Culture

Allons tous voir le Zizi sexuel avec nos enfants

Nadia Daam, mis à jour le 25.10.2014 à 14 h 56

Pourquoi j'emmènerai ma fille à la Cité des sciences voir l'exposition qui suscite une polémique.

Capture d'écran du site de l'Exposition, à la cité des sciencs

Capture d'écran du site de l'Exposition, à la cité des sciencs

Si elle ne témoignait pas d'une inquiétante progression de l'obsurantisme et d'une ignorance triste à pleurer, la polémique suscitée par le retour de l'exposition «Zizi sexuel» à la Cité des sciences serait presque drôle. Imaginez donc, 40 000 personnes ont pris le temps de signer une pétition dénonçant une exposition au cours de laquelle enfants et adolescents sont invités à jouer à «la course a l'ovule» et à l'«orgue des odeurs».

Pétition qui, précisons-le, a été lancée par SOS Education, qui comme son nom ne l'indique pas, tient régulièrement des posititons très conservatrices sur la contraception ou l'IVG. L'association accuse l'exposition d'«enseigner la masturbation» à de jeunes enfants et de les forcer «à regarder des scènes de coït».

Vos enfants savent se masturber

J'ai un scoop pour SOS Education et les signataires de la pétition: les enfants savent DÉJÀ se masturber, ils n'ont pas besoin de cours pour ça. Quant au coït (que l'exposition ne montre pas), à 9 ans (âge à partir duquel l'exposition est autorisée), on sait déjà plus ou moins en quoi cela consiste. Et dans cette phrase, c'est bien le «plus ou moins» qui est problématique.

«Zizi sexuel, le retour!» ne devance pas les interrogations des enfants pas plus qu'elle ne fait la promotion de la pornographie. Bien au contraire. Elle vise à affiner et à compléter des connaissances en matière de sexualité que les enfants sont parfois obligés de glaner au mauvais endroit, faute de mieux.

Ma fille n'a que 8 ans, mais je l'emmènerai voir l'exposition (que j'ai vu seule, en 2007). Parce que je juge qu'elle est prête pour cela et parce que, quand elle me demande si «les bébés sortent pas les fesses», je ricane bêtement, gênée à la fois par la question et par mon incapacité à y répondre correctement.

Pas une expo comme les autres

Une question de sémantique d'abord. «Zizi sexuel, le retour» est qualifié d'exposition par tous, y compris par la Cité des sciences qui l'accueille. Mais le mot peut prêter à confusion. Non, des photos de pénis ou de vulves ne sont pas affichés sur les murs. Il s'agit plutôt ici d'un parcours éducatif au cours duquel l'enfant est acteur des différentes attractions qui lui sont proposées.

Dans le Pubertomatic, garçons et filles vont pouvoir observer la transformation du corps au moment de l'adolescence (poils, odeurs corporelles, seins qui poussent). Avec le «rallye des spermatos», une sorte de flipper, ils vont pouvoir comprendre et visionner le parcours des spermatozoides vers l'ovule. Tout au long du parcours, l'enfant n'est presque jamais passif, il est toujours sollicité, encouragé à poser des questions, a faire des manipulations.

D'ailleurs, l'enfant est bien au coeur de la construction de cette exposition, puisque elle a été conçue avec le concours d'un comité d'expert (spécialistes de l'enfance, de la sexualité ...) mais qui se sont d'abord basés sur les questions posées par un groupe d'enfant sur lesquels les messages et les différets «stands» ont ensuite été testés avant l'ouverture au public.

Par ailleurs, certes l'exposition n'est pas interdite aux moins de 9 ans, mais on peut estimer que les parents sont suffisamment malins pour ne pas y emmener leur fils de 4 ans. L'exposition s'adresse bien aux enfants qui sont en âge de s'interroger sur la sexualité, sur le corps, sur les relations amoureuses. Et oui, cela commence dès 7/8 ans.

Parler de sexe, on ne sait pas faire

C'est une chose avec laquelle les parents sont le plus souvent très mal à l'aise. Le premier «comment on fait les bébés», les érections précoces des petits garçons, l'enfant, qui, installé devant la télé, va mettre la main dans sa culotte.

Point mastubation: Oui, la stimulation génitale est très fréquente chez les enfants, jusqu'à 2/3 ans. Elle disparait ensuite pour revenir vers 5/6 ans avant une nouvelle période de latence précédant l'adolescence. On sait même que les foetus stimulent leur organles génitaux pendant la vie intra-utérine dès 26 semaines de grossesse.

A la question «comment on fait les bébés», on s'en sort généralement avec des histoires de graine ou de chou. Et en effet, jusqu'à 6/7 ans, l'enfant s'en contente parfaitement. Expliquer le plaisir est autrement plus compliqué. Et un enfant de 9 ou 10 ans sent bien qu'il y a une arnque quand on lui cause de cigogne.

