Economie

Margerie, le patron qui prônait la détente entre la Russie et l'Ukraine

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 21.10.2014 à 18 h 26

Repéré sur Le Nouvel Obs, La Croix, Marianne, AFP

Disparu la nuit dernière dans un accident d’avion à Moscou, le PDG de Total entretenait des relations cordiales avec le régime de Vladimir Poutine et s’est souvent exprimé sur la crise actuelle.

REUTERS/Ria Novosti.

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«Le président Poutine appréciait au plus haut point les qualités d'homme d'affaires de Margerie, son dévouement continu, non seulement dans les relations franco-russes, mais dans toutes les formes de coopération.» Ces mots, rapportés par le porte-parole du Kremlin, sont venus rappeler les rapports chaleureux qui existaient entre le patron de Total, mort dans un accident d'avion lundi 20 octobre, et la Russie.

«N'exagérons rien! Je ne passe pas mes vacances ou mes week-ends avec lui, se défendait Christophe de Margerie dans un portrait publié par Le Nouvel Observateur en mai dernier. Je le vois une ou deux fois par an.» Le magazine rappelait par ailleurs que les deux hommes se connaissaient depuis dix ans, et qu’il y a une décennie à peine, «la Russie ne pesait presque rien dans les activités de Total. Aujourd'hui, elle représente 10% du chiffre d'affaires et 10 milliards de dollars d'investissement».

Lorsque la crise russo-ukrainienne a débuté, Christophe de Margerie a été l'un des rares patrons français à prendre position sur le conflit, prônant sa fin le plus rapidement possible. A l'occasion du second Colloque franco-russe tenu le 24 avril 2014 à l'Assemblée Nationale, le patron français lançait un message à l’attention des politiques et des entreprises françaises présentes en Russie:

«On s’est battu depuis vingt ans pour tisser des liens entre nos deux pays, aussi bien pour les citoyens que pour les entreprises. Et je ne voudrais pas, et pas uniquement pour des considérations financières, que tout ceci soit jeté aux orties sous prétexte qu’aujourd’hui, effectivement, il y a des préoccupations plus nobles. Si on doit respecter les décisions politiques, je crois qu’on a le droit et le devoir, en tant qu’entreprises, d’intervenir dans le débat.»


Christophe de Margerie n'hésitait pas à aussi employer la provoc' sur le sujet, lançant par exemple au Nouvel Observateur que la Crimée, pour la Russie, «c'est l'Alsace-Lorraine», avant de lancer:

«Ah j'te la fais la story! Total ne défend que ses intérêts, c'est l'argent face à la morale. Les dividendes et le capital versus les morts de Kiev!»

En marge de l’université d’été du Medef, fin août, il avait de nouveau fait part de ses inquiétudes à propos des sanctions contre la Russie. Début septembre, comme le rapport La Croix, Christophe de Margerie représentait aussi les entreprises lors d'une table ronde controversée à l’ambassade de Russie à Paris, avec pour but était de manifester sa colère contre les sanctions votées à Bruxelles. Total s’inquiétait notamment pour une usine de gaz liquéfié, alors en construction dans l’Arctique. Selon Marianne, le PDG aurait alors expliqué qu’il fallait «éviter une escalade des sanctions». Il déclarera plus tard, dans une interview accordé à la Süddeutsche Zeitung, qu’il ne «faut pas se laisser persuader que la Russie est notre ennemie», en rappelant que notre approvisionnement en énergie dépend largement du pays de Vladimir Poutine. 

Lors de sa dernière intervention lundi soir, lors d’un rendez-vous entre officiels russes et grands patrons quelques heures avant sa mort, Christophe de Margerie avait aussi demandé à la Russie de corriger son positionnement diplomatique :

«Avec tout le respect qui vous est dû, nous vous appelons à faire tout ce qui est nécessaire pour corriger la situation. [...] Notez que je donne des conseils similaires à mon propre gouvernement.»

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