Ai-je raison d'avoir peur d'attraper Ebola en France?

Un soignant dans une combinaison protectrice se tient près d'une fenêtre d'une chambre d'isolement, à l'hôpital Carlos III, où est soignée l'infirmière espagnole porteuse du virus Ebola. Le 12 octobre 2014 |   REUTERS/Paul Hanna

Un soignant dans une combinaison protectrice se tient près d'une fenêtre d'une chambre d'isolement, à l'hôpital Carlos III, où est soignée l'infirmière espagnole porteuse du virus Ebola. Le 12 octobre 2014 | REUTERS/Paul Hanna

En résumé, la réponse est non. Nous avons fait le tour des questions que vous pouvez vous poser concernant le virus et sa transmission.

Contrôles de température aux aéroports, réunions de crises, prises de parole officielles: aux Etats-Unis comme en Europe, Ebola fait peur. Non pas pour l'Afrique, dont la situation demeure pourtant effroyable –le virus ayant fait plus de 4.000 victimes selon le dernier rapport de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Mais pour nous.

L'éventualité du déclenchement d'un cas porteur d'Ebola dans les pays occidentaux est aujourd'hui tellement médiatisée, commentée, redoutée, qu'on en vient presque à se demander s'il n'est pas un peu attendu. Drôle de tension à laquelle la France prend part depuis quelques jours: le moindre cas suspect justifie une alerte sur les sites d'info, un numéro vert a été mis en place, et, dès le 17 octobre, les passagers en provenance des zones à risque vont également voir leur température mesurée dans les aéroports.

Bref, tout pour vouloir se barricader chez soi en cas d'arrivée du virus –ou d'immoler le moindre voisin de métro un peu pâlot.

Sauf qu'il n'y a en réalité que peu de raisons d'avoir peur.

Préambule salutaire: si un malade d'Ebola se déclare en France, ce ne sera pas complètement extraordinaire. Inédit, certes, sur le territoire. Mais personne, des médecins et spécialistes du virus au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), en passant par le gouvernement, n'a essayé de faire croire que le risque zéro prévalait pour la France. Et si certains ont été tentés de le faire, la déclaration fin septembre d'un cas aux Etats-Unis et, plus grave, de cas secondaires outre-Atlantique comme en Espagne, auront achevé de leur rabattre le caquet.

Par ailleurs, et on n'aura de cesse de le répéter ici: PAS DE PANIQUE! Comme nous l'expliquions cet été, la France a instauré dès mars dernier une procédure détaillée de prise en charge des malades. Et se distingue à ce titre des pays d'Afrique de l'Ouest dont les défaillances en matière d'infrastructures de santé ont été identifiées comme l'un des facteurs déterminants du renforcement de l'épidémie.

Tout va bien, vous pouvez donc souffler un bon coup. Et si, malgré ces explications, vous avez toujours des doutes sur des questions pratiques (les salles d'attente, les transports en commun, les écoles...), on tente d'y répondre ici:

1.Faut-il que je porte un masque?Non.

Sur ce point, tous les experts (entendre par là des professionnels qui connaissent Ebola et non des médias et personnalités sensationnalistes) sont formels: Ebola ne se transmet pas par voie aérienne. Et ça ne risque pas de changer, pour tout un tas de raisons.

Déjà, parce que les virus qui ont vu évoluer radicalement leur mode de transmission sont «très, très rares», comme l'a confié aux sénateurs américains Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, cité par le site Vox. Désolé pour les amateurs, mais la réalité n'est donc ni un film catastrophe, ni un jeu vidéo.

On est beaucoup trop précautionneux ici. C'est utile, mais il ne faut pas non plus que ça fasse peur aux gens.

Sylvain Baize

Ensuite parce que la mécanique du virus, les tissus auxquels il s'attaque, ne sont pas ceux «dont il aurait besoin pour se répandre via un éternuement ou une toux», explique Science Blogs. Et quand bien même il évoluerait aussi sur ce point, il lui faudrait en plus développer une nouvelle aptitude lui permettant de sortir des tissus respiratoires dans lesquels il se retrouverait. Bref, comme le résume parfaitement Greg Laden de Science Blogs:

«Ce que je dis, c'est qu'Ebola se transmettra par voie aérienne quand les cochons auront des ailes. Les deux sont possibles.»

«Possible» au sens de «on ne sait jamais, mais quand même, soyons sérieux, ça n'arrivera pas comme ça».

Si vous persistez à douter, dites-vous par ailleurs que l'observation sur le terrain va dans le sens de la théorie.

L'été dernier, Sylvain Baize, directeur du Centre national de référence (CNR) des fièvres hémorragiques virales –qui est chargé de diagnostiquer tout cas suspect en France, et qui a notamment permis d'identifier le premier cas de l'épidémie actuelle d'Ebola–, pas n'importe qui donc, nous confiait que la souche virale était homologue à celle de 1976. Soit la première épidémie.

