Culture

La scène qui avait fait de Ben Bradlee, rédacteur en chef du Washington Post pendant le Watergate, un héros de cinéma

Temps de lecture : 2 min

Benjamin C. Bradlee, qui a dirigé la rédaction du Washington Post de 1968 à 1991 et était notamment à sa tête à l'époque du scandale du Watergate, est mort, mardi 21 octobre, à l'âge de 93 ans. Dans un communiqué, Barack Obama a salué la mémoire d'un «vrai homme de presse» qui avait fixé «un modèle de journalisme honnête, objectif et méticuleux».

Pour le grand public, Bradlee avait une autre figure, celle de l'acteur Jason Robards, qui l'avait interprété dans Les Hommes du président d'Alan J. Pakula, film qui cimenta en 1976 la légende de Bob Woodward (Robert Redford) et Carl Bernstein (Dustin Hoffmann).

Robards, qui y avait fait de Bradlee, selon l'expression de Slate.com, «une figure indépendante, débonnaire et incisive», y avait notamment droit à une scène culte, où il évoque ses souvenirs de reporter au magazine Newsweek face à ses deux reporters qui, grâce à la complicité de leur source secrète Gorge profonde, viennent de lui apporter un nouveau scoop:

«Un jour, quand j'étais reporter, un des conseillers de Lyndon Johnson m'a donné un tuyau: nous cherchons un successeur à J. Edgar Hoover. Je l'ai écrit et, le jour qui a suivi, Johnson a tenu une conférence de presse et a confirmé Hoover à son poste à vie. Quand cela a été fait, il s'est tourné vers son conseiller et lui a dit: "Appelez Ben Bradlee et dites-lui d'aller se faire foutre." Tout le monde m'a dit: "Bravo Ben, tu t'es planté, tu nous a coincé avec Hoover pour toujours". Je m'étais planté, mais je ne m'étais pas trompé.»

Après avoir interrogé Woodward sur la crédibilité de Gorge profonde, Bradlee ajoute:

«Je ne peux pas faire le travail de reportage à la place de mes reporters, ce qui veut dire que je dois leur faire confiance, et je déteste faire confiance à quiconque. Fais imprimer ça, gamin.»

L'anecdote de la fuite du remplacement de Hoover a été racontée par plusieurs ouvrages sur le journalisme américain ou les services secrets, et est exactement celle racontée dans le film. La source de Bradlee était nul autre que Bill Moyers, le secrétaire à la presse de la Maison Blanche.

Slate.fr

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