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Malala Yousafzai et Kailash Satyarthi partagent leur Nobel, pas leurs situations

L'activiste indien Kailash Satyarthi après l'attribution du Nobel de la paix 2014. REUTERS/Adnan Abidi.

L'activiste indien Kailash Satyarthi après l'attribution du Nobel de la paix 2014. REUTERS/Adnan Abidi.

Les causes que défendent les Nobel de la paix 2014, l'éducation des filles et la fin de l'esclavage des enfants, sont communes aux deux pays. Mais l'activiste indien est plus consensuel dans le sien que la jeune Pakistanaise.

Au moment où le Pakistan et l'Inde s'échangent, par-delà leur frontière contestée, obus et mortiers, le comité Nobel de la paix les unit en récompensant la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai et l'Indien Kailash Satyarthi. Les causes qu'ils défendent –l'éducation des filles et la fin de l'esclavage des enfants– sont communes aux deux pays. Séparés par une partition sanglante en 1947, l'Inde et le Pakistan, qui abritent près d'un sixième de la population mondiale, souffrent des mêmes maux liés au sous-développement, à la pauvreté et à la corruption généralisée de leurs élites.

En défiant les extrémistes islamistes pakistanais, Malala Yusafzai,  17 ans, a mis en lumière, au péril de sa vie, les difficultés immenses rencontrées par les filles pour suivre une éducation. Son combat contre les talibans a fait le tour du monde mais au risque de masquer les responsabilités des gouvernants vis-à-vis de l'éducation. Celle-ci n'est pas vraiment meilleure pour les garçons et le Pakistan a le triste privilège d'être le deuxième pays au monde pour le nombre d'enfants non scolarisés, 5,5 millions. Officiellement, seules 26% des filles y sont alphabétisées, et toutes les autres ne vivent pas dans des zones sous influence des islamistes. Si l'Inde se défend mieux, près de la moitié des filles y sont encore analphabètes.

Les élites des deux pays, soucieuses, lors de l'indépendance de 1947, de conserver leurs privilèges, n'ont montré aucun empressement à éduquer les masses par crainte de leurs revendications. Aidée par la démocratisation de la politique, dont le champ à été investi petit à petit par les basses castes, l'Inde est mieux placée que le Pakistan mais beaucoup reste à faire. Par exemple, seulement 22% des filles y atteignent le niveau du brevet. Sujet trivial évoqué récemment par le Premier ministre Narendra Modi, le manque de toilettes dans les écoles indiennes explique que la majorité des filles quittent l'école après quelques années.

Ce manque d'éducation est à la base de l'esclavage des enfants, qui règne dans les deux pays et à la fin duquel Kailash Satyarthy a consacré sa vie. À 60 ans, cet ingénieur électrique, qui lutte depuis plus de trente ans contre la servitude des enfants, a développé un modèle pour l'éducation et la réhabilitation de ces victimes de la société. Les 80.000 enfants qui, grâce à son organisation, ont retrouvé une vie, sont devenus dans leur environnement des agents en faveur de l'éducation, du travail, de l'espoir. La Marche globale contre le travail des enfants qu'il avait organisée en 1998 à travers 103 pays, avait vu la participation de plus de 7 millions de personnes.

Ce prix Nobel met en lumière la part active et déterminée prise dans les deux pays par la société civile. Celle-ci pallie grandement à la déficience des politiques pour améliorer les conditions de vie ou venir au secours des plus défavorisés. De chaque côté d'une frontière encore très impénétrable, Malala Yusafzai et Kailash Satyarthi s'attaquent de la même façon aux maux de leur pays, qui dépassent de loin les barrières religieuses ou ethniques.

Deuxième prix Nobel de l'histoire du Pakistan, Malala Yusafzai est loin de faire l'unanimité parmi les siens. Si le Premier ministre Nawaz Sharif a déclaré qu'elle était «la fierté» du pays, les réactions risquent d'être divergentes. Les partis religieux dénoncent régulièrement son comportement, son autobiographie a été interdite dans les zones tribales et bannie par la fédération des écoles privées. Dans un pays profondément anti-américain, beaucoup l'accusent d'être l'instrument d'une conspiration américaine contre l'islam.

Le premier prix Nobel pakistanais, le physicien Abdus Salam, mort en 1996, avait lui du s'exiler pour protéger sa vie et est aujourd'hui ignoré dans les livres d'histoire et scolaires du Pakistan. Son crime: appartenir à la communauté Ahmadi, une secte de l'Islam, décrétée non musulmane et violemment persécutée au Pakistan.

Félicité pour son «œuvre capitale» par Narendra Modi, Kailash Satyathi est lui le huitième prix Nobel indien et le deuxième de la paix, après Mère Teresa en 1979. Si, dans son combat en faveur des enfants esclaves, il a du affronter les puissants et prendre des risques, l'oeuvre qu'il poursuit fait l'unanimité dans la majorité de la population.

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