Culture

La défense du régime de Vichy par Zemmour réduite en miettes

Repéré par Eric Leser, mis à jour le 11.10.2014 à 11 h 39

Repéré sur RUE89

Rue89 a interrogé l'historien américain Robert Paxton qui détruit les arguments de l'écrivain d'extrême-droite.

Affiche de propagande du régime de Vichy, copyright MRN

Affiche de propagande du régime de Vichy, copyright MRN

Dans son dernier livre «Le Suicide français» (Albin Michel), qui remporte un succès considérable, Eric Zemmour reconstruit à sa manière l’histoire de France distribuant les bons et les mauvais points idéologiques. Il prend ainsi la défense du régime de Vichy et dans une certaine mesure de sa collaboration avec l’Allemagne nazie qui occupe la France après l'avoir vaincu militairement. Comme l’explique pourtant Pascal Riché de Rue89: «s’il avait vécu à cette époque, Zemmour, issu d’une famille juive algérienne, aurait été déporté ou aurait vécu dans la terreur».

Dans un chapitre titré «Robert Paxton, notre bon maître», Eric Zemmour s’en prend à la thèse de l’historien américain, qui fait référence sur le régime de Vichy, et est l'auteur du livre «La France de Vichy» (éd. Seuil). L’historien a été le premier à ouvrir les yeux aux Français sur un épisode de leur histoire jusque-là refoulé et sur la complicité et la responsabilité du régime de Pétain dans la persécution et la déportation des juifs en France.

Mais selon Eric Zemmour, la thèse de Paxton, est avant tout idéologique. Tout ne serait pas condamnable dans la politique de Vichy qui aurait notamment permis de sauver 75% des juifs en France grâce à «la stratégie adoptée par Pétain et Laval face aux demandes allemandes: sacrifier les juifs étrangers pour sauver les juifs français». La fameuse thèse du bouclier et du double-jeu qui sert depuis 70 ans à l’extrême-droite française à justifier les exactions de Vichy au nom de la protection d'une majorité de la population de l'occupant.

Le problème c’est que Pascal Riché de Rue89 a interrogé Robert Paxton qui réduit les arguments d’Eric Zemmour à néant. «Cet argument est parfaitement vide explique l’historien. Il suffit de lire les lois promulguées par Vichy entre 1940 et 1942, qui imposent des exclusions sur tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Le statut des juifs qui les exclut des services publics; l’instauration de quotas à l’université; la loi du 22 juillet 1941 sur l’aryanisation des biens juifs... tous ces textes ne font aucune distinction entre juifs français et juifs étrangers…».

Et le fait que les trois quart des juifs français ont survécu à l'holocauste n’est pas glorieux souligne l’historien. «Il (Zemmour) fait croire que c’est un bon chiffre. C’est un mauvais chiffre! En Italie, 16% (des juifs) ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France - l’Italie a été occupée deux mois de moins que la France… Voilà le chiffre qu’on pourrait imaginer dans un pays où les Allemands doivent tout faire eux-mêmes, sans l’apport des policiers qu’ils ont eu en France...».

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