La dernière fois qu'une manifestation pour l'environnement a fait un mort, «c'était en 1977»

False horizon. Mark via Flickr CC License by

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Ce week-end, le corps de Rémi Fraisse, un manifestant de 21 ans, a été retrouvé sans vie sur le site du barrage-réservoir de Sivens. L’étudiant toulousain, écolo convaincu venu s’opposer au projet, est décédé dans des circonstances non encore élucidées, dans un «contexte d'affrontements» avec les forces de l'ordre. Selon Gérard Onesta, le vice-président écologiste de la région Midi-Pyrénées, relayé par José Bové:

«Depuis 1977, c’est la première fois qu’il y a un mort dans une manifestation de type environnemental.»

Ce n’est pas tout à fait exact: Mediapart rappelle qu’en 2004, Sébastien Briat, un militant anti-nucléaire de 22 ans, était décédé en Lorraine alors qu’il protestait contre un convoi ferroviaire de déchets nucléaires. Lui et ses compagnons allongés sur les voies n’ont pas été alertés suffisamment en avance de l’arrivée du train, qui n'a pas été arrêté en amont par d'autres militants comme cela était prévu initialement. Le conducteur n’a pas réussi à stopper le véhicule, qui a percuté le militant[1].

Les articles de l’époque ne mentionnent pas d’affrontements, contrairement au 31 juillet 1977, où la protestation se tenait à Creys-Malville, dans l’Isère. Plusieurs milliers d’opposants s’étaient réunis contre le projet de construction de la centrale atomique Superphénix.

 A l’époque, le Nouvel Obs raconte:

«Dimanche, au petit matin, lorsque les longues colonnes de protestataires, élus locaux en tête, quittent les quatre points de rassemblement [...] pour converger vers la zone interdite, l’atmosphère est déjà lourde [...] Il y a belle lurette que la “coordination”, angélique et totalement débordée, ne coordonne plus rien.»

Vers 11 heures, les manifestants arrivent à Faverges, à deux kilomètres du site de Superphénix. 2000 d’entre eux sont casqués et armés. Bientôt, ils tentent de passer le barrage des forces de l’ordre. Des cocktails Molotov sont lancés, une voiture prend feu: c’est le début de l’affrontement. Les gendarmes et CRS répliquent par des bombes lacrymogènes, les assauts reprennent, jusqu’à la charge finale des gendarmes, en début d’après-midi.

Au journal de 20 heures du 31 juillet 1977, TF1 dénombrait cinq policiers blessés, cinq arrestations, deux manifestants allemands grièvement blessés et plus d’une centaine de blessés chez les manifestants. 

Le drame est arrivé un peu avant trois heures de l’après-midi, raconte le Nouvel Obs:

«Sur la couverture que les pompiers viennent de jeter sur la civière, deux bottes en caoutchouc dépassent. Oui, il est mort, le médecin vient de le confirmer.»

La victime était un professeur de physique-chimie de 31 ans, Vital Michalon, originaire de la Drôme. Il n’était ni un casseur ni un militant, ne faisait partie d’aucun mouvement, raconte le Nouvel Observateur. Selon Libération, l’homme est décédé «dans des heurts avec la police, par l’effet de souffle d’une grenade offensive».  A l’époque, TF1 rapporte qu’il aurait été touché à la poitrine. L’autopsie confirmera plus tard une mort par arrêt cardiaque, causée par des «lésions pulmonaires du type de celles que l’on retrouve lors d’une explosion» selon le site alternatif Rebellyon. Dès l’annonce du décès, le plus gros des manifestants se replie.

L’autopsie de Rémi Fraisse avait lieu ce lundi. Selon le procureur, la plaie dans son dos a été causée par une explosion. Les analyses doivent établir si cette dernière a pu être provoquée par une grenade lancée depuis la zone où se trouvaient les gendarmes, ce que semblent suggérer certains témoignages de manifestants. Les circonstances du décès restent floues: on ne sait pas si l’étudiant faisait partie ou non du groupe de casseurs qui s’est attaqué aux forces de l’ordre, en marge du rassemblement.

A France Info, le procureur d’Albi a déclaré dimanche qu’«en raison de l’hostilité des manifestants, il n’a pas été possible d’effectuer la moindre constatation technique sur les lieux où le corps a été retrouvé», alors que d’après José Bové, ils avaient établi une zone de sécurité. Gérard Onesta s’interroge sur la poursuite du chantier:

«La question, maintenant, ce n’est plus vont-ils l’édifier sur un tas de mensonges, mais vont-ils l’édifier sur un cadavre. Vont-ils oser?»

En 1977, «ils» avaient osé. Les travaux, débuté en 1976, s’étaient achevés. La centrale était restée en activité jusqu’à ce que son abandon soit décrété par Lionel Jospin en 1997, avant un arrêt définitif en 1998. En 2011, le démantèlement de Superphénix était prévu pour durer encore une vingtaine d’années.

1 — Article mis à jour avec la mort de Sébastien Briat en 2004 Retourner à l'article

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