Trouver les mots justes, savoir quoi dire, et sur quoi faire l'impasse, parler de sexualité sans avoir à parler de sa propre sexualité... C'est tout simplement mission impossible quand on est seul face à son gamin. Il ne faut pas rechigner à s'aider d'outils et de supports existants. Il existe quelques très bons livres sur le sujet. En revanche, se servir d'Internet pour parfaire l'éducation sexuelle de son enfant est suicidaire. Pas tellement à cause de la pornographie qui pourrait émailler les recherches sur le sujet, mais parce que même les sites parés des atours des institutions les plus sérieuses, profèrent parfois des absurdités. Ainsi, sur le site onsexprime crée par l'iNPES a l'occasion d'une campagne d'informaton à destination des jeunes, un test révèlait aux filles qui auront affirmé n'avoir pas de plaisir lors d'un rapport sexuel, qu'elles sont frigides...

Autant dire, qu'en matière d'éducation sexuelle, les parents ne pouvaient jusqu'ici compter que sur eux-même et deux trois bouquins. C'est précisement la mission de «Zizi sexuel»: non pas se substituer aux parents mais les aider à parler de sexualité aux enfants. Précisons d'ailleurs que des dossiers pédagogiques sont fournis aux enseignants qui voudraient y emmener leur classe, que le site met à la disposition des parents un certains nombres de resssources pour préparer la visite et la prolonger à la maison.

Parler de sexualité aux enfants, une obligation

Certains objecteront que l'on s'épargnera bien des misères en choisissant tout simplement de ne pas parler de sexualité aux enfants. D'autres estimeront qu'il y a un âge pour tout, et que l'âge pour parler de sexe, c'est le plus tard possible.

C'est –au minimum– totalement inconscient de considérer que l'on peut aujourd'hui élever un enfant en éludant totalement toutes les questions liées au sexe et au corps.

D'abord, si vous ne le faites pas, votre environnement se chargera de le faire. Aujourd'hui, le sexe est partout et tous les enfants en sont nécessairement les spectateurs. L'hypersexualisation de l'espace public rend tout bonnement impossible toute tentative de limiter l'exposition des enfants au sexe quelque soit sa forme. Prendre le métro, regarder la télé, préparer un exposé sur internet l'exposera nécessairement à des images de corps dénudés, à un vocabulaire lié au sexe...

Combien d'enfant machônnant leur tartine au petit matin avec la radio en fond ont-ils entendu les mots plug anal et toutes les blagues qui vont avec? A chaque fois que je vais au cinéma avec ma fille, les publicités précédant le Disney comportent nécessairement une séquence dans laquelle une femme vante les vertus d'un parfum en sa caressant lascivement avec le dit flacon de parfum.

Et tout cela n'a rien de grave. Si, et seulement si, les parents sont là pour systématiquement contrebalancer l'imagerie porno-chic, déconstruire les clichés, rappeler à l'enfant que si certains mots existent, il ne doit pour autant pas se les approprier. 

Par ailleurs, si vous ne parlez de sexualité à votre enfant vous pouvez compter sur ses camarades d'école pour s'acquitter de la tâche dans la cour de récré en des termes assez peu pédagogiques. Par exemple, quand les enfants se traitent de «pédé» dans la cour de récré, cela mérite évidemment une mise au point, tant sur le respect que sur l'homosexualité.

Dans la sexualité, le respect

Enfin, et surtout, «Zizi sexuel» ne parle pas que de zizi, de poils, de baisers avec la langue. Une partie, et c'est même la plus importante, s'attache à évoquer des thèmes essentiels: l'égalité des sexes, le consentement mutuel.

Toute la sexualité y est abordée, y compris les interdits. Le viol, les attouchements, la pédophilie, l'inceste sont en effet évoqués à différentes reprises au cours du parcours. Les enfants sont sensibilisés aux sollicitations auxquelles ils peuvent être confrontés dans la rue, sur Internet, mais aussi dans leur foyer. Sur le site du Point, la commissaire de l'expo confie avoir reçu une lettre d'une mère expliquant comment sa fille, en sortant de l'exposition, lui a raconté avoir été victime d'actes pédophiles. Il va de soi que si la sexualité était restée taboue pour l'enfant ou si la façon ludique mais précise dont elle est abordée dans l'expo ne lui avait pas été rendue accessible, elle n'aurait probablement jamais pu se confier de la sorte.

En novembre 2013, un rapport de l'OMS préconisait de diffuser aux enfants une éducation sexuelle complète et «non concentrée sur les risques potentiels liés à la sexualité». Autrement dit, l'équipe de rédaction du rapport conseillait de ne plus proposer d'approche hygiéniste, purement scientifique, culpabilisante et exonérée des notions de plaisir. Le rapport insistait lui aussi sur l'importance de protéger et d'informer les enfants de pédophilie, du viol, de la pornographie.

Mais evidemment, de nombreux sites internet s'étaient emparés du rappport pour accuser l'OMS, de manière on ne peut plus dégueulasse, de promouvoir la masturbation et d'encourager la sexualité enfantine.

Preuve que, qu'elle fasse l'objet d'un rapport de scientifiques, ou qu'elle prenne la forme d'une exposition ludique, c'est bien l'idée même de prodiguer une éducation sexuelle aux enfants qui dérange.   

Nadia Daam
Nadia Daam (199 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte