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On peut soutenir le peuple ukrainien et pointer les actes condamnables de son armée

Petro Porochenko s'adresse à l'armée, le 14 octobre 2014, dans la région de Zaporizhzhia. REUTERS/Ukrainian Presidential Press Service/Mikhail Palinchak

Petro Porochenko s'adresse à l'armée, le 14 octobre 2014, dans la région de Zaporizhzhia. REUTERS/Ukrainian Presidential Press Service/Mikhail Palinchak

Bombes à fragmentation, exécutions sommaires... La critique de la politique révisionniste de Vladimir Poutine et la solidarité avec les Ukrainiens militant pour la démocratie ne doivent pas empêcher de condamner les actes contraires au droit de l’homme. Au contraire.

Les victimes n’ont pas toujours le droit de leur côté simplement parce qu’elles sont des victimes. Il est incontestable que l’Ukraine a été victime au cours des derniers mois d’une action de subversion menée par les séparatistes prorusses de l’est du pays, avec le soutien actif de la Russie, après que Vladimir Poutine a décidé l’annexion de la Crimée.

Les Ukrainiens ont été «punis» pour avoir manifesté contre le refus de l’ex-président Viktor Ianoukovitch de signer l’accord d’association avec l’Union européenne. Ces manifestations, commencées fin novembre 2013 sur le Maïdan, la place centrale de Kiev, ont provoqué le départ de Ianoukovitch et l’élection d’un nouveau président, Petro Porochenko, bien disposé à l’égard de l’Europe. Les manifestants réclamaient aussi la lutte contre la corruption, des réformes économiques destinées à mettre fin au pouvoir des oligarques et à la paupérisation de la population, ainsi que l’établissement d’un Etat de droit.

Les accusations de Human Rights Watch et d'Amnesty International

C’en était trop pour Vladimir Poutine qui considère l’Ukraine comme un Etat artificiel qui ne doit pas, selon lui, se distinguer de la Russie, ni par son régime intérieur, ni par son orientation géopolitique.

Les Occidentaux ont réagi, à juste titre, contre la remis en cause par Moscou non seulement des principes admis sur le système de relations en Europe depuis la fin de la Guerre froide mais aussi des accords passés. Le mémorandum de Budapest, par exemple, signé par la Russie, qui garantit l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Voire, pour remonter plus loin dans l’histoire, les accords d’Helsinki de 1975 qui garantissent l’inviolabilité des frontières sur le continent européen. En annexant la Crimée et en envoyant des forces soutenir les rebelles prorusses, le Kremlin a foulé aux pieds ces principes.

Les Ukrainiens, les manifestants de Maïdan qui réclamaient la démocratie aussi bien que les autorités de Kiev qui essayaient de réduire la rébellion des séparatistes russes, méritaient le soutien de tous ceux qui pensent que l’Etat de droit est supérieur à la «démocratie dirigée» chère à Vladimir Poutine. De même, les actions des séparatistes de l’est de l’Ukraine, qualifiés par l’ambassadeur de France aux Nations unies de «gangsters», sont-elles hautement condamnables. Selon les services de renseignement allemands, les séparatistes seraient bien responsables de la destruction du Boeing de la Malaysian Airlines, abattu en juillet par un tir de missile sol-air.

Mais toutes les exactions qu’on peut reprocher aux séparatistes ne sauraient excuser des actes condamnables de la part de l’armée officielle ukrainienne.

Un  rapport de l’ONG Human Rights Watch, préparé à la suite d’une enquête menée en coopération avec le New York Times, affirme que l’armée, de même que les séparatistes, a employé à une douzaine de reprises des bombes à fragmentation contre la ville de Donetsk, tuant des civils, y compris un collaborateur suisse de la Croix rouge. 

En explosant, les bombes à fragmentation répandent, sur une superficie grande comme un terrain de football, des «sous-munitions» qui blessent ou tuent longtemps après leur lancement. Elles sont interdites par une convention internationale de 2008, que ni la Russie, ni l’Ukraine, ni les Etats-Unis n’ont ratifiée.

L’affirmation de Human Rights Watch a été démentie par le porte-parole de l’armée ukrainienne. Mais ce n’est pas première fois que celle-ci est accusée d’avoir employé des méthodes brutales.

Selon Amnesty International, les deux côtés ont commis des atrocités, dont des exécutions sommaires, qui s’apparentent à des crimes de guerre. La critique de la politique révisionniste de Vladimir Poutine et la solidarité avec les Ukrainiens militant pour la démocratie ne doivent pas empêcher de condamner les actes contraires au droit de l’homme. Au contraire.

 

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