Peu de variations, donc: le virus n'est transmissible que par contact direct avec des excrétions d'un malade (urine, selles, vomi, sang, sperme), ou avec une surface ayant été en contact tout aussi direct avec ces salissures.

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2.Faut-il que je porte des gants pour prendre le bus ou le métro?Non.

Non. Et oui, je vous vois venir avec le scénario c'est-la-faute-à-pas-de-chance que nous avons tous en tête:

«Imagine, le premier cas à développer Ebola en France prend le métro alors qu'il commence à avoir de la fièvre! Imagine, je passe juste derrière lui et je touche la barre du métro!»

Certes, le «risque théorique existe», comme le reconnaît Sylvain Baize, recontacté par téléphone. Mais ce dernier tient à rassurer.

La sueur est peu concentrée en virus: en d'autres termes, «la contagion est très faible».

Une réalité qui s'observe sur le terrain: les personnes exposées vont vraiment être celles qui sont très proches du patient, explique le directeur du CNR des fièvres hémorragiques. En d'autres termes: non pas une proximité sur les sièges rabattables du bus, mais une proximité de type baisers, relations sexuelles, ou prodigation de soin –pour rappel, les soignants sont les plus exposés à Ebola.

Après, les spécialistes se montrent prudents, dans la mesure où des incertitudes demeurent: par exemple, sur la survie du virus sur des surfaces. Mais Sylvain Baize se veut affirmatif:

«Je ne pense pas, à titre personnel, qu'en serrant la main d'une personne affectée par le virus, on risque quelque chose.»

Evidemment, on peut toujours tout envisager: attraper Ebola à la suite d'un enchaînement de coincidences malheureuses, tout comme mourir écrasé par un donut géant.

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3.Dois-je éviter les transports en commun?Non.

Non, il n'y a aucune raison d'agir de la sorte. Encore une fois, pas de panique. Seuls les intimes du patient ont éventuellement du souci à se faire.

Alors certes, Marisol Tourraine a pris soin de préciser le 10 octobre que toute personne pensant avoir contracté Ebola se devait d'éviter les déplacements en métro ou en taxi:

«S'il y a un doute, évitez d'être en contact avec le plus de gens.»

Mais là encore, il ne s'agit pas d'un complot qui vise à masquer les risques réels d'Ebola, mais du simple principe de précaution. Comme le note Sylvain Baize, «dans les pays occidentaux, on a les moyens d'être dans l'excès de prudence, donc allons-y!».

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4.Dois-je fuir les aéroports?Non.

A l'aéroport de Skopje, la température des passagers est automatiquement suivie sur des écrans. Le 10 octobre 2014. REUTERS/Ognen Teofilovski

La même logique que pour les transports en commun s'applique ici.

Si les contrôles vont être renforcés ce vendredi 17 octobre, il n'y a pour autant pas de raisons de s'inquiéter. Il s'agit là encore du sacro-saint principe de précaution.

Depuis le cas du patient soigné dans un hôpital du Texas, les Etats-Unis le font aussi déjà de leur côté, avec une prise de température systématique des passagers en provenance des zones à risque.

Londres a aussi mis en place un dispositif similaire, ainsi que la Macédoine.

«Ça redonde avec le dispositif  mis en place au départ, ça ne permettra pas de repérer l'incubation, mais je comprends que les Etats-Unis le fassent», réagit encore Sylvain Baize, dans la mesure où la gestion d'une mini-épidémie sera de toute façon plus coûteuse.

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5.A partir de quel degré de fièvre faut-il commencer à s'inquiéter?38°C.

Pendant longtemps, comme le montre par exemple la plaquette à destination des passagers en provenance des pays à risque, ou les conseils du CDC aux Etats-Unis, le seuil à partir duquel la température d'un individu devenait suspecte était fixé à 38,5°C, voire 38,6°C.

Depuis quelques jours, cette référence a été revue à la baisse en France, pour être fixée à 38°C, nous explique Laurence Danand, du service presse de la Direction générale de la Santé (DGS).

Un critère qui varie «en fonction des rapports et de l'expérience des autres pays et structures qui ont eu à s'occuper de cas». Mais qui ne serait, toujours selon la DGS, pas spécifiquement lié au cas de l'infirmière espagnole, qui, avant d'être isolée, a été renvoyée chez elle à de nombreuses reprises en raison d'une température jugée trop faible.

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6.Comment faire la différence avec une grippe?On ne peut pas.

En termes de symptômes, il est impossible de différencier la grippe des premières manifestations d'Ebola, maladie qui «débute brutalement par un syndrome pseudo-grippal», écrit le ministère de la Santé.

