Parents & enfants / Égalités

«L’égalité hommes femmes motherfuckers»

Temps de lecture : 2 min

Une vidéo met en scène des petites filles dénonçant, avec force jurons, les clichés sexistes et les violences faites aux femmes.

On entend déjà gronder l’épuisante ritournelle: «c’est pas joli une fille qui jure». Quand les filles en question ont entre 6 et 13 ans, il faut aussi s’attendre à voir dénoncer l’utilisation d’enfants à des fins politiques. Critiques qui émaneront probablement de personnes qui se sont servis de leurs propres progénitures, sanglées dans des poussettes, comme de voitures bélier, lors de récentes manifestations. Mais aussi de personnes qui estiment qu’un enfant ne doit pas dire de gros mots, ni être impliqué dans un acte militant. Et c’est leur droit, après tout.

Pour sa nouvelle vidéo de sensibilisation, la marque FCKH8[1] (une marque qui finance des associations –lire «fuck hate»), met en scène des fillettes qui dénoncent, statistiques à l’appui, les stéréotypes de genre, les inégalités de salaires et les violences faites aux femmes. La spécificté de la séquence, c’est que les fillettes émaillent le propos de «fuck you», «hell no», «motherfuckers», «pénis».

Mais ces mêmes petites filles apportent elles-mêmes une réponse anticipée à la polémique que la séquence pourrait susicter: «Qu’est-ce qui est le plus offensant? Une petite fille qui dit «fuck» ou la manière totalement sexiste dont la société traite les femmes et les filles?»

Une réalité appuyée par des chiffres: une femme est payée en moyenne 23% de moins qu’un homme[2], une femme sur cinq aux Etats-Unis, d'où vient la vidéo, est violée par un homme.

Conscience précoce

C’est bien ce que l’on a envie de retenir de la vidéo: que les petites filles énoncent avec lucidité ce qui les attend et les stéréotypes dont elles font déjà l’objet. (cf le petit garçon en robe qui assène: «quand vous dites à un petit garçon que c’est mal de se comporter en fille, c’est parce que vous estimez que c’est mal d’être une fille».)

A ceux qui estiment qu’avec cette vidéo, on met dans la bouche des enfants un discours militant qu’ils ne sont pas en mesure de comprendre ou de critiquer, on ne saurait que trop leur conseiller de visionner cette vidéo dans laquelle une fillette de 5/6 ans s’indigne du marketing genré dans les rayons des magasins.

Preuve, s’il en fallait une, qu’un enfant peut être indigné par les inégalités sans même qu’on lui ait soufflé quoique ce soit à l’oreille.

Précisons également que l’association avait utilisé le même procédé pour dénoncer le harcèlement et le cyberbullying.

Regardez le fond

Il suffit de consulter les commentaires sous la vidéo ou sur la page Facebook de FCKH8 pour constater qu’effectivement, des gens sont davantage choqués par le langage utilisé par les fillettes que par la réalité et les chiffres qu’elles énoncent. Il est toujours bien plus confortable de retenir la forme pour mieux la critiquer, afin d’escamoter le fond. Par ailleurs, même si les commentaires négatifs sont nombreux, on n’ose même pas imaginer la violence et l’ampleur des réactions si une vidéo française mettait en scène des fillettes hurlant «putain de merde» ou «allez vous faire foutre».

Oui, nous sommes tous d’accord, c’est mieux si un enfant ne dit pas trop de gros mots, mais c'est mieux encore s'il peut s'exprimer pour se libérer des clichés.

1 — Une première version de l'article présentait FCKH8 comme une association. Retourner à l'article

2 — Une première version de l'articledisait que c'était 23% «pour le même job». C'est en fait une moyenne. Retourner à l'article

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