Allemagne

En Allemagne, la montée de l'islamisme suscite une radicalisation des groupuscules de hooligans

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 17.10.2014 à 8 h 11

Repéré sur Die Welt, Die Zeit

Après les affrontements du 10 octobre à Hambourg. REUTERS/Fabian Bimmer.

Après les affrontements du 10 octobre à Hambourg. REUTERS/Fabian Bimmer.

Depuis les violents combats de rue qui ont opposé des salafistes à des manifestants pro-kurdes début octobre à Hambourg, pas un jour ne passe sans que l'islamisme radical ne fasse les gros titres de la presse allemande. Mais les autorités locales voient d'un œil tout aussi inquiet ce qui se trame à l'autre extrémité de la société: des groupuscules de hooligans s'unissent désormais pour combattre le salafisme, rapporte le quotidien Die Welt.

D'ordinaire peu organisés et éclatés en petites entités en raison de la haine profonde que se vouent entre eux les hooligans qui soutiennent différents clubs de football allemands, ces supporters violents, pour la plupart affiliés à des partis d'extrême droite, ont décidé d'enterrer la hache de guerre pour combattre leur nouvel ennemi commun: l'islam radical. Comme l'explique l'ethnologue Robert Claus, spécialiste de l'extrême-droite dans le monde du football:

«Ces groupes utilisent la carte de l'anti-islamisme, très populaire ces derniers temps, pour diffuser une vision du monde qui méprise l'humanité.»

Plusieurs dizaines de hooligans ont défilé ces dernières semaines dans les rues de Essen, Nuremberg, Mannheim et à Francfort pour protester contre le salafisme. Ils étaient 350 à Dortmund fin septembre. C'est via les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et Whatsapp que ces extrémistes diffusent leurs messages de haine et d'incitation à la violence, explique Die Welt:

«Ils veulent "récupérer les rues", comme ils l'écrivent, et ne pas y aller avec le dos de la cuiller. Ils parlent de balles dans la tête, de viols ou de noyer les salafistes dans du sang de porc. Des photos de singes en train de crier sont placées à côté des portraits de prédicateurs soupçonnés d'inciter à la haine.»

C'est d'abord via des groupes secrets ouverts sur Facebook que plusieurs groupuscules de hooligans ont formé un réseau à travers le pays au début de l'année. D'après les estimations de la police allemande, environ 300 personnes formeraient le noyau dur de ce nouveau mouvement, qui d'après l'hebdomadaire Die Zeit, reste principalement concentré dans l'Ouest de l'Allemagne, dans les régions de la Ruhr et du Bade-Wurtemberg.

L'un de groupes les plus actifs s'appelle «Ho.Ge.Sa», un acronyme qui signifie «Hooligans gegen Salafisten» («Hooligans contre les salafistes»). Sa page Facebook reprend les codes traditionnels des groupuscules d'extrême-droite: écriture gothique, couleurs noire, rouge et blanche, ainsi qu'un insigne montrant deux poings levés qui se serrent, accompagnés du slogan: «Ensemble, nous sommes forts». Via le hashtag #HoGeSa sur Twitter, de nombreux internautes tentent désormais d'empêcher la tenue d'une manifestation prévue le 26 octobre prochain à Cologne, dont les membres annoncent sur leur page Facebook plus de 2.000 participants.

Comme l'explique Rainer Wendt, président du syndicat de la polie allemande, les réseaux sociaux jouent un rôle prépondérant dans la radicalisation des hooligans allemands:

«Ces groupuscules ont pris de l'ampleur ces derniers temps et sont devenus nettement plus agressifs. Ce n'est pas uniquement la situation politique en Syrie qui y a contribué mais aussi les informations circulant sur les réseaux sociaux, dont certaines manquent totalement d'objectivité et qui renforcent encore plus cette idéologisation.»

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