Monde / Culture

Même avec des scénaristes étrangers, les séries américaines restent américaines

Temps de lecture : 3 min

C'est par exemple le cas de «The Affair», la nouvelle production du scénariste israélien Hagai Levi («BeTipul»).

Ruth Wilson et Dominic West dans The Affair, la nouvelle série de Hagai Levi et Sarah Treem. Showtime
Ruth Wilson et Dominic West dans The Affair, la nouvelle série de Hagai Levi et Sarah Treem. Showtime

Les remakes, les Américains y sont habitués. Quand ils s'intéressent à des séries étrangères –à l'instar des films d'ailleurs– ils les adaptent plutôt que de les importer: Homeland (Hatufim - Israël), In Treatment (BeTipul - Israël), Hostages (Bnei Aruba - Israël), The Office (Grande-Bretagne), The Killing (Forbrydelsen - Danemark), House of Cards (Grande-Bretagne), Ugly Betty (Yo Soy Betty la Fea - Colombie)… toutes sont, à l’origine, des séries étrangères.

Il y a plusieurs raisons à ce phénomène. Le doublage n’est pas dans la culture américaine et le sous-titrage n’a jamais été très apprécié au sein des foyers américains. Si certains estiment que la situation sur ce dernier point semble évoluer, le constat n'est pas partagé par tous. Par ailleurs, introduire des personnages et des lieux connus permettent au public de mieux s’identifier. L’audience a ainsi de plus grandes chances d’être au rendez-vous et les chaînes évitent de prendre des risques –on sait que l'industrie du divertissement a une très grande aversion pour le risque...

Pourtant, ces dernières années, certaines chaînes ont décidé de faire confiance à des scénaristes et réalisateurs étrangers. Malgré le projet d’adaptation de The Thick of it abandonné sur ABC, Armando Ianucci a pu développer Veep, une nouvelle série qui garde le même ton. On y suit Selina Meyer, vice-présidente des Etats-Unis et son staff plus ou moins compétent. Portée par Julia Louis Dreyfus, elle a été renouvelée pour une quatrième saison par la chaîne câblée HBO. Veep a également été nominée aux Emmy Awards à trois reprises et remporté le titre de meilleure comédie aux Writers Guild of America Awards, cette année.

Et depuis le début du mois d’octobre, Showtime a également décidé de laisser un scénariste étranger à la tête d'une série (diffusée en France sur Canal+ Séries). L'excellente The Affair «explore la crise traversée par deux couples face à une liaison extraconjugale» et a été confiée à Hagai Levi, un scénariste israélien, à l’origine de BeTipul et à Sarah Treem, qui l’avait adaptée sous le nom de In Treatment pour le marché américain.

Les deux sont devenus amis à la fin de la série américaine, en 2010, et Hagai Levi a proposé à Sarah Treem de le rejoindre en Israël pour travailler sur un nouveau projet, raconte-t-elle à Hitfix:

«Il voulait faire quelque chose à propos d’une relation racontée de deux points de vue, je crois. C’est un peu compliqué de se souvenir maintenant, mais il m’a demandé de venir à Tel Aviv pour en parler. Je ne crois pas qu’il s’attendait à ce que je vienne vraiment mais je l’ai fait. Nous voulions raconter une histoire d’amour en Rashomon [raconter l’histoire depuis plusieurs points de vue]. Et nous avons décidé que cette histoire d’amour serait une liaison extra-conjugale.»

The Affair pourrait donc être une révolution au sein de la télé américaine... Mais ne l'est pas vraiment. Même si la qualité est indéniable, et que l'écriture est neuve, The Affair reste une série américaine. Hagai Levi a expliqué à Télérama qu'il avait dû s'adapter au public du pays:

«Ce qui importe le plus à mes yeux, c'est de pouvoir pousser le plus loin possible ma réflexion. Je préfère séduire un public restreint, avoir une véritable discussion avec lui, plutôt que de plaire à tout le monde. Je ne me plains pas, je sais juste qu'il me faut séparer mes projets de cœur, pour la télé israélienne, et les choses plus commerciales que je peux faire outre-Atlantique. (…) [Si j’avais proposé The Affair en Israël] ç'aurait été tout à fait autre chose. Ce que j'avais commencé à écrire en Israël était plus radical, plus risqué, plus pur. Quand j'écris pour les Etats-Unis, je ne livre pas mon sentiment intime brut, je fais en sorte de le mêler à une réflexion sur la culture américaine.»

Hagai Levi s'est donc auto-censuré pour plaire au public américain. Le vrai problème de cette télévision n'est donc pas qu'elle ne soit pas capable de trouver des talents à l'étranger ou qu'elle ait peur ou n'ait pas envie de travailler avec eux. C'est qu'elle n'ait pas encore le courage de présenter leur travail, par peur de surprendre son public.

Les Américains n'ont aucun problème à laisser les clés aux scénaristes étrangers, tant qu'ils continuent à faire de la télé américaine.

Grégor Brandy Journaliste

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