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A quoi ressemblerait la chronique RTL d'Eric Zemmour sur le film «Samba»

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 15.10.2014 à 7 h 46

Nous avons écrit une critique fictive à partir d'extraits de son dernier livre, «Le Suicide français».

Samba. © Gaumont

Samba. © Gaumont

Si Eric Zemmour consacrait sa chronique matinale bi-hebdomadaire sur RTL au film Samba, nouvel opus du duo Eric Toledano-Olivier Nakache après le carton Intouchables, en salles mercredi 15 octobre, elle pourrait ressembler au texte ci-dessous. 

Toutes les citations qui composent cette chronique sont extraites du Suicide français, son essai à succès paru au début du mois d'octobre. Nous nous sommes contenté de relier les passages entre eux, d’ajouter quelques transitions et de modifier par endroits les temps conjugués, tout en essayant de rester fidèle aux thèses défendues dans l’essai. 

En survolant une citation, il est possible de voir surlignés en vert les passages du livre d'Eric Zemmour. Vous pouvez aussi appuyer sur le bouton ci-dessous pour faire apparaître et disparaître la couleur d'un coup.

Montage: Jean-Laurent Cassely

RTL, 8 heures 15: la chronique d’Eric Zemmour 

Eric Zemmour, vous avez vu le film Samba avec Omar Sy et Charlotte Gainsbourg, l’histoire d’un sans-papiers sénégalais en France depuis dix ans et d’Alice, une cadre qui se lance dans une nouvelle vie en faisant du bénévolat.

«Oui, et c’est un film d’une xénophilie militante et exaltée qui aurait plu à Daniel Balavoine, immigrationniste cohérent et convaincu, qui rêvait de faire de "Paris, la capitale de l’Afrique".

Un film qui va sans conteste être promu ad nauseam par la machine culturelle et médiatique de propagande antiraciste, puisqu’il réunit dans un même scénario le "sans papiers" […], retour de la figure christique, pauvre étranger persécuté, et une membre d’une de ces associations antiracistes […] devenues des ligues de vertu, qui défendent la nouvelle morale érigée en dogme d’Etat et qui vivent de subventions publiques distribuées par un Etat aboulique et clientéliste.

Depuis les années 1990, le regard médiatique, littéraire, cinématographique porté sur l’immigration ne cesse […] de s’appesantir sur les destins individuels des immigrés, leurs femmes, leurs enfants, leurs états d’âme, leurs ressentiments, et Samba s’insère parfaitement dans cette tendance à s’intéresser à l’immigré, ce citoyen du monde, décidant seul et libre de s’installer où il désire.

Charlotte Gainsbourg rappelle toutes les belles actrices qui posaient aux côtés des sans-papiers à l’église Saint-Bernard en 1996, comme Emmanuelle Béart qui avait la peau laiteuse et soyeuse; et dont la pâle blondeur de la chevelure tranchait à l’écran avec les mains noires des Maliens allongés sur des grabats de fortune.

Depuis cet épisode, le “sans-papiers” se révèle une aubaine inespérée, un “Juif” idéal qui permet de se parer des atours prestigieux du “Juste” sans risquer de tomber sous les balles des SS ou de la Milice. Il est devenu la quintessence, l’ultime et dérisoire avatar de toutes nos utopies millénaires, de nos rêves, de nos mythes, de nos illusions, de nos doutes, de nos culpabilités ressassées, de nos honte et haine de soi.

Le film devrait logiquement émouvoir ceux qui exaltent la “diversité” à l’abri de leurs lofts cossus avec de multiples codes électroniques; […] vantent l’école publique et le “vivre-ensemble”, mais profitent de leurs relations pour contourner la carte scolaire dès que l’école de leurs enfants est submergée d’enfants de l’immigration.

Samba, c’est donc le triomphe d’un “sans-frontiérisme” et d’un amour de l’autre poussé jusqu’à la haine de soi, d’un “sans-papiérisme” –mouvement idéologico-mondain– dont les tenants ne logeront pas un seul de ces malheureux dans leur hôtel particulier du Marais ou leur villa à Saint-Tropez, […] dont les enfants ne côtoieront jamais les petits Maliens à l’école, et […] dont aucun d’entre eux ne se retrouvera en concurrence sur une liste d’attributaires de HLM […]

Comme en 1968, ces jeunes ”humanistes défenseurs des sans-papiers” sont des rejetons de la bourgeoisie qui se croient en rupture de ban avec leurs familles. Ces braves enfants travaillent sans le savoir pour leurs parents, patrons du bâtiment ou de grandes chaînes des restaurant –ou cadres du tertiaire qui pourraient s’offrir un appartement sur plan moins onéreux, ou un restaurant chinois, japonais ou italien, ou même un bistrot bien de chez nous pour une somme modique dans une grande métropole mondialisée–, leurs parents, donc, qui pourraient embaucher les “sans-papiers” ainsi rendus intouchables et inexpulsables grâce au talent sémantique de leurs progénitures.

On rappellera à ces belles âmes que Georges Marchais publiait en une de L’Humanité du 6 janvier 1981 une longue lettre qu’il avait envoyée au recteur de la mosquée de Paris: "Quant aux patrons et au gouvernement français, ils recourent à l’immigration massive comme on pratiquait autrefois la traite des Noirs pour se procurer une main d’œuvre d’esclaves modernes, surexploitée et sous-payée. Cette main-d’œuvre leur permet de réaliser des profits plus gros et d’exercer une pression plus forte sur les salaires, les conditions de travail et de vie, les droits de l’ensemble des travailleurs, immigrés ou non."» 

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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