Le problème de cette vidéo de harcèlement de rue, c'est que les Blancs ont été coupés au montage

La vidéo de cette jeune femme alpaguée par une centaine d’hommes en dix heures de marche a été vue par plus de 10 millions de personnes, mais son montage pose problème.

L’organisation Hollaback!, qui lutte contre le harcèlement de rue, s’est associée à l’agence Rob Bliss Creative pour dénoncer le harcèlement de rue dont sont victimes les femmes. Dans le montage mis en ligne, qui a d’ores et déjà dépassé les 14 millions de vues, on voit plusieurs hommes s’adresser à la jeune femme, voire la suivre pendant plusieurs minutes.

Si la vidéo est très révélatrice de ce que doit subir une femme quand elle se promène dans l'espace public, en l'occurrence à New York, Hanna Rosin, auteure de The End of men y voit un problème, qu'elle explique sur Slate.com: les hommes montrés dans la vidéo sont principalement noirs ou latinos. Selon elle, cela peut laisser croire aux hommes blancs qui regarderont cette vidéo qu’ils ne sont pas concernés par ce genre de comportement vis-à-vis des femmes. Rosin cite aussi un tweet de l'auteure de Bad Feminist, Roxane Gay:

Et pourtant, le message à la fin de la vidéo explique que la jeune femme a subi plus de 100 expériences de harcèlement «impliquant des personnes de toutes origines.» Rob Bliss, dont l’agence a mis en place cette vidéo, a même dû s’expliquer sur le site Reddit:

«Nous avons beaucoup eu d’hommes blancs, mais pour telle ou telle raison, beaucoup de choses qu’ils ont dites en passant ne sont pas sur l’enregistrement», ou parce qu’une «sirène gâchait la scène.»

«Ce n’est pas une représentation parfaite de ce qui est arrivé, mais nous avons vraiment eu un spectre large de ce que les gens ont fait ou dit», finit-il par dire.

Ce qui ne manque pas de faire réagir Hanna Rosin, qui estime que si l’agence a dû «enlever toutes les scènes avec des hommes blancs, il fallait peut-être refaire des prises.» Et de rappeler que l’agence de Rob Bliss a déjà été critiqué par le passé pour «racisme aveugle» lors d’un clip de promotion pour une ville dans le Michigan.

En 2012, une vidéo similaire avait été tournée en Belgique par une jeune femme pour son projet de fin d'étude. Là aussi, un débat avait éclaté autour des hommes montrés dans la vidéo, des «personnes allochtones [d’origine étrangère] dans 95% des cas» selon la jeune réalistrice. Comme elle l'expliquait alors à RFI, elle estimait que «les musulmans ont un comportement assez insistant par rapport à la sexualité: porter une jupe pour une femme, c'est déjà risqué.» Ce qui n'avait pas manqué de faire réagir la communauté musulmane, la poussant à nuancer son propos: «s'il y a une forte proportion d'étrangers parmi les garçons qui me font des remarques, c'est parce qu'il y a aussi une forte proportion d'étrangers parmi les populations fragilisées.»

Dans un article sur Rue89 de juin 2014, une étudiante en sociologie se saisissait du même problème en dénonçant un «féminisme bourgeois» qui n'incriminerait le sexisme que de manière sélective, «faisant le jeu d’un mépris de classe et d’un racisme terrible.»

Slate.com rappelle de son côté que début octobre déjà, le Daily Show de John Stewart avait tenté l'expérience avec Jessica Williams. Dans sa vidéo, volontairement humoristique, on peut clairement voir que le harcèlement de rue peut venir de n'importe qui, et n'importe où dans la ville. 

 

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