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Mais que fait la police: laissez Comic Sans tranquille

Jessamyn West, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 23.10.2014 à 17 h 27

En fait, tout ne doit pas être beau et distingué.

Doge via dogeforall

Doge via dogeforall

Je comprends le problème. A une époque, Comic Sans était partout. Il y a des choses dont on use et abuse, et ça finit en overdose. Les gens s’emballent, c’est tendance pendant un moment et puis ça devient has been, définitivement. Le design c’est important, et dans ce cas, il ne brille pas par son excellence. Avoir des préférences, s’aligner avec les gens qui les partagent et s’écarter des autres joue un rôle prépondérant dans la construction de notre identité sociale. Cette police pourrait gagner en élégance. Objectivement, en tant que police de caractère, elle pourrait beaucoup mieux faire.

Et les gens en font des tonnes quand ils parlent de Comic Sans, avec une cruauté qu’ils ne rêveraient même pas d’exercer à l’encontre des ringards de l’école. Et chaque fois que votre bibliothèque municipale ou votre maison de quartier produit un poster en Comic Sans –«Venez au spectacle de marionnettes!»– votre nez se fronce, le sarcasme n’est pas loin. Genre personne ne leur a rien dit. Comme s’ils n’étaient pas au courant.

Comme si un spectacle de marionnettes, c’était quelque chose de sérieux.

Mais revenons en 1994. Le web venait juste de devenir graphique et tous les fonds de page étaient gris. Le comble de la modernité à l’époque était de mettre du blanc à la place. Le site Internet de Microsoft –vous savez, ces gens qui ont lancé Comic Sans– ressemblait à ça.

Les seules autres polices disponibles étaient Times et Arial. Et aucune des deux n’était vraiment... marrante.

Comme l'explique Vincent Connare, le créateur de Comic Sans, Microsoft avait besoin d’une police informelle dans un but informel, à savoir pour faire vivre Microsoft Bob. Et oui bon, ça ne s’est pas super bien passé. Mais il y avait un gentil chien, et ce chien vous parlait, et comme le dit Connare:

«Les chiens rigolos ne parlent pas en Times New Roman.»

Argument assez imparable.

«Elle est souvent utilisée à mauvais escient», poursuit-il, mais là c’est la société le problème, pas la police de caractère.

La police Comic Sans | Wikipedia

C’est ainsi que Comic Sans a rejoint les rangs de Nickelback et des Hot Pockets dans la catégorie des choses qu’on aime bien tout en en ayant un peu honte. Mais moi, je crée des affiches pour la bibliothèque et parfois, celle du spectacle de marionnettes est vraiment mieux en Comic Sans. N’est-ce pas là un crime sans victime? Alors pourquoi s’en soucier?

Internet regorge de symbolique décontextualisée qui finit par se retrouver au banc des accusés au tribunal du LOL, qui ne témoigne d’aucune pitié en appel —alors que ces juges n’étaient pas le public visé à la base.

On peut avoir d’autres buts dans la vie que d’être tendance ou même séduisant. Comic Sans s’en remettra. Et vous aussi.

Cet article fait partie d'une série analysant les polices de caractère, originellement publiée par le blog HiLobrow.

 

Jessamyn West
Jessamyn West (1 article)
Auteure et bibliothécaire
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