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Le tweet qui prouve que la disparition d'étudiants au Mexique est devenue une cause rassembleuse

Thomas Goubin, mis à jour le 28.10.2014 à 11 h 31

Un message de Chicharito, la star du football mexicain, souligne que le mouvement de soutien aux disparus d'Ayotzinapa recrute désormais bien au-delà du premier cercle militant.

Le joueur du Real Madrid Javier «Chicharito» Hernandez lors d'un match contre l'Atletico Madrid, le 13 septembre 2014. REUTERS/Sergio Perez.

Le joueur du Real Madrid Javier «Chicharito» Hernandez lors d'un match contre l'Atletico Madrid, le 13 septembre 2014. REUTERS/Sergio Perez.

«Ma solidarité et mes prières pour les familles de normaliens disparus à Ayotzinapa.» D'un tweet, le néo-madrilène et ex-joueur de Manchester United Javier «El Chicharito» Hernandez a fait part, vendredi 24 octobre, de son soutien aux 43 étudiants disparus au Mexique. Un message accompagné du hashtag #AyotzinapaSomosTodos, «nous sommes tous Ayotzinapa».

Depuis la mort de six personnes et la disparition de 43 étudiants à Iguala (Etat du Guerrero) dans la nuit du 26 au 27 septembre, et devant le manque de transparence de l'enquête en cours, l'indignation ne cesse de croître au Mexique, et la voix de la grande star du football mexicain s'est ajoutée à celle des centaines de milliers de Mexicains qui ont défilé dans les rues ces dernières semaines. Une prise de position qui a surpris pour un joueur qui ne cesse de manifester publiquement sa ferveur religieuse en priant sur le terrain ou en multipliant les références divines lors de ses interviews, mais qui n'avait jamais, ou presque, investi le terrain politique.

Qu'une star du football mexicain, réputée pour sa communication tiède, s'émeuve, la veille de son premier Real-Barça, pour le destin de 43 jeunes mexicains disparus mais dont tout indique qu'ils ont été tués, souligne qu'Ayotzinapa constitue bien une ligne de fracture dans l'histoire récente et sanglante du Mexique. Car, si depuis 2006 et le début de la guerre dite contre le narcotrafic lancée par l'ex-président Felipe Calderón, le pays vit un quotidien marqué par les tueries, la découverte de corps démembrés et autres disparations forcées, jamais un mouvement n'avait rassemblé avec une telle force au-delà du premier cercle militant, ou de celui des proches de victimes, pour dire stop, pour réfléchir sur ce qu'est devenu le Mexique. Un pays qui déplore au moins 80.000 morts attribués à la guerre contre le narcotrafic et plus de 16.000 disparus (selon le Segob, le ministère de l'Intérieur), auxquels sont venus s'ajouter ceux d'Ayotzinapa, dont la disparition est communément attribuée à la police municipale alliée au cartel Guerreros Unidos.

Malgré ce terrible contexte, Javier «El Chicharito» Hernandez, comme nombre de personnalités publiques, n'avait jamais eu un mot pour les activistes sociaux ou anonymes disparus, les journalistes abattus ou les migrants retrouvés dans des fosses communes. Le buteur mexicain semblait, au moins pour ce qu'il laissait paraître dans sa communication sur les réseaux, avoir adopté la grille de lecture des médias de masse (Televisa et TV Azteca, avant tout) pour qui l'enfer se trouve à l'extérieur de leur Mexique «beau et chéri», comme le dit un air mariachi. A Cuba, par exemple, ou au Venezuela.

Footballeur qui a la réputation d'avoir la tête bien faite, Chicharito avait ainsi demandé à ses followers de «prier pour le Venezuela» en solidarité avec le mouvement anti-chaviste en février dernier. Un tweet accompagné d'un drapeau vénézuélien baigné de sang...

L'attentat du marathon de Boston avait aussi conduit le concurrent de Benzema au Real Madrid à recourir à Twitter.

L'école normale d'Ayotzinapa réunit des étudiants venant d'une des régions les plus pauvres du Mexique, souvent criminalisée par les autorités et certains médias pour être un bastion de l'extrême-gauche. La cause des normaliens n'a d'ailleurs commencé à engendrer un véritable mouvement de solidarité national qu'après diverses prises de position d'organismes internationaux, dont l'Onu, qui indiquaient à l'Etat mexicain qu'un tel niveau de barbarie ne pouvait être toléré. Les directions de la plupart des grandes universités ont ainsi attendu plusieurs semaines avant de faire part publiquement de leur soutien aux normaliens.

Plus qu'une prise de position politique, le tweet de l'ultra-lisse Chicharito, qui relève plutôt de la considération humaniste, confirme qu'Ayotzinapa est devenue une cause assez populaire et considérée comme légitime pour mobiliser au-delà du premier cercle militant. El Chicharito aussi «est Ayotzinapa».

Thomas Goubin
Thomas Goubin (20 articles)
Journaliste
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