Culture

Art Contemporain: la collection de François Pinault par monts et par vaux

Pauline Simons, mis à jour le 19.08.2009 à 7 h 03

Depuis le début de l'année, les oeuvres appartenant à l'indutriel français ont été exposées au Garage de Moscou, au Palais des Arts de Dinard et à la Punta della Dogana à Venise.

La collection d'art contemporain de François Pinault, riche aujourd'hui de deux mille cinq cents oeuvres, sort de sa réserve. Révélée au Palazzo Grassi à Venise en 2006, apparue au Tri Postal de Lille en 2007, elle se déploie, cette année, tous azimuts. Un pied de nez après l'échec du projet d'une fondation dans l'ïle Seguin. Lassé en 2004 par les atermoiements des élus français, la septième fortune de France était partie sur fond de polémique à Venise.

Après un passage, en mars au Garage de Moscou, propriété de l'oligarque russe Roman Abramovich, elle égrène la saison estivale au Palais des Arts de Dinard, dans cette Bretagne chère au collectionneur et dans la cité des Doges à la Punta della Dogana (La douane de mer à la pointe du Grand Canal). François Pinault a choisi le 6 juin, soirée de vernissage de la Biennale, pour inaugurer ce second lieu vénitien dédié à sa collection.

A Venise au Palazzo Grassi, François Pinault avait trouvé une première compensation et une revanche après son échec en région parisienne. Ce palais des Lumières, flirtant avec le grand canal, ne faisait pourtant pas l'unanimité, muselé par l'élégance de son siècle et l'exiguité de ses salles malgré les ingénieuses ciselures de l'architecte japonais Tadao Ando.

C'est toujours à Tadao Ando que François Pinault a confié la mise en beauté de la Punta della Dogana. Nous sommes ici dans un tout autre registre. Admirablement située face à la place Saint-Marc, cette architecture offre des perspectives magnifiques. Afin de retricoter une histoire oubliée depuis trente ans, la ville de Venise a décidé, en 2006, de lancer un concours pour la création d'un centre d'art contemporain. Deux candidats étaient en lice, la fondation Guggenheim et François Pinault qui emporta l'affaire pour une durée de trente-trois ans.

Tadao Ando a créé des dialogues autour d'une galerie centrale, entre l'âpreté originelle de la brique et du bois et le soyeux du béton, sa signature. Tout en se gardant de clore les ouvertures laissant ainsi à la lumière du jour le rôle de variateur et au visiteur des échappées sur les églises et la lagune. Ouverte sur le monde, comme jadis,  la douane de mer qui avait accueilli et taxé des milliers de bateaux depuis le XVe siècle a gagné ce petit supplément d'âme habituellement réservé aux lieux de culte.

Et pourtant l'exposition inaugurale «Mapping the studio» qui se poursuit au Palazzo Grassi ne lésine pas dans l'irrévérence, domaine dans lequel excelle l'artiste Paul McCarthy, l'un des poids lourds de la collection. Sa sculpture «Train, pig island» réalisée après la guerre d'Irak déroule une sarabande sexuelle et alcoolisée dans laquelle George Bush est le seul acteur.

Balancée entre salles monographiques et mises en regard, entre tension et respiration, l'exposition qui accueille une vingtaine d'artistes nous laisse découvrir des travaux souvent récents qui n'en sont pas moins aboutis. Telle cette grande série noire et fantomatique, prélude à une étrange  alchimie de Sigmar Polke (Axial Age, 2005-2007). Tels ces dioramas des frères Chapman («Fucking Hell, 2008»), tableaux apocalyptiques à la Jérôme Bosch qui dessinent au scalpel les horreurs de l'holocauste et son cycle diabolique. Tels ces faces à faces énergisants: Cindy Sherman et Jeff Koons, Cy Twombly et Richard Hughes...

On retrouve aussi avec un certain plaisir deux sculptures érotiques du japonais Takashi Murakami «My Lonesome Cowboy» et «Milk» de 1998, adolescents de résine au look manga emportés dans un  tourbillon de sperme et  de lait.

Mais dès le début de l'exposition, la mort aussi se balade. En visite. Clinique, violente, goguenarde, fugace. Sur les perles rouges du rideau de Félix Gonzales Torres (Blood, 1992) frappé par le sida à trente-neuf ans, sur la robe du cheval acéphale (Untitled, 2007) de Maurizio Cattelan plantée dans le mur. On la croise aussi sous le marbre de ses gisants et dans les représentations de Marlene Dumas  inspirées du «Christ mort» d'Holbein exposé au Kunstmuseum de  Bâle, entre les crânes de plastique («Skull Spektrum») et  le défilé de squelettes de Matthew Day Jackson, jeune artiste américain.

La mort est très présente dans la collection de François Pinault et poursuit sa ronde en terre bretonne au palais des Arts de Dinard.. Lovée dans un cœur de taureau percé d'un poignard («the Kiss of Death» de Damien Hirst),  elle menace d'une météorite le pape Jean-Paul II (La Nona Ora, 2002 de Maurizio Cattelan), s'apprête à faucher un Christ de cire assis sur une chaise électrique (Pieta de Paul Fryer) ce qui fit dire à l'artiste «si le fils de Dieu était mort par électrocution les chrétiens ne porteraient pas des croix autour du cou mais des petites chaises d'or ou d'argent !» Yan-Pei-Ming rend aussi un bel hommage à la mort dans son «Autoportrait à la morgue».

Alors qu'à la Punta della Dogana la scène française brille par son absence, discrètement reléguée au Palazzo Grassi, elle respire mieux en Bretagne avec un panorama de l'œuvre de Martial Raysse,  des compositions de Pierre Soulages, d'Adel Abdessemed et de Claude Lévêque qui scande en lettres de néon «Vous allez tous mourir» . Encore elle.  Mais comme l'écrivait André Malraux «Le musée n'est-il pas le seul lieu du monde qui échappe à la mort.»

«Mapping the Studio»: Artistes de la collection de François Pinault Collection au Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana à Venise. Jusqu'à fin 2009.

«Qui a peur des artistes»: Palais des Arts de Dinard. Jusqu'au 13 septembre.

Pauline Simons

Image de Une: Francois Pinault à Punta della Dogana  Tony Gentile / Reuters

 

Pauline Simons
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