Tech & internet

Comment Google Maps envoie Marine Le Pen au Conseil constitutionnel

Andréa Fradin, mis à jour le 23.10.2014 à 15 h 04

Et, entre autres réjouissances, laisse Nicolas Sarkozy à l'Elysée et place Antoine de Caunes au siège du Front national.

Capture d'écran du résultat de recherche «Conseil constitutionnel» sur Google Maps

Capture d'écran du résultat de recherche «Conseil constitutionnel» sur Google Maps

Le site qui a repéré l'anecdote, Roads, a d'abord cru «à une plaisanterie de mauvais goût qu’il serait souhaitable de rapidement rectifier»: quand on recherche «Conseil constitutionnel» sur le service de cartographie de Google, Google Maps, s'affichent, juste en dessous de la petite punaise rouge localisant correctement l'institution au 2, rue de Montpensier à Paris, les expressions «président de la république» et «marine le pen», comme le montre l'illustration ci-dessus.

Sauf qu'il ne s'agirait pas, ou en tout cas pas directement, d'une mauvaise blague ou d'une manipulation opérée par quelques soutiens de la présidente du FN à l'aise sur Internet. Comme l'a par la suite précisé Roads dans une mise à jour, ces mots «sont les termes les plus associés à la recherche "Conseil constitutionnel" sur Google», ce que ce dernier désigne par l'expression «termes qui reviennent souvent». Et le webzine d'ajouter:

«Ce n’est pas un champ modifiable, mais la résultante des recherches les plus fréquemment effectuées sur le moteur de recherche.»

Nous avons demandé à Google si cette explication était exacte, et s'il était possible de modifier ces associations d'idées dans le cas où elles ne conviendraient ni aux propriétaires des lieux ainsi qualifiés, ni aux éventuelles personnes associées aux lieux en question.

L'entreprise américaine n'a pour le moment pas répondu à notre demande, mais son aide en ligne explicite un peu la démarche:

«Les mots clés sont générés à l'aide d'un algorithme à partir d'informations publiques, telles que les avis des utilisateurs de Google ou le contenu des sites Web. [...]

Dans certains cas, les mots clés sont précédés de la mention "Termes qui reviennent souvent".»

Dans l'attente d'une réponse plus détaillée de Google, nous avons constaté que ce genre d'associations ne se produisait pas uniquement dans le cas du Conseil constitutionnel. Elles sont en réalité assez courantes, quoique pas forcément systématiques. 

Dans le cas de la Cnil, la fonctionnalité s'avère pratique: en un coup d'oeil, il est possible d'avoir un aperçu des fonctions de la commision.

Parfois pratiques, quand elles permettent par exemple de préciser les fonctions de telle ou telle entité placée sur la carte, elles peuvent aussi s'avérer périmées: la recherche «Elysée» renvoie... à «Nicolas Sarkozy», de même que «UMP» (ce qui fera plaisir à Bruno Le Maire et Hervé Mariton), tandis que «Parti socialiste» met en avant «Martine Aubry» (tant pis pour Jean-Christophe Cambadélis).

Dans certains cas, l'association est plus gênante. La recherche «Front national» affiche ainsi un résultat surprenant, avant même la mention de Marine Le Pen: «Antoine de Caunes».

La faute à un sketch des Césars? Là encore, on serait curieux d'obtenir les éclairages de Google. En attendant, nous avons signalé cette incongruité, histoire d'abord de vérifier qu'il existe bel et bien une procédure de signalement sur Google Maps, pour enfin constater par nous-même si l'entreprise américaine dégaine rapidement dans ce genre d'histoire.

Aucune notification pour le moment. L'animateur du Grand Journal de Canal+ appréciera.

Les surprenants résultats de recherche «Front national» sur Google Maps

Dans le même style, Lionel Jospin se retrouve associé à l'adresse de Contribuables associés, organisme qui avait notamment adressé une lettre de doléances à l'ancien Premier ministre en 2012, à l'occasion de la nomination de ce dernier à la tête de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique.

Les recherches sur le moteur de recherche indiquent un bon référencement de l'association et mentionnent également l'existence d'une plainte déposée par cette dernière à l'encontre de Lionel Jospin au début des années 2000.

Ce n'est pas la première fois que les subtilités des mécanismes de Google ont des répercussions directe en politique. Elles ont même souvent été exploitées par le passé à l'occasion d'élections: rappelez-vous quand le «Google bombing» (ou bombardement Google), cette méthode de référencement permettant de fausser les résultats d'une recherche en l'associant au terme de son choix, rythmait le temps politique sur Internet.

Aux Etats-Unis, il y a eu la fameuse histoire Rick Santorum. En France, nous avons eu dès 2007 l'affaire «Iznogoud», quand le nom dudit personnage de bande dessinée renvoyait au site de Nicolas Sarkozy. Anecdote remplacée, en 2009 puis 2010, par l'affaire dite du «Trou du cul du web» –on vous laisse déduire le mécanisme sous-jacent. En 2012, «incapable de gouverner» renvoyait au candidat Hollande et «on va tuer la France» au site de l'UMP.

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte