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Ecoutez la musique jouée par le climat

Aimee Swartz, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 29.10.2014 à 16 h 05

Un musicien a créé un synthétiseur analogique qui est contrôlé par les changements dans la lumière du soleil, le vent, la pluie et la température.

La Nouvelle-Orléans. REUTERS/Brian Snyder BS/PN

La Nouvelle-Orléans. REUTERS/Brian Snyder BS/PN

Les carillons éoliens ne sont pas les seuls instruments de musique obéissant aux éléments. Quintron, musicien défiant tout concept de genre et groupe à lui tout seul, a inventé un synthétiseur analogique géant entièrement contrôlé par le climat.

Cet instrument, appelé le Weather Warlock, fonctionne lorsque ses capteurs détectent des changements dans la lumière du soleil, le vent, la pluie et la température. Des fils de cuivre abrités par une gaine waterproof transportent ensuite l’information jusqu’au synthétiseur installé pour l’instant dans le salon de Quintron, dans le quartier de 9th Ward, à la Nouvelle-Orléans.

«La météo comporte une foule d’éléments qui fluctuent constamment toute la journée, tous les jours. Mon objectif était de les traduire en quelque chose qu’on pourrait réellement entendre –pas juste des données numériques affichées sur une station météo, mais de vraies variations acoustiques», explique Quintron.

A quoi exactement ressemble la bande son de Mère Nature? «Si c’était un orchestre, la pluie et le vent seraient les percussions et les températures joueraient le rôle des basses. Le lever et le coucher du soleil, ce sont les solistes», expose Quintron.

Pour les petits curieux qui veulent tenter l’expérience par eux-mêmes –et qui n’en aurait pas envie?– il est possible d’écouter le Weather Warlock en streaming, 24 heures sur 24 sur le site de Weather for the Blind.

Des événements audio spéciaux ont lieu à l’aube et au crépuscule. Le nom du projet [Weather for the Blind: météo pour les aveugles] fait référence aux troubles du rythme circadien dont souffrent souvent les aveugles qui ne perçoivent aucun signal temporel lié à l’environnement, comme le lever ou le coucher du soleil. Des 100.000 personnes totalement aveugles aux Etats-Unis, environ 70% sont incapables de percevoir suffisamment de lumière pour adopter des schémas normaux de sommeil nocturne.

Le Weather Warlock est le dernier venu dans la malle d’instruments électroniques faits maison de Quintron. Parmi eux se trouve la Spit Machine, un orgue manuel qui utilise la salive comme conducteur du son, et le Drum Buddy, une boîte à rythme basée sur les oscillations de la lumière.

Cela faisait des années que Quintron caressait l’idée d’une machine contrôlée par la météo, mais il a commencé à se pencher vraiment sur le projet en 2011, lorsqu’un problème de santé l’a contraint à rester chez lui et à interrompre ses tournées. Le projet a débuté lorsqu’il a installé le premier groupe de capteurs sur le toit de sa maison et construit le premier prototype de station de base sur son porche. La première incarnation de sa machine, se rappelle-t-il, «sonnait littéralement comme les voix de l’enfer».

«C’était juste du bruit blanc avec comme des voix effrayantes qui murmuraient à l’envers, commente-t-il. Et puis au bout de deux ou trois mois, l’idée s’est imposée à moi que ce truc devait être agréable à écouter parce que j’avais toujours envie de le laisser allumé.»

Lorsqu’il décida de le brancher sur un accord en mi majeur, il découvrit que l’instrument avait un effet méditatif surprenant. «En plus, je me calmais instantanément et j’arrivais mieux à me concentrer sur mes constructions lorsque j’entendais ces jolis sons», dit-il.

Mais un simple exercice d’accordeur ne suffisait pas à régler le problème qui se posait. Il se trouve que toutes les situations météorologiques ne se valent pas en termes d’approximation analogique du son. Et traduire les diverses intensités de la pluie se révéla particulièrement difficile, se souvient Quintron.

«La première idée qui vient à l’esprit est de fabriquer tout simplement des micros de contact résistant aux éléments et d’enregistrer la vraie pluie qui tombe sur une plaque en métal ou quelque chose comme ça», explique-t-il. Mais le résultat «ressemblait davantage au bruit d’une disqueuse qu’au doux crépitement de l’arrosoir printanier de Dieu».

Au lieu de capter les bruits de la pluie avec des micros, Quintron a construit des circuits audio électroniques pour s’en rapprocher, basés sur les sons que pourraient produire de vieux synthés –on pense à un bongo électronique, par exemple. Il a ensuite utilisé la semi-conductivité de la pluie pour allumer et éteindre des LED qui à leur tour déclenchent des capteurs contrôlant les sons.

Son troisième prototype sous le bras, le plus récent, achevé après être resté en résidence jusqu’au début de l’année à la Robert Rauschenberg Foundation, Quintron est parti en tournée avec son groupe –également appelé le Weather Warlock– composé de Gary Wrong du groupe Wizzard Sleeve, et d’Aaron Hill, de EyeHateGod.

«Nous avons adopté une approche très guitar-bashing. Je voulais que ce soit en totale harmonie avec le temps mais que ça représente en quelque sorte le côté plus maléfique de Mère Nature», explique-t-il.

A terme, Quintron espère construire d’autres stations de base dans le monde pour que les auditeurs puissent découvrir les interprétations musicales de toute une diversité de climats. En attendant, il ne cesse de bricoler le Weather Warlock.

«Je suis dessus toute la journée. Branchez-vous à n’importe quel moment, il y a de grande chances que vous m’entendiez faire une impro», propose-t-il.

Qu’il pleuve ou qu’il vente.

Aimee Swartz
Aimee Swartz (1 article)
Journaliste
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