Science & santé

«Je ne sais pas me masturber»

Lucile Bellan, mis à jour le 14.10.2014 à 18 h 37

Cette semaine, Lucile donne des conseils à une lectrice qui ne sait pas se masturber, et à une autre qui se plaint de ce que son compagnon n'aime pas les fellations.

Détail de La Vénus d'Urbino par Titien, via Wikimedia Commons

Détail de La Vénus d'Urbino par Titien, via Wikimedia Commons

Sur le modèle de notre grand frère américain Slate.com, qui propose chaque semaine dans sa chronique «Dear Prudence» des conseils aux lecteurs sur le sexe, les relations, la vie en général, nous avons décidé de lancer «C'est compliqué», une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous raconterez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répondra. 

Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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J’ai 27 ans, célibataire mais épanouie dans ma vie personnelle et sexuelle. Je n’ai pas trop de mal à trouver des partenaires quand j’en ai envie et à satisfaire mes besoins. Seulement, j’ai parfois aussi juste envie de me satisfaire toute seule. Je lis partout et donc je sais que c’est nécessaire pour une femme de se connaître et de savoir se donner du plaisir seule. Mais cela ne m’a jamais effleuré l’esprit quand j’étais plus jeune. Et aujourd’hui, je me retrouve confrontée à un vrai problème: je ne sais pas me masturber. Je n’arrive pas à m’exciter vraiment et surtout j’ai l’impression d’essayer de chercher l’interrupteur du plafonnier dans le noir. Je m’agace et il ne se passe rien. Bref, j’ai l’impression d’être nulle alors que je sais que je ne suis pas frigide. Est-ce que c’est possible de ne juste pas être capable de se masturber?
Aurore

Chère Aurore,
Vous avez raison, la pratique de la masturbation est un facteur important dans le plaisir des femmes. Le plaisir s’apprend et tout le monde est capable (et même devrait) se masturber. Je comprends qu’une jeune femme moderne, sûre d’elle et épanouie soit un peu décontenancée par le sentiment d’être à nouveau en position d’apprentissage, mais le temps que vous allez consacrer maintenant à mieux connaître votre corps et votre orgasme ne sera jamais perdu. 

Mon conseil est donc très simple: pour commencer, prenez un miroir et découvrez votre sexe. Apprenez à le regarder en face. Êtes-vous bien sûre de savoir où se trouve votre clitoris? Quand vous aurez acquis ces simples bases, vous serez déjà plus sûre de vous quand il sera question de vous caresser. Ensuite, si vous n’êtes pas forcément à l’aise avec vos doigts, peut-être pourriez-vous faire l’acquisition d’accessoires. Les vibromasseurs sont des stimulateurs clitoridiens qui devraient vous faciliter grandement le travail. Certes, le bruit de la vibration peut être décourageant au premier abord (elle peut rappeler le doux vrombissement des épilateurs électriques) mais il est hors de question de dégainer l’objet avant même que le désir soit déjà installé. En fait, le plus important dans la masturbation (comme pour toute forme de sexualité d’ailleurs) c’est de la pratiquer quand vous en avez envie. N’attendez pas de votre vibromasseur ni de vos doigts qu’ils créent une ambiance propice au désir. Ça c’est votre mission. Vous voulez du plaisir, allez le chercher. Si, au bout de quelques minutes, vous avez vraiment l’impression de perdre votre temps, alors laissez tomber et recommencez plus tard.

N’ayez pas honte, détendez-vous et amusez-vous. Personne ne va vous juger ou noter vos performances. Et n’oubliez pas que la récompense est tellement belle qu’elle mérite bien un peu d’effort de votre part. 

***

Mon compagnon n’aime pas que je lui fasse des fellations. Je suis en couple depuis quelques années et je mets un point d’honneur à avoir une vie sexuelle satisfaisante. On pourrait même dire que j’ai trop lu de ces articles de magazines féminins qui conseillent de «mettre du piment pour faire durer le couple». En tout cas, mon partenaire, je ne lui refuse jamais rien. J’essaye même d’aller au devant de ses attentes en étant à l’écoute de ce que veulent les hommes, selon les articles de presse et les films porno. Et pourtant, le week-end dernier, je n’ai pas pu m’empêcher d’entendre mon amoureux confesser en fin de soirée à ses amis qu’il n’aimait pas tellement la fellation. Il a clairement dit que ce n’était pas ma faute, mais que ça ne lui procurait pas tant de plaisir que ça. Et la majorité de ses comparses ont acquiescé. Cette confession teintée d’alcool m’a gâché la soirée et même la semaine. J’ai l’impression qu’on m’a menti pendant des années, en me forçant à pratiquer des choses et à apprendre à me perfectionner dans un domaine qui n’intéresse en fait pas les hommes. Mais qui ça intéresse alors?
Cosmo-m’a-menti

Chère Cosmo-m’a-menti,
Avant de baser votre bonheur sexuel et la pérennité de votre couple sur les conseils des magazines, essayez de vous rappeler que ces deux choses ne fonctionnent qu’avec un seul ingrédient simple: le dialogue. Votre envie de bien faire est compréhensible et même louable mais votre partenaire a peut-être parfois plus envie de la chaleur rassurante d’un pot au feu que des efforts millimétrés de la cuisine moléculaire. La performance sexuelle au sens strict du terme est un métier pratiqué par des professionnels qui répondent à une demande plurielle. Pimenter votre quotidien et celui de votre compagnon ne vous oblige pas à avoir les mêmes talents et le même catalogue qu’une femme dont c’est le métier. Mon conseil est le suivant: délaissez un temps les magazines féminins et les films pornographiques. Essayez d’oublier ce que vous avez entendu ou cru entendre sur le désir et le plaisir des hommes ces dernières années. Prenez le temps de vous demander ce que vous, vous aimez faire, et où vous trouvez votre plaisir. Je peux vous assurer que votre compagnon ne pourra être qu’agréablement surpris de ce changement de comportement. Et si vous découvrez que votre but et votre plaisir se trouvent dans la performance pornographique, et que la caméra ne vous fait pas peur, n’hésitez pas à contacter des professionnels pour un essai...

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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