Monde

Fusillade d'Ottawa: le Canada aussi a un problème avec les armes à feu

Joshua Keating, traduit par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 23.10.2014 à 8 h 32

Sans que le phénomène n'y atteigne la même ampleur que chez son voisin américain, le pays reste relativement accueillant envers les possesseurs d'armes à feu et le taux d'homicides y est bien plus élevé que dans de nombreux pays européens.

Détail de la plaque en hommage aux victimes de la tuerie de l'École polytechnique, en 1989. Bobanny via Wikimedia Commons.

Détail de la plaque en hommage aux victimes de la tuerie de l'École polytechnique, en 1989. Bobanny via Wikimedia Commons.

Il a souvent été noté, lors de la couverture de la fusillade survenue au Parlement canadien à Ottawa, qui a fait une victime, que ce genre d'évènements est relativement rare au Canada en comparaison des États-Unis. Mais les fusillades meurtrières ne sont pas totalement inédites là-bas et provoquent souvent les mêmes débats féroces que chez le voisin américain.

L'évènement de ce genre le plus meurtrier dans l'histoire du pays est le massacre de l'École polytechnique, en 1989, lors duquel un homme de 25 ans, qui avait manifesté sa haine des féministes et des femmes occupant des emplois non «féminins», était entré dans une école d'ingénieurs de Montréal avec un fusil semi-automatique acquis légalement et avait tué quatorze femmes. Dix femmes et quatre hommes avaient également été blessés. L'évènement est commémoré chaque année le 6 décembre lors de la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes.

0,5 homicide pour 100.000 personnes

L'évènement avait aussi suscité la rédaction de lois plus strictes sur la possession d'armes, dont la création d'un registre national des fusils, établi en 1995. Éternellement contesté par les chasseurs et les partisans du droit à porter des armes, ce registre a été supprimé par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en 2012.

Les lois canadiennes sur la possession d'armes restent strictes comparées aux lois américaines –les possesseurs d'armes doivent obtenir une licence du gouvernement fédéral après avoir suivi une formation à la sécurité, et la possession d'armes plus puissantes est beaucoup plus contrôlée– mais au vu des standards internationaux, le pays reste relativement accueillant envers les possesseurs d'armes.

Le Canada se classe 13e au palmarès de la possession d'armes chez les civils selon le Small Arms Survey de 2007, avec 30,8 armes à feu pour 100 personnes, juste derrière la France et ses 31,2 armes. (Les États-Unis sont premiers, avec 88,8 armes). Il connaît environ 0,51 homicides par arme à feu par an pour 100.000 personnes. Un chiffre faible au regard de celui de son voisin américain (2,97) ou de l'Amérique latine, mais significativement plus élevé que ceux de pays comme l'Allemagne, la France (0,22) ou l'Australie.

Projet de réforme à l'ordre du jour

Comme aux États-Unis, les drames dus aux armes à feu qui font les gros titres tendent à enflammer l'opinion publique sur le sujet. En 2006, une fusillade dans un lycée de Montréal a suscité une campagne, finalement infructueuse, pour obtenir que le gouvernement Harper conserve le registre des armes à feu. Une fusillade survenue lors d'un barbecue à Toronto en 2012, faisant deux morts et 23 blessés, a conduit Harper à réclamer des peines plus dures pour ce genre de crimes, et le maire Rob Ford à demander de nouvelles lois dans le style incohérent qui a fait sa réputation.

La plus récente tragédie liée aux armes à feu est survenue en juin quand Justin Bourque, 24 ans, armé d'un fusil semi-automatique, d'un fusil de chasse et d'une arbalète, a tiré sur cinq officiers de la police montée à Moncton, dans le New Brunswick, en tuant trois. La police a déclaré que Bourque était mieux armé que la plupart des «Mounties» appelés sur place, tandis que l'Association canadienne pour les armes à feu a estimé que l'incident était la preuve que les lois sur la détention d'armes n'étaient pas efficaces et devaient être  abrogées.

Les évènements de mercredi, qui impliquaient un tireur armé d'un fusil à canon double, pourraient initier une nouvelle période d'intense réflexion. De manière assez ironique, un ensemble de réforme du contrôle des armes qualifiées de «bon sens» par le gouvernement, consistant en «un allègement des restrictions sur le transport d'armes à feu, l'obligation de suivre des formations de sécurité pour les nouveaux possesseurs et l'interdiction de possession pour les personnes condamnées pour violences conjugales», figurait à l'ordre du jour de la Chambre des communes avant le début de la fusillade.

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte