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L'Indien Kailash Satyarthi, la Pakistanaise Malala Yousafzay: quand le Nobel de la paix associe deux pays en conflit

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 10.10.2014 à 12 h 48

Une sculpture en hommage à Malala Yousafzay sur une plage indienne. REUTERS/Stringer.

Une sculpture en hommage à Malala Yousafzay sur une plage indienne. REUTERS/Stringer.

En attribuant le prix Nobel de la paix 2014 à l'Indien Kailash Satyarthi et à la Pakistanaise Malala Yousafzay, le comité norvégien a récompensé la lutte de deux activistes en faveur de la condition des enfants, mais a aussi symboliquement associé dans la même distinction deux pays aux relations diplomatiques plus que compliquées. Une dimension que le comité a explicitement souligné dans son communiqué:

«Le comité Nobel pointe l'importance du fait de voir un hindou et une musulmane, un Indien et une Pakistanaise, rejoindre une lutte commune pour l'éducation et contre l'extrémisme.»

Les relations indo-pakistanaises sont toujours tendues, comme en témoignent par exemple les menaces échangées la veille de l'annonce du Nobel, à la suite de nouveaux évènements meurtriers dans la région du Cachemire.

Ce genre de prix conjoint entre deux pays en conflit n'est pas une première, mais jusqu'ici concernait plutôt des dirigeants politiques de haut niveau que des activistes de la société civile.

Le premier exemple remonte à 1926-1927 quand, deux années de suite et moins de dix ans après la fin de la Première Guerre mondiale, le comité Nobel a attribué son prix à un duo franco-allemand dans le cadre des discussions pour une paix durable en Europe. D'abord à l'ancien Premier ministre français Aristide Briand et au ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann, en 1926, puis au président de la Ligue des droits de l'homme Ferdinand Buisson et au pacifiste allemand Ludwig Quidde, en 1927.

Il faudra ensuite attendre près de cinquante ans pour voir le comité employer la même «tactique». En 1973, il attribue son prix au secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger et au leader communiste vietnamien Le Duc Tho, pour leur travail lors des accords de Paris qui viennent de mettre fin à la guerre du Vietnam. Le lauréat vietnamien déclinera le prix.

En 1978, le comité Nobel associe dans le prix le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menachem Begin, à la suite des accords de paix de Camp David. Seize ans plus tard, il attribuera à nouveau un prix conjoint aux efforts de paix au Proche-Orient, en la personne du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, de son ministre des Affaires étrangères Shimon Pérès et du dirigeant palestinien Yasser Arafat.

Dans un esprit proche, des Prix Nobel de la paix conjoints ont parfois été attribués aux représentants de deux partis ou factions opposés au sein d'un même pays. Cela a été le cas, en 1993, du prix attribué à Nelson Mandela et à Frederik de Klerk en Afrique du Sud, ou encore, en 1998, de celui attribué à John Hume et David Trimble, leaders respectifs des partis social-démocrate et unioniste d'Irlande du nord.

On remarquera en revanche que, dans tous ces exemples, le prix attribué l'était explicitement pour des négociations de paix entre deux camps opposés, là où celui attribué à Kailash Satyarthi et Malala Yousafzay revêt, au final, une double signification.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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