Mort de Marie Dubois, héroïne «véhémente et passionnée, pudique et tendre» de François Truffaut

Marie Dubois et Charles Aznavour dans «Tirez sur le pianiste» de François Truffaut.

Marie Dubois et Charles Aznavour dans «Tirez sur le pianiste» de François Truffaut.

Elle avait connu le privilège d’être à la fois une des égéries de la Nouvelle Vague et la jeune amoureuse de Bourvil dans ce qui, jusqu’aux Ch'tis, fut le plus gros succès commercial du cinéma français, La Grande Vadrouille: l’actrice Marie Dubois est morte, mercredi 15 octobre, à l’âge de 77 ans à Lescar (Pyrénées-Atlantique).

Née Claudine Huzé, la jeune comédienne a 22 ans et vient de tourner dans Le Signe du lion, premier film d'Éric Rohmer, quand François Truffaut, qui l’a remarquée à la télévision, la choisit pour jouer Léna, la petite amie de Charlie Saroyan (Charles Aznavour) dans Tirez sur le pianiste, tuée à la fin dans une neige si blanche d'une balle perdue. Lors d’un mémorable bout d’essai qui, par sa fraîcheur, rappelle celui d'une autre révélation, Jean-Pierre Léaud, un an plus tôt, le réalisateur lui demande de lui lancer des gros mots: «Mais là, je vais pas vous traiter de tous les noms, quand même?»


C’est lui qui lui suggère de se rebaptiser du nom de l’héroïne d'un livre d’un de ses écrivains préférés, Jacques Audiberti. «Si j'ai suggéré un jour à Claudine Huzé de devenir Marie Dubois, c'est qu'elle incarne, comme l'héroïne de Jacques Audiberti, toutes les femmes en une seule», écrira le cinéaste. «Marie Dubois est une enveloppe dans laquelle on peut glisser n'importe quel message. Si elle joue dans un mauvais film, le film semble pire, car son génie ne consiste pas à limiter les dégâts, mais à augmenter, par chaque geste et chaque regard, le poids de plausibilité d'une histoire ou d'une ambiance. Quand Marie Dubois joue, toute ressemblance avec la vie réelle cesse d'être fortuite.»


«On ne se retournerait pas sur elle dans la rue, mais elle est fraîche et gracieuse, un peu garçonne et très enfantine; elle est véhémente et passionnée, pudique et tendre», écrivait également, au moment de la sortie du film, le cinéaste de son actrice. Cette fraîcheur, progressivement teintée de gravité au fil des années, séduira Godard (Une femme est une femme), Louis Malle («Je n'ai jamais été aussi heureuse que lorsqu'il m'a teinte en rousse, habillée avec des boas et des bijoux. Enfin je jouais une garce, une salope!»), Sautet (en épouse d'un Piccoli qui pète les plombs devant le gigot dominical dans Vincent, François, Paul et les autres puis en compagne de Villeret dans Garçon!), Visconti (L'Innocent), Resnais (Mon oncle d'Amérique), Alain Corneau (La Menace, pour lequel elle reçut le César du meilleur second rôle) et, donc, Oury, qui en fit la «fille du Guignol» aux 17 millions de spectateurs.


En 1961, Marie Dubois rend hommage à son rôle dans Tirez sur le pianiste dans Une femme est une femme de Jean-Luc Godard.

Truffaut, lui, la réemploiera brièvement en 1962 dans Jules et Jim, où elle joue Thérèse, la petite amie de Jules au début du film, celle qui fume comme une locomotive à vapeur –au sens propre du terme– dans une des séquences les plus Nouvelle Vague du cinéaste.


Truffaut sera aussi témoin de son mariage avec l’acteur et agent Serge Rousseau, l’inconnu inquiétant en imperméable qui, à la fin de Baisers volés, vient avouer son «amour définitif» à la fiancée d'Antoine Doinel. Elle restera proche de l'auteur des Quatre cents coups jusqu’à sa mort prématurée, en 1984.

Après le Pianiste, des problèmes oculaires avaient conduit à diagnostiquer chez elle une sclérose en plaques, maladie contre laquelle elle s'engagea médiatiquement: «Un soir, j'ai eu comme des papillons devant les yeux. J'ai mis ma main devant mon oeil droit. D'un seul coup, le trou noir.» Lors d'une de ses dernières visites à Truffaut, atteint d'un cancer, ce dernier lui lança: «Ma pauvre vieille, où on en est...»

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