Elle dénonçait les cartels mexicains, ils la tuent et annoncent sa mort sur son compte Twitter

«Mon vrai nom est María del Rosario Fuentes Rubio. Je suis médecin. Aujourd'hui, ma vie prend fin.»

Dans l'Etat mexicain de Tamaulipas, deux cartels rivaux (les Zetas et le cartel du Golfe) ont pris le contrôle du gouvernement, de la police et des médias. Les journalistes qui osent parler des kidnappings, du racket et d'autres formes de violence exercées par les cartels risquent d'être assassinés. 

C'est dans ce contexte que s'est développée une organisation de journalisme participatif gérée par des anonymes. A Reynosa, la ville principale de l'Etat, le réseau Valor por Tamaulipas (Courage pour Tamaulipas) a une page Facebook (plus de 500.000 abonnés) et un compte Twitter (plus de 100.000 followers) qui tiennent lieu de médias indépendents. Or la semaine dernière, une contributrice régulière, qui signait ses messages du nom de Felina, a été assassinée par les cartels

Malgré les menaces récentes, Felina continuait à poster des informations sous le pseudo @Miut3.

«Elle était connue pour ses posts qui donnaient la localisation exacte d'incidents violents en temps réel, explique le journaliste Jason McGahan dans The Daily Beast. Les gens lui envoyaient des informations car c'était une manière pour eux de résister à l'hégémonie des cartels. Elle écrivait pour supplier les victimes de crimes de ne pas rester silencieuses et d'en parler à la police... Elle postait des numéros de téléphone à utiliser en cas d'urgence.»

Il y a plus d'un an, les cartels avaient offert une récompense de 48.000 dollars à tout individu qui dévoilerait l'identité des administrateurs de ces comptes. Au début du mois d'octobre, les narcotrafiquants demandaient sur Twitter pourquoi ces journalistes citoyens ne parlaient pas de toutes les bonnes actions entreprises par les cartels pour aider les pauvres de la ville... Pourquoi ne parlaient-ils que de violence?

Le jeudi 16 octobre, les trafiquants ont utilisé le compte Twitter de Felina pour annoncer sa mort:

«Mon vrai nom est María del Rosario Fuentes Rubio. Je suis médecin. Aujourd'hui, ma vie prend fin

Ont suivi des photos de son cadavre et des menaces aux autres contributeurs de Valor por Tamaulipas. Malgré tout, les comptes Facebook et Twitter sont toujours actifs.

Le Mexique est désormais un des pays les plus dangereux pour les journalistes, et depuis 2004, 38 reporters ont été tués dans le pays.

 

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