Sports

Ce curieux championnat mexicain où joue Ronaldinho

Thomas Goubin, mis à jour le 02.11.2014 à 8 h 40

A 34 ans, l'ancienne star du PSG et champion du monde 2002 a décidé de poursuivre sa carrière à Querétaro, au Mexique, dans un championnat où on peut acheter sa place en première division et descendre en terminant dans la première moitié du classement, et où les joueurs s'échangent comme des marchandises.

Ronaldinho sous le maillot du club de Queretaro. REUTERS/Alejandro Acosta.

Ronaldinho sous le maillot du club de Queretaro. REUTERS/Alejandro Acosta.

En attirant l'ancienne star du PSG et champion du monde 2002 Ronaldinho, début septembre, Querétaro s'est acheté une renommée planétaire. Un an auparavant, ce club mexicain avait pourtant été condamné sportivement à descendre en deuxième division. Pour comprendre cette rédemption express, il faut être conscient d'une réalité: le championnat mexicain de première division offre de multiples recours aux cancres et aux médiocres, surtout s'ils sont fortunés.

Rélégué sur le terrain en mai 2013, Querétaro s'en est ainsi finalement sorti en acquérant la franchise des Jaguares Chiapas, un autre club de première division financièrement mal en point. Autrement dit, il s'est acheté sa place en première division. Une pratique permise et courante au Mexique.

Une pratique si courante que les Jaguares existent toujours, même s'ils ont changé de nom. On parle désormais de Chiapas FC, depuis que le club de San Luis a décidé de déménager dans l'Etat du sud du Mexique. Vous suivez? En bref, le système de franchises mexicain ressemble à celui des sports américains (NBA, NFL, LNB …) où un club peut changer de ville, mais se révèle beaucoup plus souple et beaucoup moins transparent.

(Toujours en mai 2013, les propriétaires du champion de deuxième division, La Piedad, club qui devait, à l'origine, prendre la place de Querétaro dans l'élite, ont ainsi soudainement décidé de déménager à Veracruz, à près de 800 kilomètres à l'est. La fédération n'y a pas trouvé mot à redire, sans doute parce que les propriétaires ont toujours raison. Et tant pis pour les aficionados de la Piedad.)

En rachetant les Jaguares, Querétaro n'a pas seulement sauvé sa peau en Liga MX, la première division mexicaine, il a aussi fait main basse sur l'effectif du club du Chiapas. Les joueurs n'avaient évidemment pas leur mot à dire. Certains sont aujourd'hui coéquipiers de Ronaldinho. Le trafic de franchises peut avoir ses bons côtés...

Descente calculée sur six tournois

Au Mexique, seule une équipe descend tous les deux tournois, organisés par semestre, l'apertura, de juillet à décembre, et la clausura, de janvier à mai. Pas le dernier du classement, mais... le club accumulant la plus mauvaise moyenne de points sur six tournois.

En reprenant les Jaguares, Querétaro n'a ainsi pas seulement acheté son maintien et son effectif, il a aussi mis la main sur les points accumulés par le club du Chiapas dans ce classement pour la descente, dit «au pourcentage». Pratique… Aujourd'hui, Querétaro est douzième sur dix-huit du classement pour la descente. Sauf catastrophe, Ronaldinho ne devrait pas avoir à lutter pour le maintien des Gallos Blancos.

Ce système au pourcentage excédait Pep Guardiola. En 2006, le Catalan était venu terminer sa carrière de joueur au Mexique, aux Dorados Sinaloa, qui n'avaient pu se sauver de la relégation malgré une huitième place au classement général de la saison. «Ce système au pourcentage, vous le gardez pour vous, s'était emporté Guardiola lors de son ultime conférence de presse. C'est une farce, beaucoup d'équipes ne jouent rien parce qu'elles savent qu'elles ne vont pas descendre même en perdant tous leurs matches.» Avec un système si généreux, la descente constitue un péril bien relatif pour les grands clubs mexicains. C'est d'ailleurs le but de ce système: protéger les puissants.

A trois journées du terme de la saison régulière, Querétaro occupe actuellement le neuvième rang de la Liga MX. Pas de quoi ambitionner le titre, sauf qu'au Mexique, les huit premiers de la saison régulière disputent ensuite la Liguilla, des play-offs à l'américaine. La différence avec le sport américain? Au Mexique, il est rare que le premier de la saison régulière s'impose en finale des play-offs. Cela porte même un nom: la malédiction du leader. Lors du dernier tournoi (Clausura 2014), León, huitième de la saison régulière, a ainsi été sacré. Querétaro et Ronaldinho peuvent y croire!

Draft et vente de joueurs libres

L'ex du PSG et du Barça a signé pour deux ans chez les Gallos Blancos. Selon la presse mexicaine, il toucherait 2 millions de dollars annuels, ce qui n'en ferait pas le joueur le plus cher du championnat, même s'il permet à son employeur de jouer à guichets fermés lors de chaque match disputé à domicile et de vendre des maillots comme des petits pains.

L'affaire est d'autant plus bonne que si Ronaldinho arrive au bout de son contrat –son frère et agent a assuré que le Ballon d'Or 2005 jouerait jusque ses 42 ans–, le club pourrait toucher une indemnité s'il signe pour un autre club mexicain.

Comment un joueur libre peut-il rapporter à son ancien employeur? Il s'agit d'un arrangement entre propriétaires mexicains, dit «Pacto de Caballeros». Ceux-ci estiment qu'investir sur un joueur les autorise à contrôler son destin même au terme de son contrat, une violation claire du code du travail mexicain. Une pratique également interdite par la Fifa. L'alternative pour un joueur en fin de contrat épris de liberté? Partir à l'étranger. Mais au Mexique, les salaires sont si élevés qu'une émigration en Europe s'avère peu rentable, sauf pour les tous meilleurs.

Présidente de la commission du travail de la Chambre des députés, Claudia Delgadillo González a présenté un projet de loi en novembre 2013 pour en finir avec le «Pacto de Caballeros» qu'elle assimile à «une forme d'esclavage moderne». Parviendra t-elle à ses fins alors qu'une bonne moité des clubs mexicains sont détenus par les plus puissants entrepreneurs mexicains, dont Carlos Slim, homme le plus riche du monde de 2010 à 2013 selon le classement Forbes?

Le marché des transferts mexicains présente une autre particularité: les transactions doivent en principe se dérouler lors d'une «draft». Son principe: dirigeants et agents se réunissent dans un grand hôtel de Cancun pour vendre et s'échanger des joueurs. Dans un immense salon climatisé, à l'abri de la chaleur caribéenne, les joueurs sont vendus, parfois par paquets, comme des marchandises, et les moins chanceux se retrouvent sans club du jour au lendemain. «S'il y a quelque chose qui dénigre les footballeurs mexicains c'est bien la draft», avait estimé en 2010 l'actuel entraîneur de l'OM, Marcelo Bielsa, qui connaît bien ce système pour avoir entraîné l'Atlas Guadalajara et l'America Mexico au cours des années 90. 

Comme le «Pacto de Caballeros», la draft est une pratique interdite par la Fifa. Mais le grand ordonnateur du football mondial ne veut pas froisser le pays hispanophone le plus peuplé au monde. Un pays où un club de milieu de tableau peut se payer Ronaldinho...

Thomas Goubin
Thomas Goubin (20 articles)
Journaliste
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