Monde

Pourquoi les présidents en Amérique Latine sont (presque) tout le temps réélus

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 30.10.2014 à 16 h 15

Repéré sur Pew Research

Dilma Roussef après la clôture des résultats des résultats des élections présidentielles au Brésil, le 26 octobre 2014. REUTERS/ Ueslei Marcelino

Dilma Roussef après la clôture des résultats des résultats des élections présidentielles au Brésil, le 26 octobre 2014. REUTERS/ Ueslei Marcelino

La réélection de Dilma Roussef à la tête du Brésil, le 26 octobre dernier, n’a pas vraiment de quoi surprendre, même si la campagne a été serrée. Le Pew Research relève en effet que depuis les années 1990, aucun président titulaire des dix pays latinos-américains du Sud n’a jamais perdu une élection à laquelle il s’était représenté. Rien qu’en 2014, s’ajoutent au Brésil la Bolivie et la Colombie, dont les présidents respectifs, Evo Morales et Juan Manuel Santos, ont été reconduits.

Les experts de la politique sud-américaine estiment que plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène.  Les présidents de plusieurs pays de la région exercent un contrôle important sur la presse, les tribunaux et certaines institutions gouvernementales. Au Venezuela par exemple, l’ancien président Hugo Chavez, réélu jusqu'à son décès, avait exclu du réseau hertzien en 2007 la RCTV, la plus vieille chaîne du pays, puis privé de licence la chaîne câblée Globovision en 2013 ou manipulé le contrôle des changes pour diminuer l’importation de papier journal.

Le succès de la croissance

Ces hommes politiques en place ont aussi bénéficié de plus d’une décennie de croissance économique stable. L’Observateur de OCDE notait ainsi en 2013:

«[...] La plupart des économies ont bien résisté à la crise financière mondiale. [...] La région doit d’abord sa réussite à elle-même, grâce à sa prudence budgétaire, à des banques bien capitalisées et à des politiques crédibles en matière d’inflation. [...] La proportion de la population en situation de pauvreté absolue est tombée de 33% en 2002 à environ 22% en 2010»

Cette croissance peut s’expliquer par l’importance de la demande de matières premières comme le cuivre et le pétrole, que l’on trouve en abondance dans le Sud de l’Amérique.

Enfin, les pays de la région sont nombreux à autoriser la réélection avec des modalités plus ou moins variées. En 2013, Daniel Zovatto, de l’Institut pour la démocratie et l’assistance électorale, écrivait que seuls le Mexique, le Guatemala, le Honduras et le Paraguay ont réussi à en interdire le principe. Six Etats latinos américains, dont le Brésil, la Colombie et la Bolivie, autorisent une unique réélection consécutive. Sept autres permettent la réélection après une période d’interruption. Au Venezuela, il est même possible de réélire à l’infini un président, grâce à un amendement de 2009.

«Les critiques soutiennent que la réélection expose le système politique au risque d’une “dictature démocratique” et renforce la tendance vers le leadership prédominant et auto-orienté attaché au régime présidentiel. Les champions de la réélection, de leur côté, arguent de ce qu’elle permet de mettre en application une approche plus “démocratique”, parce qu’elle augmente la liberté des citoyens de choisir un président et de le tenir responsable de sa performance [...]»

Les dispositions prises par les pays tendent à limiter les possibilités de réélection, mais peuvent être contournées. Un tribunal a par exemple estimé qu’Evo Morales pouvait se représenter alors qu’il a déjà effectué deux mandats. En Equateur, le président Rafael Correa, qui en est à son 3ème mandat, a émis une proposition pour autoriser la réélection illimitée.

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