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Les médias et la justice américaine à la recherche d'un «second Snowden»

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 30.10.2014 à 14 h 18

Repéré sur Yahoo ! News, Washington Post, Wired

La une du magazine Wired sur Edward Snowden.

La une du magazine Wired sur Edward Snowden.

«Indépendamment de ma rencontre avec Edward Snowden, j'ai eu accès à des documents dissimulés dans plusieurs endroits. En parcourant ces archives avec un outil de recherche numérique très sophistiqué, je n'ai pas pu trouver certains documents qui ont été publiés, ce qui m'amène à penser qu'il doit y avoir une deuxième fuite quelque part.»

Nous sommes en août 2014, et James Bamford confirme la présence d'un deuxième Snowden. Dans son long portrait consacré à l'ancien analyste de la NSA publié dans Wired, le spécialiste des renseignements américains estime que cela confirme les annonces faites par Bruce Schneier et Glenn Greenwald, selon qui une seconde source a fait fuiter des documents confidentiels.

Un peu plus d'un mois plus tard, à l'occasion de la sortie de CitizenFour, le documentaire de Laura Poitras sur Edward Snowden (dont on ne connaît toujours pas la date de diffusion en France), la présence d'un deuxième lanceur d'alerte se confirmait, comme le rapportait le Guardian:

«Vers la fin du film, on voit Glenn Greenwald parler à Edward Snowden d'une seconde source. Snowden est surpris par le niveau d'information qui vient de cette source. Greenwald, de peur d'être entendu, écrit les détails sur des bouts de papier. 

Il parle du nombre de gens sous surveillance sur la liste du gouvernement américain parce qu'ils sont une menace potentielle ou simplement suspects. Le chiffre est de 1,2 million.»

Ces informations sont celles publiées sur The Intercept, le site cofondé par Glenn Greenwald et Laura Poitras. Dans un article intitulé «Les chiffres du système secret de Barack Obama pour traquer les terroristes», on apprenait, entre autres, que sur les 680.000 personnes présentes sur la liste de surveillance, 280.000 (40%) n'ont aucun lien avec un groupe terroriste connu. Jeremy Scahill et Ryan Devereaux, les auteurs de l'article, y publiaient de nombreux documents confidentiels, sans cependant jamais indiquer qu'ils venaient d'Edward Snowden. Et c'est logique: comme le note le Washington Post, les documents sont datés d'après la fuite de Snowden vers Hong Kong, puis vers la Russie.

Depuis, le gouvernement américain semblait chercher à mettre la main sur ce nouveau lanceur d'alerte. Mercredi 29 octobre, Yahoo! News annonçait qu'il aurait été identifié par le FBI:

«Le FBI a récemment fouillé le domicile du suspect et des procureurs fédéraux en Virginie du Nord ont ouvert une enquête criminelle.»

Sans admettre le fait que la personne identifiée était bien la source, le rédacteur en chef de The Intercept, James Cook a répondu aux questions du Huffington Post. Il y attaque notamment le gouvernement américain:

«Toute tentative pour criminaliser la divulgation des ces affaires bénéficie seulement à ceux qui exercent en secret un pouvoir virtuellement sans limites, sans rendre de compte à personne.»

Alors que l'on pouvait redouter pour cette personne qu'elle ne connaisse le même sort que Chelsea Manning, qui avait fourni des documents secrets à Wikileaks, il semble que ce nouveau lanceur d'alerte pourrait bénéficier d'une «certaine clémence»:

«Cette affaire a généré des peurs parmi certains membres du renseignement américain. Selon eux, les plus hauts membres du département de la Justice –blessés par les critiques qui les présentent comme trop zélés dans les poursuites– seraient désormais plus réticents à inculper de charges criminelles en cas de divulgations non-autorisées aux médias, expliquent mes sources. Une autre source, qui a demandé à ne pas être identifiée à cause de l'aspect sensible du dossier, dit que le renseignement a peur "qu'il n'y ait plus d'appétit pour ces affaires de la part du département de la Justice"».

Comme le précise le Washington Post, ce deuxième lanceur d'alerte a sûrement donné d'autres documents aux journalistes, qu'ils n'ont pas encore eu le temps de traiter. «Dans la dernière scène de CitizenFour, Greenwald a fait passer un nombre très important de notes à Snowden. A un moment, le mot "drones" peut y être brièvement aperçu.»

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