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Des professeurs d'Harvard demandent le retrait des mesures contre le harcèlement sexuel

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 16.10.2014 à 12 h 02

Repéré sur Boston Globe, New York Times

Université d'Harvard. Will Hart via Flickr CC License by

Université d'Harvard. Will Hart via Flickr CC License by

A Harvard, la lutte contre le harcèlement sexuel fait un pas en arrière. Mardi, dans une tribune publiée sur le Boston Globe, 28 professeurs de la prestigieuse université américaine ont demandé l’abrogation de la politique de prévention du harcèlement sexuel et de toutes formes de violences sexuelles fondées sur le genre, l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Adoptée par Harvard en juillet, cette politique pose pour la première fois une définition du harcèlement sexuel. Au sein de l’université, elle est incarnée par un Bureau de règlement des différends, qui reçoit et traite les plaintes des étudiants.

Mais certains enseignants, retraités ou en exercice, estiment qu’elle est nuisible et incompatible avec les principes élémentaires du droit enseignés à l’université. A priori, ils ne nient pas l’importance du problème:

«Nous approuvons fortement l’importance de protéger nos étudiants des mauvais comportements sexuels et de fournir un environnement pédagogique délivré du harcèlement, sexuel ou non, qui peuvent diminuer les chances scolaires.»

Pourtant, les professeurs jugent la définition du harcèlement donnée par Harvard trop poussée par rapport au cadre légal. La délimitation des comportements sexuels serait selon eux trop simpliste et unilatérale, puisqu’elle ne prend pas en compte les cas de handicap, ni «les problèmes complexes dans les situations malheureuses qui impliquent une consommation abusive de drogue et d’alcool par nos étudiants».

En bref, ils estiment que les droits de l’accusé sont mis à mal par la nouvelle procédure. Les 28 enseignants considèrent que le Bureau n’est un cadre adapté pour confronter les faits et les témoins: puisqu’il est chargé à la fois de de l’enquête, des poursuites et de l’examen en appel, il ne peut constituer un arbitre impartial. La règle ne permettrait pas non plus d’assurer une représentation pour la défense des accusés.

«C’est un processus totalement secret, dans lequel de vraies injustices peuvent se produire, et il est si hermétique que personne ne pourrait le connaître», explique l’une des professeurs au New York Times. Les 28 enseignants jugent également que la manière dont les mesures ont été décidées et imposées va à l’encontre des traditions de l’université, puisque cela s’est fait sans consultation du personnel.

Les directives ont été adoptées après que le gouvernement fédéral a menacé de retirer des fonds aux universités qui n’auraient pas de politique adaptée contre le harcèlement sexuel. Le Département fédéral de l’Education mène l’enquête dans une douzaine d'établissements supérieurs sur la violation du Title IX, l’amendement qui interdit toute discrimination sur la base du sexe dans les programmes d'éducation de l’Etat.

Harvard a répliqué aux professeurs mardi dans un communiqué que les nouvelles directives «créent un mécanisme objectif, expert, neutre et juste pour enquêter sur des mauvais comportements sexuels qui impliquent des étudiants».

Parmi ces derniers, certains se demandent «jusqu’où l’on peut pousser avant que quelqu’un se sente injustement étiqueté. Cela bouleverse une vie d’avoir une étiquette de violeur collée à la peau», rapporte le New York Times. Mais pour le groupe «Our Harvard can do better», le corps enseignant nie le problème:

«Cette lettre reflète un manque de compréhension cynique de la violence sexuelle et de ses effets sur les survivants dans les institutions scolaires.»

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