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Vacances: Bienvenue au «Camping Sans Ondes»!

Jean-Yves Nau, mis à jour le 20.08.2009 à 11 h 05

Pourquoi cette phobie contagieuse des champs électromagnétiques?

Voici bien l'un des reportages les plus originaux de tous ceux que, pour l'heure, nous avons pu lire cet été. Signé Jila Varoquier on peut le retrouver sur le site du quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France. Nous sommes dans la Drôme, sous la canicule et dans une «zone blanche»; ainsi désigne-t-on les derniers espaces géographiques qui ne sont pas encore «couverts» par les «opérateurs téléphoniques». Ce camping «sans ondes» créé par l'association Next-Up a ouvert ses portes début août. Au nom du principe de précaution Slate.fr ne vous en donnera pas l'adresse: l'endroit doit demeurer confidentiel, réservé aux initiés de plus en plus nombreux souffrant d'«hypersensibilité  aux ondes électromagnétiques». Symptôme éclairant de sa notoriété croissante cette entité pathologique dispose déjà de son sigle: «HSEM».

Endroit confidentiel, donc. «Seul le bruit d'un TGV lancé à pleine allure rompt ponctuellement le silence». «Sur place, les camping-cars au plancher habillé par de grandes plaques de métal, arborent de curieuses fenêtres recouvertes d'aluminium, nous rapporte Jila Varoquier. «Le métal réfléchit les ondes, les HSEM sont donc protégés. Les personnes les plus en détresse peuvent venir s'y réfugier», explique Serge Sargentini, de l'association Next-Up. Ici, inutile d'essayer d'allumer son portable (...) le camp ne reçoit encore qu'une dizaine de vacanciers dans des abris mis gracieusement à disposition, le temps qu'ils se ressourcent. «Les demandes sont croissantes, nous espérons à l'avenir ouvrir un véritable éco-village», ajoute cet ex-militaire.»

Qui, il y  peu encore, aurait osé avancer que se «ressourcer» imposait, précisément l'absence des «ondes»?

Poursuivons la visite de ce campement en marge, pour l'heure, des habituelles normes de classement. Qui rencontre-t-on au Camping Sans Ondes? Claudie, par exemple. Claudie et ses  joues creusées «par le shoot d'ondes» qu'elle a essuyé «en allant faire ses courses»; Claudie qui prend un repos que l'on imagine ne pouvant pas ne pas être mérité. «J'ai cru que je devenais agoraphobe jusqu'à ce que je constate que mes nausées et mes vertiges coïncidaient toujours avec un portable en marche à quelques mètres de moi», raconte-t-elle. Et encore: Chacun, ici, est muni d'une petite sonde qui «mesure le voltage de l'air ambiant à la première suspicion d'ondes dans les parages».

Se moquer? Pourquoi pas? Nous avons tous droit à l'humour, cette réponse-réflexe à l'apparition brutale de l'anormalité dans un quotidien chaque jour plus normatif? Mais pourquoi ne pas chercher à entendre ceux qui, dans ce camping à la fois drômois et secret, narrent leurs souffrances dues, pensent-ils  à la multiplication des champs électro-magnétiques dans leur entourage immédiat?

«J'ai réussi à force de persuasion à faire éteindre la Wi-Fi de mes voisins» explique Philippe. «Bien sûr que je l'ai pris pour un fou, confie Véronique, sa compagne qui, elle, se définit comme «normale». Maintenant, je le crois, car il souffre vraiment». Et encore, cette ancienne chargée de communication à l'Urssaf, Anne est elle aussi venue chercher ici un peu de quiétude au «Camping Sans Ondes». Et déjà  elle redoute la fin de son farniente-sevrage en zone blanche et son retour en Vendée, où elle vit avec sa fille de 13 ans: «J'ai peur que les douleurs soient plus violentes encore».

Sourire? Sans doute pas; pas plus que l'on ne saurait immédiatement entrer ici en empathie. Mais, si la chose est possible, tenter de comprendre. Que nous disent, ici, les institutions scientifiques et médicales? Des choses par définition infiniment raisonnables. Comme, par exemple, le fait que l'évolution des sociétés industrielles et la succession continue des révolutions technologiques ont favorisé un accroissement sans précédent du nombre et de la diversité des sources de champs électromagnétiques (CEM):  écrans de visualisation associés aux ordinateurs,  téléphones mobiles et leurs antennes-relais etc...

