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L'«Inspecteur Derrick» a quarante ans

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 19.10.2014 à 16 h 51

Repéré sur Frankfurter Neue Presse, Der Tagesspiegel, Der Spiegel

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Épaisses lunettes fumées, complets grisâtres, allure sinistre. Le 20 octobre 1974, l'inspecteur Derrick faisait son apparition sur le petit écran en Allemagne. Au lendemain de la diffusion du premier épisode de cette série policière aujourd'hui culte, malgré les 30 millions de téléspectateurs qui l'avaient suivi ce soir-là, les critiques prédisaient déjà sa fin. Comme le rappelle le quotidien Frankfurter Neue Presse, le magazine de référence Der Spiegel lui reprochait son scénario «aussi raffiné qu'un tirage du loto» et ses dialogues «aussi originaux qu'une présentation de la météo». Inspiré de la figure du commissaire Maigret des romans policiers de Georges Simenon, l'inspecteur Derrick réussit pourtant à entrer dans le coeur des téléspectateurs allemands, séduits par ses qualités morales, comme l'avance le quotidien Der Tagesspiegel:

«Une fois habitué au grand homme à la perruque et au trenchcoat –qui apparaissait calme et réfléchi, compréhensif et solitaire, mais cependant décidé, avec des exigeances morales et une profondeur psychologique– , le téléspectateur allemand ne veut plus se passer de lui.»

Et c'est ainsi que Derrick, «plus connu que le Pape» en Allemagne d'après Der Tagesspiegel, devint un succès planétaire, la série allemande la plus diffusée dans le monde: 102 pays achèterent les droits de diffusion. Il faudra attendre 1986 pour que le célèbre inspecteur arrive dans les salons des familles françaises.

La série ne s'arrêta qu'au bout de 281 épisodes, lorsque l'acteur qui incarnait Derrick, Horst Tappert, prit sa retraite. Il décéda dix ans plus tard. Interviewé par Der Spiegel, l'acteur allemand Fritz Wepper, qui incarne à l'écran son fidèle assistant «Harry», confie qu'ils étaient tous les deux très émus lors du tournage du dernier épisode de la série commencée un quart de siècle plus tôt:

«Aujourd'hui encore je vois Horst devant moi lors de la dernière scène, la façon dont il passe sous le portail du Hofgarten, à Munich, et devient de plus en plus petit – et fini par disparaître. Les yeux humides, la mélancolie des adieux: nous n'avions pas besoin de jouer à ce moment-là. Je pense souvent à notre scène d'adieu dans «Derrick», en 2008 c'est moi qui ait prononcé le discours lors de l'enterrement de Horst.»

En 2013, la révélation de l'appartenance d'Horst Tappert à la Waffen-SS durant sa jeunesse avait terni l'image de la série, et plusieurs chaînes de télévision, parmi lesquelles France 3, avaient suspendu sa diffusion. Qu'importe le passé de l'acteur principal, la Frankurter Neue Presse préfère retenir de la série le rôle bénéfique qu'elle joué vis-à-vis de l'image de l'Allemagne dans le monde:

«Ce n'est pas pour rien que la série a décroché de nomvreux prix à l'étranger au motif que Derrick a bien plus oeuvré pour l'entente entre l'Allemagne et les autres nations que les gouvernements des États après la Seconde guerre mondiale.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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