Science & santé

«Est-ce que je suis passé à côté d’une agression sexuelle?»

Lucile Bellan, mis à jour le 28.10.2014 à 18 h 22

Cette semaine, Lucile répond à un homme devenu féministe, et qui réenvisage à cette lumière un incident qui lui avait été rapporté. Et à une jeune femme en couple qui a du mal à trouver son rythme avec sa compagne.

Satyr et nymph. Mosaïque romaine de Pompéi, Naples, inv. nr. 27707.

Satyr et nymph. Mosaïque romaine de Pompéi, Naples, inv. nr. 27707.

Sur le modèle de notre grand frère américain Slate.com, qui propose chaque semaine dans sa chronique «Dear Prudence» des conseils aux lecteurs sur le sexe, les relations, la vie en général, nous avons décidé de lancer «C'est compliqué», une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous raconterez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répondra. 

Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Il y a quelques années, j’étais avec ma copine de l’époque à une soirée chez des amis. La soirée a été arrosée et mon amie est allée se reposer dans l’unique chambre du lieu qui servait à entreposer des manteaux (typiquement le genre de détail typique des soirées étudiantes). Le lendemain, elle m’a appris qu’un ami à moi s’était allongé sur elle et avait eu les mains baladeuses, que ça l’avait réveillée mais qu’elle était restée muette de stupeur et incapable de réagir. J’ai pris l’affaire à la rigolade et l’ai classée sans suite. Aujourd’hui, alors que je commence à me poser des questions sur le féminisme et l’oppression masculine, que je me définis même comme pro-féministe, je me rappelle cette anecdote et je me demande: est-ce que je suis passé à coté d’une agression? Est-ce qu’en défendant mon ami, je suis devenu son complice? Est-ce que j’aurais du avoir une attitude différente?
Macho repenti

Cher Macho repenti,
Oui, il semble que cet épisode relève de l’agression sexuelle: votre ami a profité de votre compagne alors qu’elle était endormie. C’est un absolu, et définitif, manque de respect envers sa personne et la relation qui vous liait. Et puisque vous vous intéressez à ces questions, je suis sûre que vous avez entendu parler de la notion de consentement et que vous avez déjà compris par vous-même en quoi cette situation est dérangeante. Oui, en niant la gravité des faits et en ne donnant pas suite, vous êtes devenu complice de l’agresseur. Vous avez aggravé votre cas en ne tenant pas compte de son éventuel traumatisme après une telle expérience. Puisque vous ne semblez plus être en couple avec cette personne, peut-être pourriez-vous quand même prendre le temps de vous amender, lui offrir des excuses. Peut-être n'a-t-elle pas osé en parler à d'autres par la suite, de peur de recevoir les mêmes moqueries que celles que vous lui aviez adressées, et peut-être serait-elle soulagée de se sentir comprise, de voir qu'elle peut évoquer ce moment et être entendue. Oui, vous auriez du avoir une attitude plus soucieuse de la personne qui partageait votre vie, victime de la mesquinerie et de la violence d’un de vos amis. Mais prenons en compte le fait que vous avez changé et vous êtes sur la bonne voie. Continuez à questionner votre attitude par rapport aux femmes. N’ayez pas peur de vous rendre compte que vous avez pu, vous aussi, être un oppresseur. De cette manière, votre participation à la cause féministe ne pourra en être que plus riche et plus utile.

***

Cela fait maintenant quelques mois que je suis avec ma copine. Nous sommes heureuses et amoureuses et nous commençons à nous projeter dans l’avenir. Adopter un chat, prendre un appartement ensemble… Par contre, nous avons pris des habitudes et nos travers prennent le dessus sur les bonnes résolutions et l’excitation des débuts. Pour résumer, son désir est à son apogée le soir et moi ce serait plutôt le matin. Avant, nous avions la chance d’avoir de toute façon envie de faire l’amour un peu tout le temps. Mais maintenant, il arrive que l’une de nous deux râle ou doive se forcer un peu et je trouve ça très désagréable. Est-ce que c’est le premier signe que nous ne sommes pas faites pour être ensemble? Est-ce que se forcer est une solution durable?
Élodie

Chère Élodie,
Malgré les quelques mois que vous avez passés ensemble, vous apprenez encore à vous connaître et c’est normal. Vous savez désormais les moments de pic d'excitation de votre compagne: vous pouvez tout à fait adapter votre sexualité à cette particularité sans avoir l’impression de vous ou de la forcer. Il suffit d’entamer la discussion avec elle. N’hésitez pas à lui rappeler que vous la désirez encore et que vous ne souhaitez que son plaisir. Cette situation ne pourra se résoudre qu’en verbalisant. Quelles sont les pratiques qui vous sont le plus agréables le soir? Et le matin? Qu’avez-vous à lui proposer? Bien sûr c’est une discussion qui doit se faire dans les deux sens. Et surtout effacez de votre esprit toute notion d’égalité parfaite. Rien ne vous oblige à effectuer ou recevoir le même genre de pratiques ou la même quantité d’attentions. Le but, au final, c’est que vous arriviez à vous satisfaire mutuellement. Pourquoi ne pas vous occuper d’elle le soir et elle de vous le matin? Profiter du week-end pour couper la poire en deux  et vous offrir une longue sieste crapuleuse? Ou alors prendre le temps d’éveiller le désir chez l’autre quand le vôtre est déjà bien installé plutôt que d’aller droit au but? Dans votre situation, il n’y a pas de fatalité et je crois que ce n’est le signe de rien. Une sexualité épanouie à deux est quelque chose qui se construit et évolue. C’est quelque chose qui se discute sans arrêt. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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