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La seule chose qu'on sait sur la disparition de Kim Jong-un, c'est qu'on ne sait rien avec certitude

Kim Jong-un lors d'une visite d'usine, le 6 août 2014. REUTERS/KCNA.

Kim Jong-un lors d'une visite d'usine, le 6 août 2014. REUTERS/KCNA.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un n'a pas été vu en public depuis le 3 septembre. La propagande d'État, qui relaie consciencieusement en temps normal sa présence à des manifestations, des parades, des réunions du Parti et dans des usines de lubrifiants, affiche un silence suspect. Ce qui a naturellement conduit à des spéculations multiples et diverses sur sa situation.

Des articles affirment qu'il souffre d'une maladie cachée. On l'a vu boiter récemment. L'hypothèse d'une attaque de goutte a été mentionnée.

D'autres articles, de manière plus spectaculaire, affirment qu'il pourrait se retrouver en résidence surveillée, peut-être à la suite d'un coup d'État militaire. Un analyste affirme que sa très influente sœur,  Kim Yo-jong, pourrait désormais se retrouver à la tête du pays. Peut-être même que la dynastie Kim s'est complètement effondrée. (Sur Foreign Policy, Isaac Stone Fish explique de manière convaincante pourquoi cela ne serait pas obligatoirement une bonne nouvelle.) Et Terrence McCoy du Washington Post a déjà pointé que ces spéculations ne feraient qu'enfler si Kim ne se montrait pas aux célébrations de l'anniversaire du parti unique, vendredi 10 octobre. Et il ne s'y est pas montré.

Règle d'or médiatique

Comme toujours, il est nécessaire de se rappeler la règle d'or médiatique concernant la Corée du nord: n'importe qui peut dire n'importe quoi sur le pays car rien ne peut être vérifié. La plupart des rumeurs ont pour origine des articles aux sources douteuses de médias sud-coréens, que les médias occidentaux se font un plaisir de reproduire. Ce n'est pas comme s'il y avait un moyen de contrôler leur véracité, après tout. Quand la phrase «des articles de la presse populaire font état d'une possible obsession pour l'emmental suisse» commencent à faire leur apparition dans la rubrique diplomatique, c'est qu'il est sans doute temps pour tout le monde de faire une pause.

Kim est peut-être malade. Il se montre peut-être paranoïaque en raison de menaces supposées envers sa sécurité. Il est peut-être (encore?) en train de subir une opération de chirurgie esthétique. Il passe peut-être du temps avec ses dauphins bien-aimés. Nous n'en savons rien.

Il est aussi utile de noter que ce n'est pas la première fois qu'une personnalité publique nord-coréenne disparaît des radars pendant un moment. Des rumeurs identiques sur la santé du père de Kim, Kim Jong-il, avaient circulé quand il a disparu pendant quelques semaines en 2008. Il est revenu et a gouverné le pays pendant trois années de plus. La femme de Kim, Ri Sol-ju, n'a pas été vue pendant environ cinquante jours en 2012, sans qu'aucune explication ne soit donnée.

Bien sûr, les choses sont différentes quand c'est le dirigeant du pays lui-même, qui plus est un homme jeune, qui disparaît pendant un certain temps sans donner d'explication.

Petit jeu diplomatique

L'absence de Kim survient à un moment décisif. La Corée du nord a envoyé, de manière surprenante et sans précédent, une délégation de haut niveau, incluant deux des plus proches conseillers de Kim, à Séoul la semaine dernière, et les deux camps se sont mis d'accord sur une reprise des pourparlers de réconciliation. Un virage majeur après des mois de rhétorique agressive de la part du camp nord-coréen.

Ce redémarrage des négociations pourrait être le signe que quelque chose de sérieux s'est produit en coulisses à Pyongyang. Ou, de manière moins excitante, comme le suggèrent à l'agence Reuters des sources américaines non identifiées, cela pourrait simplement s'avérer de sa part «une tactique diplomatique dans le but de diviser et affaiblir la pression de la communauté internationale sur son programme d'armes nucléaires et son passif en matière de droits de l'homme, ainsi que de la propagande à usage interne».

Depuis des décennies, la Corée du nord a eu pour mode opératoire d'alterner entre des périodes de rhétorique agressive et de tests militaires, et des périodes de réconciliation et de priorité accordée à la diplomatie afin de s'assurer des aides internationales et des concessions politiques.

Il semble plus probable que ce petit jeu soit à l'œuvre plutôt que Kim se soit fait détrôner par ses subordonnés sans que cela ne soit annoncé. Mais une nouvelle fois, nous parlons de la Corée du nord: je n'ai aucun moyen d'en être sûr, ni vous de me démentir.

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