mois ou presque de réformes dénaturées, bancales, incohérentes. Bref, pour le résumer d’une phrase, la sincérité sociale-libérale de Manuel Valls se heurte à l’imposture socialiste de son propre camp.

À l’échelle de la vie interne du PS, j’ai déjà connu tout cela lorsque je proposai, il y a une quinzaine d’années, la mue préconisée par le Premier ministre aujourd’hui. Si sa ligne sociale-libérale a ma sincère approbation, je suis donc tout à fait convaincu qu’il n’arrivera pas à la faire soutenir par ce parti.

Je l’encourage par conséquent à tirer les conséquences de cette incompatibilité, comme je le fis moi-même en 2007. Je l’encourage, parce qu’il est comme moi social-libéral, à quitter ce PS qui refuse d’assumer l’être. Je l'encourage, parce qu'il est comme moi social-libéral, à adhérer à l'UDI.

Jean-Marie Bockel
Jean-Marie Bockel (2 articles)
Sénateur du Haut-Rhin, vice-président de l'UDI et porte-parole en charge de la politique étrangère
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