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Trop de risques pour l'épargne salariale en France

Oriane Claire, mis à jour le 19.08.2009 à 8 h 53

Les salariés et les épargnants prennent tous les risques, les établissements financiers aucun.

En laissant gérer directement leur épargne salariale et épargne retraite aux banques et aux sociétés de gestion, les salariés/épargnants n'ont aucune garantie à terme et supportent seuls le risque: une véritable aubaine pour les institutions financières. Explications.

Il existe en France trois dispositifs en matière d'épargne salariale/épargne retraite: le Plan d'Épargne Entreprise (PEE), le Plan d'épargne pour la retraite collectif (PERCO) ou encore le dispositif de l'Article 83. Avec ces systèmes, les salariés versent directement leur épargne aux sociétés de gestion pour qu'elles la gèrent, en disposant d'aucune assurance en retour ni même de conseils sur le capital investi. Selon l'AFG (association française de la gestion financière), l'épargne salariale se développe pourtant à vive allure. En dix ans, les encours gérés ont été multipliés par trois. Les entreprises ont clairement joué le jeu: les plans d'épargne de leurs salariés ont atteint l'an dernier 14,5 milliards d'euros dont 7,2 milliards provenant de la participation, 2,7 milliards de l'intéressement, 2,8 milliards des versements volontaires des salariés et 1,9 milliard de l'abondement des entreprises.

Mais, sans conseil et sans réelle maîtrise en matière de finance de marchés, les salariés investissent au hasard sans maîtriser le risque qu'ils prennent. Or, on vient d'entrevoir les dangers à laisser trop de liberté aux banquiers. Ils ont une fâcheuse tendance à reporter le risque sur d'autres, c'est-à-dire sur les plus faibles.

En France, les sociétés de gestion n'ont pas un devoir de conseil auprès des salariés/épargnants. Alors que peut comprendre réellement un individu lambda à la volatilité des marchés? A part faire confiance à son gestionnaire, ses marges sont faibles. Or, il faut savoir que ce sont les placements en Bourse qui rapportent le plus en frais de gestion aux banques. Elles ont donc tout intérêt à diriger l'épargne salariale sur ce marché. Mais, c'est aussi en plaçant en actions que le risque de perdre est le plus élevé pour l'investisseur. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La performance des FCPE (fonds d'épargne salariale) investis en actions a enregistré sur un an au 31 décembre 2008, un recul de près de 40% selon l'AFG.

Bon, la crise étant passée par là, ces fonds ont subi comme bien d'autres produits le dévissage des valeurs et l'épargne salariale doit être appréhendée sur le long terme, nous explique-t-on. Mais même en remontant sur les cinq dernières années, les performances sur les FCPE placés en actions restent négatives (en moyenne -6%).

Une épargne bien placée constitue pourtant une issue à explorer pour nous assurer un niveau de retraite convenable compte tenu de l'évolution démographique et du nombre de plus en plus important d'inactifs par rapport aux actifs. Rien de mieux n'a été inventé jusqu'à présent pour venir combler les lacunes de notre système par répartition. Mais là où le bât blesse, c'est sur ce manque de transparence et d'information dans la gestion de l'épargne des salariés qui pourrait à terme être préjudiciable d'autant que la majorité de cette manne salariale est aujourd'hui précisément placée en Bourse.

Comme le fait remarquer Michel Aglietta, professeur d'économie à Nanterre et conseiller scientifique au CEPII, «l'épargne gérée directement par une société de gestion, tout comme les fonds de pension à cotisation définie chez les anglo-saxons est très dangereuse, car elle fait porter les risques sur ceux qui n'ont pas les moyens de les supporter».

Si on regarde l'exemple de la gestion des contrats d'assurance vie, on voit bien que les compagnies d'assurance qui les gèrent et qui s'engagent sur la rémunération offerte, n'investissent que très prudemment sur les marchés actions. Elles n'y  placent au maximum que 30% du total de leurs encours, le reste étant orienté sur des marchés plus surs (le monétaire et l'obligataire). Alors, bien évidemment, les entreprises ont besoin de pouvoir recourir au financement des marchés actions pour soutenir leur développement. Notre croissance aussi réclame la réorientation de l'épargne nationale vers la sphère réelle, sans aucun doute.  Mais, le mouvement ne peut pas se faire à n'importe quel prix et surtout sur la seule capacité d'épargne des salariés.  Pour Michel Aglietta, «les pouvoirs publics en France militent en faveur de l'épargne salariale mais il n'existe aucune structure appropriée pour une retraite par capitalisation ».

Ainsi, laisser une totale liberté aux établissements financiers dans la gestion de l'épargne salariale n'est sûrement pas une solution. Et l'économiste du CEPII d'expliquer: «c'est le passif qui doit déterminer les objectifs des investisseurs à long terme. Pour ceux qui n'ont pas de passif, ils doivent être fixés par une puissance politique (l'Etat ou le parlement).»

En clair, pour éviter de bien mauvaises surprises aux cotisants au moment du départ à la retraite, il faut un intermédiaire public ou privé entre le salarié et la banque qui puisse apporter une garantie sur une partie ou tout le capital investi. Les politiques doivent ainsi s'emparer du sujet et créer les conditions qui permettront une constitution d'une épargne salariale en France prudente et à moindres risques.

Oriane Claire

Image de Une: Des CRS devant le Palais Brongniart ancienne Bourse de Paris  Charles Platiau / Reuters

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