Economie

Economie: quelques raisons d’espérer... mais pas pour tout de suite!

Gérard Horny, mis à jour le 03.11.2014 à 17 h 10

Un peu d'optimisme.

REUTERS/Issei Kato

REUTERS/Issei Kato

C’est entendu: tout va mal, nous sommes mal gouvernés, l’Union européenne est une catastrophe et nous ne nous en sortirons jamais si nous continuons comme ça. Pourtant, si l’on veut bien regarder de plus près l’actualité économique, on peut trouver quelques bonnes raisons de penser que, peut-être trop lentement, mais sûrement, des mécanismes se mettent en place qui devraient conduire à une amélioration progressive.

Prenons d’abord l’exemple de la politique budgétaire. Il est vrai qu’après la crise de la dette dans la zone euro en 2011, elle s’est durcie dans tous les pays, à des degrés divers,  pour tenter de ramener la confiance des investisseurs.

Alors que les entreprises et les ménages étaient déjà en train de réduire leur endettement après la crise financière de 2008,  la croissance européenne perdait ainsi son dernier moteur. Le résultat, on le connaît: deux années de récession en 2012 et 2013 et une année 2014 qui risque de se terminer bien au-dessous des prévisions.

Une application plus souple des règles

Dans ce contexte, l’examen des projets de budget 2015 par la Commission européenne pouvait susciter quelques inquiétudes, surtout pour l’Italie et plus encore pour la France, qui n’était visiblement pas dans les clous. Finalement, la Commission semble se satisfaire des quelques arrangements de dernière minute proposés par les deux pays. 

Dans le cas de la France particulièrement, la découverte providentielle des quelques milliards manquants ne paraît guère convaincante, mais tout le monde semble avoir décidé de s’en satisfaire. Il n’est pas jugé utile d’exiger des gouvernements un effort  supplémentaire, qui risquerait d’affaiblir encore un peu plus une activité languissante. On leur demande de faire attention et de ne pas ignorer ouvertement les règles du jeu européennes, mais on accepte une certaine souplesse dans l’application de ces règles.  C’est plutôt bon signe.

Il reste à savoir comment le nouveau président de la Commission, Jean-Claude Juncker, va s’y prendre pour mettre sur pieds le grand programme d’investissements annoncé et  quelle sera la portée réelle des mesures de relance que vont proposer ensemble la France et l’Allemagne.

Mais une chose est certaine: une prise de conscience s’est faite qu’il est temps de passer à une autre phase. Angela Merkel est toujours aussi conservatrice: sa grande ambition reste de ne rien faire et de ne rien changer si ce n’est équilibrer les comptes publics dans son pays, mais elle a compris qu’il lui était difficile de refuser le changement autour d’elle en Europe. Dès le mois de novembre, on devrait avoir une idée plus précise des actions qui pourraient être entreprises.

La BCE prend ses distances  avec la Bundesbank

Il en est de même pour la politique monétaire: la BCE a fini par prendre un peu de distance par rapport à la Bundesbank et joue clairement la carte de taux d’intérêt  durablement bas et d’un affaiblissement de l’euro. La politique monétaire européenne reste certes moins dynamique que celle qu’a menée la Réserve fédérale des Etats-Unis, il n’est pas certain que Mario Draghi aille jusqu’à procéder à des achats de dette souveraine, comme l’a fait la Réserve fédérale jusqu’à la fin du mois d’octobre, mais il a réussi à faire baisser les taux à toutes les échéances, du court terme au long terme, et à faire revenir l’euro de la zone de 1,40 dollar vers 1,26 dollar. Il est possible que désormais l’euro ne recule plus beaucoup face au billet vert et que les taux à long terme américains, en remontant, ne finissent par entraîner vers le haut les taux à long terme européens; mais ce dernier risque, d’ampleur limitée, ne devrait pas apparaître avant les derniers mois de 2015.

