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En Allemagne, c'est la bière qui est en crise

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 24.10.2014 à 7 h 22

Repéré sur SZ Magazin, Süddeutsche Zeitung, Die Welt

A Munich le 26 juillet 200. REUTERS/Tobias Schwarz

A Munich le 26 juillet 200. REUTERS/Tobias Schwarz

L'économie de la bière est en péril au pays de l'Oktoberfest, se désole l'hebdo bavarois SZ Magazin, qui mène l'enquête dans les brasseries allemandes. Plusieurs dizaines d'entre elles ont dû fermer leurs portes ces dernières années, mettant fin à une tradition brassicole souvent vieille de plusieurs siècles. Celles qui résistent sont aujourd'hui confrontées à un double problème.

D'une part, le nombre de consommateurs de bière en Allemagne est en baisse continuelle: en vingt ans, leur nombre a chuté d'un quart. Dans un article consacré à ce phénomène, le quotidien Süddeutsche Zeitung rapportait au début de l'année les chiffres préoccupants de la distribution en 2013:

«La quantité vendue a seulement atteint 94,6 millions d'hectolitres, soit 2% de moins [que l'année précédente] et le seuil le plus bas depuis la Réunification.»

Les Allemands ne sont donc que les troisièmes plus grands consommateurs de bière en Europe, derrière les Tchèques et les Irlandais, rappelait le quotidien Die Welt l'an dernier. Un phénomène qui s'explique à la fois par le succès d'autres boissons telles que le vin et les alcools forts chez les jeunes et par une diminution de la consommation chez les plus âgés, soucieux de leur santé.

Le SZ Magazin sort les violons:

«Les Allemands ont perdu leur amour pour la bière. C'était pourtant leur boisson, elle était aux Allemands ce que le vin était aux Français: un bien culturel. Nous sommes les inventeurs de la Reinheitsgebot [1]. Notre diversité est célèbre dans le monde entier: Pils et Helles, Alt et Kölsch, Zwickel et Weizen. Et il n'y a pas encore si longtemps dans ce pays, presque chaque buveur de bière avait sa marque préférée. Jamais un buveur de Jever n'aurait touché à une Becks, un buveur d'Augustiner à une Hofbräu. Cette fidélité elle aussi n'existe plus. Comment est-ce possible?»

D'autre part, les prix de la bière se sont effondrés en l'espace de deux décennies, période durant laquelle ils ont diminué de moitié, face à la pression des chaînes de supermarchés. Et ce alors que les coûts de production ne cessent d'augmenter. Pour survivre, de nombreuses brasseries sont contraintes de vendre une partie de leur production à bas prix sous une autre étiquette que la leur: celle des marques bon marché commercialisées par les chaînes de supermarchés traditionnelles et les hard discounters. Pour répondre à la demande de la grande distribution, les brasseries sont d'ailleurs souvent obligées d'augmenter leur production, voire d'acheter de la bière à des brasseries concurrentes pour pouvoir honorer leurs commandes, et ce pour des prix toujours plus bas.

«Sans bière à la pression, tu disparais»

Faute de place pour stocker la bière commercialisée en bouteilles, une petite brasserie du Sauerland a même été contrainte de renoncer à commercialiser son breuvage en fûts. Comme l'explique le manager d'une brasserie concurrente au SZ Magazin:

«Sans bière à la pression, tu disparais des fêtes de village, les clients ne te voient plus. C'est la fin.»

Trois brasseries allemandes sur quatre perdent aujourd'hui de l'argent. Pourtant, après des années de braderie et de prix cassés, certaines brasseries ont désormais décidé de faire de la résistance en augmentant leurs prix. Ces expériences ont été plutôt positives, montrant que la clientèle restait fidèle, et ont réussi à convaincre certains professionnels de la grande distribution. Un timide changement de cap qui fait conclure au SZ Magazin:

«Cela n'empêchera pas de nombreuses brasseries de mourir et d'être vendues; il est déjà trop tard, l'époque où une boisson sur quatre était une bière en Allemagne est définitivement révolue. Mais c'est un début, un espoir.»

1 — Le fameux «décret sur la pureté de la bière», qui interdit aux brasseurs l'usage d'autres ingrédients que le houblon, le malt, la levure et l'eau. Retourner à l'article

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (344 articles)
Journaliste
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