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L'avocat pose des problèmes d'eau en Californie et au Chili

Repéré par Lucie de la Héronnière, mis à jour le 10.10.2014 à 15 h 10

Repéré sur Mother Jones, Civil Eats

Avocado/ Jaanus Silla via Flickr CCLicence By

Avocado/ Jaanus Silla via Flickr CCLicence By

La pénurie de guacamole n’aura pas (tout de suite) lieu, mais la culture de l’avocat pose de gros problèmes d’eau en Amérique du Nord et du Sud. La forte production d’amandes et autres noix participe déjà à la diminution des réserves d’eau de Californie, Etat très touché par la sécheresse. Mais l’avocat, même s’il ne dépasse pas les amandes, bat aussi des records de consommation d’eau quand on le compare à d’autres produits, explique MotherJones dans un article s'attardant sur la production de ce fruit originaire du Mexique.

Ainsi, en Californie, où sont produits 90% des avocats américains, il faut 74,1 gallons d’eau (soit 280,5 litres) venue des rivières, lacs et aquifères (le chiffre ne prend pas en compte l’eau recyclée ou l’eau de pluie)  pour produire une livre d’avocats (soit 453 g). Pour produire la même quantité de pêches, il faut 159,4 litres. Il faut beaucoup moins d’eau pour produire une livre d’oranges (46,2 litres), de tomates (40,9 litres), de fraises (37 litres) ou de laitues (20,8 litres). Toutes ces productions sont fortement dépendantes des eaux souterraines.

Mais comme les avocats sont rapidement périssables, hors de la saison américaine (de mai à août), les Etats-Unis s’appuient sur le Mexique, le Chili et le Pérou pour s’approvisionner en matière première à guacamole... Ce qui déporte ailleurs les soucis d’eau, et en particulier au Chili. Comme le souligne Mother Jones, «satisfaire cette demande d’avocats hors-saison cause des problèmes dans une autre région frappée par la sécheresse, la Vallée Centrale du Chili, qui, comme la Californie, s’étend entre une chaîne montagneuse intérieure enneigée et une une chaîne côtière». Au Chili, il faut encore plus d’eau: 96,8 gallons (366,4 litres) pour produire une livre d’avocat.

C’est d’ailleurs le Chili qui fournit un cinquième des fruits des Etats-Unis, approvisionnant les Américains en fruits hors-saison chez eux. Du coup, «en partie à cause de la demande venue des Etats-Unis, les producteurs d’avocats chiliens ont utilisé tellement d’eau que les puits de certains villages sont à sec». Comme en Californie, le changement climatique a diminué la quantité d’eau venant des montagnes, obligeant les agriculteurs à utiliser les aquifères souterrains, sans régulation de ces eaux. 

Eillis O’Neill, sur Civil Eats, résume ainsi la situation délicate pour les grands pays producteurs d’Amérique latine:

«Un groupe de scientifiques mexicains est en train d’essayer de comprendre comment des modifications génétiques de l’avocatier pourraient le rendre moins gourmand en eau. Et au Pérou, pays qui a augmenté ses exportations d’avocat vers les Etats-Unis au cours des dernières années, les conflits de l’eau entre petits et gros producteurs se déploient aussi. Mais dans le centre du Chili, l’utilisation non réglementée des terres, la privatisation de l’eau et la sécheresse ont créé un terrain parfait pour la surexploitation.»

Et Mother Jones souligne que, comme les grosses exploitations agricoles chiliennes ont les moyens de creuser des puits plus profonds –ce qui est loin de régler le problème–, les bénéfices de l’essor des exportations agricoles restent donc surtout concentrés dans les mains de grands propriétaires terriens.

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