Les banques en situation de recommencer à prêter

Ajoutons à cela la publication du résultat des tests de solidité des grandes banques de la zone euro menés par la BCE.  Sur les marchés, ces résultats n’ont pas été accueillis très favorablement: il est vrai qu’ils jettent une lumière assez crue sur les difficultés rencontrées par certains établissements de l’Europe du sud. Mais, en dépit des critiques habituelles concernant la méthodologie de ces tests, il est manifeste que la BCE a fait un bon travail et qu’un pas de plus a été accompli sur la voie de l’union bancaire européenne. 

La fin de la période de tests pourrait aussi permettre un début de reprise du crédit: au cours des derniers mois, soucieuses de montrer à la BCE de beaux ratios financiers, les banques se sont montrées très prudentes dans leur politique de prêts. Selon les dernières statistiques, la tendance est toujours à la baisse pour les crédits aux entreprises (de l’ordre de 2% sur un an) et à une modeste hausse pour les prêts aux particuliers (de 0,5%) dans l’ensemble de la zone euro. Ces chiffres médiocres s’expliquent pour l’essentiel par la faiblesse de l’activité et donc de la demande de crédits, mais les banques n’ont rien fait pour relancer le marché; celles (la grande majorité) qui ont passé avec succès les tests pourraient maintenant se montrer plus actives.

Et le cours du pétrole recule

A ces faits purement européens, on peut ajouter le recul des cours du pétrole brut, le baril de brent étant passé de près de 115 dollars en juin aux environs de 86 dollars, ce qui est un élément très favorable à la croissance. Et que les écologistes se rassurent: c’est aussi une bonne nouvelle pour l’environnement. Plus les cours du pétrole sont élevés, plus ils rendent intéressants les gisements dont l’exploitation est coûteuse et souvent très polluante comme les sables bitumineux, le pétrole de schiste, etc. La seule façon saine d’encourager aux économies en ce domaine, c’est l’imposition d’une taxe carbone ou un cours élevé des permis d’émission. Un prix très élevé du pétrole brut sur le marché ne sert qu’à  encourager l’exploration et à freiner la croissance.

Cela dit, il ne faut pas rêver. N’allons pas annoncer une inversion prochaine de la courbe du chômage! Mais si, progressivement, des politiques plus favorables à la croissance se mettent en place et si, de surcroît, l’environnement international s’améliore, on peut raisonnablement espérer voir des signes concrets de redressement de la croissance apparaître à la fin de l’année prochaine. Nul ne songe à attendre des miracles, mais des taux de croissance trimestriels qui se situeraient à 0,3% au lieu de 0% comme c’est le cas actuellement, ce serait déjà un gros progrès.  En attendant mieux.

Quelques bonnes surprises

On pourrait parler aussi des mesures qui sont prises pour simplifier la vie des administrés, entreprises ou particuliers. En ce domaine plus qu’en aucun autre, on pouvait légitimement se montrer méfiant: depuis des décennies, tous les gouvernements parlent de simplification... et les choses se compliquent toujours davantage. Cette fois, il semble que quelque chose est en train de se passer. 

La simplification de la feuille de paie est certainement la plus significative: a priori, pour le salariés, tant que le dernier chiffre, en bas de la feuille, après toutes les retenues, est toujours le même, cela ne change rien.  Et pourtant, si les entreprises font bien les économies annoncées pour l’ensemble de ces mesures de simplification, cela ne peut qu’avoir un impact positif sur l’activité.

De même, quand une cinquantaine de pays s’engagent à mettre en place un système d’échange automatique d’informations dès 2017, on a de bonnes raisons de rester dubitatif: cela ne signifie pas la fin du secret bancaire et de la fraude fiscale. Mais c’est un premier pas important vers une plus grande maîtrise par les Etats de leurs recettes.

L’actualité n’est pas forcément toujours malheureuse.

Gérard Horny
Gérard Horny (300 articles)
Journaliste
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