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Le bon moment pour recevoir une péridurale? Celui que vous voulez

Repéré par Nadia Daam, mis à jour le 10.10.2014 à 14 h 57

Repéré sur Cochrane

REUTERS/Michaela Rehle

REUTERS/Michaela Rehle

Que ce soit clair, il ne s'agit pas ici d'apporter de l'eau au moulin de l'insupportable débat «pour ou contre la péridurale». Ce débat n'est d'ailleurs pas que pénible, il n'a surtout aucun sens dans la manière dont il est formulé parce que

  • 1. la péridurale existe 
  • 2. il est possible aussi de ne pas avoir de péridurale, il suffit de le dire 
  • 3. les femmes peuvent donc choisir ou non d'avoir une péridurale.

Ca n'est pas une doctrine qui mérite d'avoir des adhérents et des opposants, c'est une technique. Chaque femme devrait donc être libre de choisir d'y avoir recours ou non (sauf rares contre-indications).

En revanche, il existe bien une question autour de cette anesthésie qui, elle, mérite réflexion: quel est le bon moment pour poser une péridurale? Les médecins anesthésistes, sages-femmes, obstétriciens et gynécologues se sont souvent opposés sur le sujet. Et comme vous l'aurez noté dans la phrase qui précède, les femmes, elles, ont souvent été exclues du débat.

Le «bon» moment de la pose du cathéter a toujours été évalué par le personnel médical, jamais par la patiente. Ce moment est généralement décidé en fonction de la dilation du col de l'utérus de la parturiente. Il dépend aussi d'un facteur essentiel: la présence et la disponibilité de l'anésthésiste.

De manière totalement arbitraire, le Collège américain des gynécologue et des obstétriciens a longtemps recommandé que la péridurale soit posée quand le col est dilaté de 4 à 5 centimètres –et les femmes qui ont déjà accouché savent parfaitement la douleur que représente ce seuil.

Enfin, s'il y a un «bon» moment pour bénéficier de cette péridurale, c'est parce qu'elle ne doit pas être administrée trop tard pour éviter à la parturiente de souffir inutilement. Mais surtout parce qu'on a longtemps estimé qu'elle ne devait pas être administrée trop tôt, car elle ralentirait le travail, le prolongerait et pourrait donc conduire à une césarienne en urgence, forceps, spatules et autres ventouses en cas de souffrance foetale.

C'est faux. En tout cas, les femmes devraient avoir le droit de réclamer la péridurale quand elles le souhaitent car cela n'entrainerait aucune sévère complication: c'est la conclusion du travail mené par la Collaboration Cochrane, une organisation internationale très sérieuse, qui a d'ailleurs une antenne en France, et qui évalue l'efficacité des interventions en santé.

L'organisation a compilé et analysé 9 études portant sur le moment ou les péridurales sont administrées et les conséquences sur la naissance.

Les neuf études révèlent qu'il n'y a pas plus de risques de subir une césarienne en urgence quand la péridurale a été posée précocemment que quand elle est posée plus tard. Les femmes qui ont eu une péridurale plus tôt que les autres (avant une dilatation de 5 cm) n'ont pas non plus eu a subir davantage d'accouchements aidés par des forceps ou des ventouses.

Enfin, et surtout, les chercheurs n'ont pas trouvé de différence majeure entre les deux cas pour ce qui concerne la durée de la deuxième étape du travail: c'est à dire que le temps qui s'écoule entre le moment où la dilatation est complète et la naissance.

Voilà pourquoi, selon Cochrane, le bon moment pour une péridurale, c'est quand la femme la souhaite et la réclame.

La médecine malmène les droits des femmes

S'il s'agit ici d'une réelle avancée pour les droits des femmes durant leur accouchement, on ne peut être que sceptique sur la manière dont cette demande va être respectée dans les faits.

En 2012, Slate.fr rapportait les propos du Dr Emmanuel Bujold, chercheur en obstétrique à l'université Laval qui déjà pointait le mauvais procès fait à la péridurale:

«Il y a longtemps eu une certaine crainte à l'égard de l'épidurale, et un certain intérêt des femmes à accoucher naturellement. Alors que ce sont souvent les femmes qui ont les accouchements les plus longs et les plus difficiles qui demandent l'épidurale, si bien qu'ici, l'épidurale peut très bien être l'effet plutôt que la cause.»

Malgré cela, la péridurale a continué a être accusée de ralentir l'accouchement, et les femmes à être peu consultées. Certes, de plus en plus souvent, les femmes peuvent choisir la dose analgésique grâce à un système de pompe, mais c'est toujours le personnel médical qui choisit «le bon moment».  

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