Elles nous disent aussi que ces appareils désormais précieusement omniprésents dans notre quotidien aient suscitent certaines inquiétudes quant à d'éventuels risques pour la santé.

«Depuis quelque temps, un certain nombre de personnes signalent divers problèmes de santé qu'ils attribuent à leur exposition aux CEM, observe-t-on auprès de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Si certains rapportent des symptômes bénins et réagissent en évitant autant qu'ils le peuvent ces champs, d'autres sont si gravement affectés qu'ils cessent de travailler et modifient totalement leur mode de vie.» Et l'OMS de consacrer un précieux aide-mémoire à ce trouble moderne de plus en plus présent dans l'Hexagone .

De quoi parle-t-on, précisément? La HSEM, nous dit l'OMS, est caractérisée par divers symptômes que les personnes concernées attribuent à l'exposition aux CEM. Parmi les symptômes les plus fréquents: problèmes dermatologiques (rougeurs, picotements et sensations de brûlure),  neurasthéniques et végétatifs (fatigue, lassitude, difficultés de concentration, étourdissements, nausées, palpitations cardiaques et troubles digestifs). Avec cette troublante conclusion: cet ensemble de symptômes ne fait partie d'aucun syndrome reconnu. Sauf, peut-être à renvoyer vers l'hypocondrie et les infinis visages que peut prendre l'hystérie, cette merveilleuse manière qu'à le corps humain de parler à lui-même en même temps qu'à ses semblables.

«La HSEM se caractérise par une série de symptômes non spécifiques, pour lesquels on manque d'éléments tangibles sur le plan toxicologique ou physiologique, ou de vérifications indépendantes, osent ajouter, marchant sur des œufs environnementaux et de plus en plus politiquement corrects, les experts  de l'OMS. Il existe un terme plus général pour désigner la sensibilité aux facteurs environnementaux: l'intolérance environnementale idiopathique ou IEI (...). L'IEI est un descripteur n'impliquant aucune étiologie chimique ou aucune sensibilité de type immunologique ou électromagnétique.Ce terme regroupe un certain nombre de troubles ayant en commun des symptômes non spécifiques similaires, qui restent non expliqués sur le plan médical et dont les effets sont préjudiciables pour la santé des personnes.»

Pour le dire autrement: le flou absolu. Une vache céphalalgique dans un champ Wi-Fi ne retrouvant plus ses veaux qui, eux-mêmes, ne reconnaîtraient plus leur mères. Un flou d'autant plus épais que les estimations disponibles sur la prévalence de l'HSEM dans la population humaine sont très variables: de quelques individus par million à....  10 % de la population. «Il existe aussi une variabilité géographique considérable, ajoute l'OMS, pour simplifier le tout. On signale une incidence de la HSEM plus élevée en Suède, en Allemagne et au Danemark qu'au Royaume-Uni, en Autriche et en France. Les symptômes liés aux écrans de visualisation sont davantage évoqués dans les pays scandinaves et ils y sont plus souvent associés à des troubles cutanés que dans le reste de l'Europe».

Et, pour finir, ce qui fait le plus mal: on a réalisé un certain nombre d'études dans lesquelles on exposait des individus présentant une HSEM à des CEM similaires à ceux auxquels ils attribuaient leurs symptômes. La majorité de ces études indique que les personnes estimant être des victimes sont incapables de dire mieux que d'autres quand elles sont ou non exposées à des CEM. « Il existe aussi certains éléments indiquant que ces symptômes peuvent être dus à des maladies psychiatriques préexistantes, ainsi qu'à des réactions de stress résultant de la crainte inspirée par les éventuels effets sur la santé des CEM, plutôt qu'à leur exposition» ose expliquer l'OMS.

Résumons-nous. Ceci ne signifie en rien que les victimes des ondes modernes sont des simulateurs. Ceci ne signifie en rien non plus qu'elles ne souffrent pas quand elles disent endurer leurs maux. Dans la campagne drômoise du «Camping Sans Ondes» personne ne remet en question le fait que les «joues creusées» de Claudie sont la conséquence du «shoot d'ondes» qu'elle venait d'«essuyer» en terres hostiles. Mais encore? Qui aidera Claudie à retrouver durablement son visage durablement rebondi d'avant les ondes ?

Jean-Yves Nau

Image de Une: Flckr

 

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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