Histoire / Culture

Et si des chefs d'oeuvre de Bach avaient été composés par sa femme?

Temps de lecture : 2 min

Partition de Bach. WcfSymphony via Flickr CC License by
Partition de Bach. WcfSymphony via Flickr CC License by

Et s’il y avait vraiment «une femme derrière chaque grand homme»? Aujourd’hui, on se souvient des oeuvres de Jean-Sébastien Bach, mais pas forcément de sa seconde épouse, Anna Magdalena. Pourtant, elle aurait peut-être écrit certaines des partitions les plus célèbres du compositeur baroque. C’est la théorie développée dans un documentaire à paraître intitulé «Written by Mrs Bach» («Ecrit par Mme Bach»), que relaye par le Washington Post.

D’après lui, Anna Magdalena aurait composé les six Suites pour violoncelle seul (dont l’une a été utilisée comme thème du film Master and Commander en 2003), l’Aria qui débute et termine les Variations Goldberg pour clavecin, et une partie du recueil en deux parties Le clavier bien tempéré, toutes connues comme des oeuvres de Jean-Sébastien Bach.

Les trois intervenants du documentaire, Martin Jarvis, professeur de musique à l’université Charles-Darwin en Australie, Sally Beamish, une compositrice britannique, et Heidi Harralson, une experte en examen légal de documents, basée aux Etats-Unis, parlent de «preuve circonstancielle et musicale».

D’après eux, certaines pièces se différencient des autres compositions de Bach à la fois au niveau de leur structure et sur des aspects techniques. Martin Jarvis a ainsi commencé à avoir des doutes lorsqu’il a étudié les suites pour violoncelle. Sa théorie remonte à 2006 et il a passé des années à compiler des preuves, en étudiant l’écriture et les manuscrits.

Ensuite, certaines partitions manuscrites semblent avoir été rédigées par Anna Magdalena: leur première page mentionne en français «Ecrit par Mme Bach». Cela n’a rien de surprenant: on sait qu'elle a transcrit des partitions pour Bach à la fin de sa vie. Mais les chercheurs estiment que celles-ci n’ont pas «la lenteur ou la lourdeur» d’une simple copie, et pourraient être le fruit de son imagination, selon The Telegraph.

Enfin, il n’existe aucune preuve certaine que Jean-Sébastien Bach ait composé toutes les oeuvres qu’on lui attribue. Sa production prolifique nécessitait la mobilisation d’une entreprise familiale, et il est certain que ses fils ont écrit de la musique. Anna Magdalena était chanteuse et issue d’une famille de musiciens, et savait probablement composer elle aussi, avancent les chercheurs.

Dans The Guardian, Steven Isserlis, qui tient le blog musique, critique vivement la crédulité de ceux qui adhèreraient à cette théorie:

«Comment quelqu’un peut-il prendre au sérieux ce travail de mauvaise qualité? [...] La principale “preuve” semble être le témoignage d’un expert de l’écriture manuelle [...] A mes yeux [...] c’est clairement une copie [...] il n’y a pas de modifications ou de réflexion, comme il y en aurait dans un manuscrit de travail [...] il y a des connexions innombrables entre les suites et la plupart de ses travaux [ceux de Bach] [...] le langage est clairement le sien.»

Si elle s’est montrée perplexe au début, la compositrice Sally Beamish explique au Telegraph qu’il était courant pour les femmes musiciennes de l’époque de signer leurs oeuvres du nom d’un proche masculin:

«Ce que je trouve fascinant, c’est les questions que cela soulève sur les hypothèses que nous faisons, que la musique est toujours écrite par une seule personne et que tous les grands maîtres étaient par définition des hommes.»

Martin Jarvis ajoute que son travail vise à renverser cette convention «sexiste» pour réhabiliter Anna Magdalena Bach dans l’Histoire.

Slate.fr

Newsletters

Le bidet (enfin) à la conquête des États-Unis

Le bidet (enfin) à la conquête des États-Unis

L'invention française longtemps délaissée outre-Atlantique est en bonne voie pour séduire les Américains.

L'élégance de «ballerine légère» que Jackie Kennedy doit à Hubert de Givenchy

L'élégance de «ballerine légère» que Jackie Kennedy doit à Hubert de Givenchy

Décédé le 10 mars à l’âge de 91 ans, le couturier français était sans conteste le préféré de la Première dame la plus emblématique des États-Unis.

L'histoire rocambolesque de l'acteur qui s'est fait passer pour un général durant la Seconde Guerre mondiale

L'histoire rocambolesque de l'acteur qui s'est fait passer pour un général durant la Seconde Guerre mondiale

Les services secrets britanniques ont brouillé les pistes en 1944 en utilisant l’acteur Clifton James, pour interpréter le rôle de sosie du général Montgomery.

Newsletters