Boire & manger

Le brunch, ce truc d'actifs sans enfants qui ne veulent pas être adultes

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 13.10.2014 à 11 h 56

Repéré sur The New York Times

Brunch. idealisms via Flickr CC License by

Brunch. idealisms via Flickr CC License by

Manger des oeufs au bacon en terrasse le dimanche matin, ça craint. De tendance, le brunch est devenu envahissant, rapporte une tribune publiée par le New York Times. Une image sophistiquée et urbaine colle à la peau de ce qui n’a pourtant rien d’un repas gustatif. D'après l’écrivain Shawn Micallef, les cuisiniers en profiteraient pour se débarrasser de leurs restes de la semaine en les noyant dans la sauce.

Mais ce n’est pas tant le brunch en lui-même que le mode de vie qu’il représente, qui est critiqué. Il est devenu «le symptôme d’un changement démographique», explique l’auteur. Avec l’augmentation des loyers, certains quartiers ont en effet été désertés par les classes moyennes et les familles jeunes. Ne reste alors plus qu’une population élitiste formée de jeunes actifs sans enfants. Le principe du brunch est en adéquation avec les habitudes de vie de ce groupe social, qui diffèrent de celle de la population «installée».

Et parce que le brunch est de plus en plus répandu, il uniformise le quotidien et prend le pas sur d’autres repas qui correspondent mieux aux besoins des familles:

«[...] Il devenu un symbole bi-hebdomaire du désir croissant de notre culture de rejeter l’âge adulte. Il s’agit de rejeter non seulement l’emploi du temps établi mais aussi les conventions sociales de la génération de nos parents.»

En septembre dernier, le GQ américain publiait une interview de Julian Casablancas, le chanteur des Strokes. L’icône rock'n'roll y expliquait que le brunch était l’une des raisons qui l’avaient encouragé à quitter New York:

«Je marche dans New York maintenant et je suis contrarié. [...] Je ne sais pas combien de gens blancs en train de bruncher je peux supporter un samedi après-midi.»

S’il a regretté sa déclaration par la suite, elle semblait assez ferme au journaliste sur le moment, selon le site Radio.com. The Guardian prend moins de pincettes:

«Vous savez très bien ce qu’il voulait dire. Le brunch est juste une métaphore de la façon dont New York est devenu “saine”, une ombre aseptisée de la ville sordide et excitante et qu’elle était autrefois [...]»

Le problème de popularité exacerbée du brunch n’est pas propre à New York. Le journal local Oregon Live souligne ainsi:

«A Portland, notre culture du brunch se rapproche de l’addiction. La plupart d’entre nous en ont fait un au moins une fois, peut-être plus que quelque fois, et quand la queue pour faire un brunch s’approche des deux heures, la plupart d’entre nous attendront.»

Si le site Jezebel reconnaît la légitimité de la vision du New York Times, il souligne cependant que celle-ci est déformée par l’âge et la situation familiale de l’auteur. Le mépris affiché pour le brunch, ne serait, au fond, que le résultat du décalage des générations:

«Ce que Sheftel ne semble pas saisir, c’est que le brunch, du moins d’après mon expérience de personne sans enfant dans une ville où je suis très, très loin de tous les membres de ma famille proche ou étendue, constitue une sorte de moment en famille de substitution [...] Ce sont des après-midis le week-end pour se réunir, prendre un cocktail et des oeufs Bénédicte avec un ami à qui je n’ai pas eu le temps de parler depuis trois mois. Croyez-moi, si j’avais le luxe du temps et de l’argent pour me rendre à Minneapolis tous les week-ends pour voir mes parents et leur nouveau chiot, je le ferai.»

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