Mais encore une fois, si vous ne vous êtes pas rendus dans un pays à risque, si vous n'êtes pas l'un des rares soignants ou laborantins en France ayant été susceptibles d'être exposés au virus (par exemple, et encore, en soignant l'infirmière de Médecins sans frontières à l’hôpital Bégin de Saint-Mandé, ou en manipulant des échantillons au CNR de l'Institut Pasteur) et si vous n'avez pas été dans l'entourage très proche du cas suspect, alors vous ne serez très probablement pas considéré comme un cas suspect.

A chaque suspicion, «un questionnaire est mis en œuvre en relation avec l’InVS [l’Institut national de veille sanitaire (InVS)]», expliquait notre chroniqueur santé Jean-Yves Nau à la suite du cas suspect de Cergy Pontoise en date du 9 octobre, classé sans suite. Et d'ajouter:

«Il vise à établir s’il existe ou non des facteurs de risque dits «additionnels». Il peut s’agir d’une évolution rapide des signes cliniques (signes hémorragiques, diarrhées, etc.). Il peut aussi s’agir de contacts avec un malade confirmé, de participation à des funérailles, d’un séjour dans un hôpital dans le pays touché, d’un travail de soignant, etc.»

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7.Les salles d'attente des médecins sont-elles dangereuses?Non.

Comme pour les transports en commun ou les aéroports, la réponse est non. Même raison: il faut un contact direct avec le porteur du virus.

Or, comme le souligne avec patience Sylvain Baize, «dans une salle d'attente, vous n'allez pas vous mettre à tripoter votre voisin». C'est même le dernier endroit où l'on envisagerait ce genre de relations étroites. Et, bonne nouvelle, «si vous êtes assis côte à côte, il n'y a aucun risque», toujours à en croire le directeur du CNR des fièvres hémorragiques.

10%-15%

Pourcentage de la population directement exposée dans les régions à risque qui contracte Ebola.

Mais comme on n'est jamais à l'abri d'un enchaînement d'incidents (qui voudrait ici que le premier individu à déclarer les symptômes d'Ebola en France patiente jusqu'à avoir nausées et vomissements, et se dirige dans une salle d'attente bourrée de patients sur lesquels il vomira –avouez que ça fait beaucoup), la ministre de la Santé Marisol Touraine préconise d'éviter médecins généralistes et urgences, et conseille, en cas de doute, de privilégier le Samu. 

«On fait tout ça car il y a toujours un risque, qu'on n'est jamais à l'abri d'une erreur, reprend Sylvain Baize. Mais en fait, on est beaucoup trop précautionneux ici. C'est utile, mais il ne faut pas non plus que ça fasse peur aux gens.»

A titre d'exemple, le spécialiste raconte que sur le terrain, seuls 10% à 15% de la population pourtant directement en contact avec les vomissures, les cadavres, et autre matière tout aussi contagieuse, sont contaminés.

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8.Dois-je m'inquiéter si l'hôpital à côté de chez moi accueille un malade d'Ebola?Non.

Non. Toujours pour les mêmes raisons.

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9.Comment ça se passe à l'école?Comme partout ailleurs.

«Comme partout ailleurs», répondent de concert Sylvain Baize et Marisol Touraine, que nous avons interrogée lors de sa conférence de presse du 10 octobre.

Si un enfant revient de la région à risque, alors il faut suivre sa température. Et comme pour n'importe qui d'autre sur Terre, «tant qu'il n'est pas malade, il n'y a aucun souci», explique le directeur du CNR des fièvres hémorragiques.

Appelez le 0 800 13 00 00

Depuis le 11 octobre 2014, il est possible de s’informer sur le virus Ebola en téléphonant directement au 0800 13 00 00, ce numéro vert étant accessible 7j/7 de 9h à 21h.

A ce propos, ce dernier s'agace de l'agissement de certains parents, notamment à Boulogne-Billancourt, où trois d'entre eux ont récemment refusé de mettre leur enfant à l'école «en raison de la présence dans ce groupe scolaire d’une fratrie de retour de Guinée», expliquait alors Le Parisien.

«Ce n'est pas parce qu'on revient de Guinée qu'on n'a pas droit à une vie sociale!», réagit le spécialiste, qui ajoute que le suivi de température mis en place dans cette école, via une infirmière, «est encore un excès de zèle pour rassurer les gens».

A l'en croire, dans l'hypothèse où un cas se déclarerait dans un lieu aussi sensible que l'école, «on placerait certainement tous les enfants sous surveillance. Et ceux dont les contacts [avec l'enfant porteur d'Ebola] ont été très forts, on leur dirait certainement de rester chez eux».

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10.Comment ça se passe au travail?Comme partout ailleurs.

C'est comme à l'école, les parents stressés en moins.

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11.J'ai encore un doute...Répondez à une question.

Voici un schéma inspiré par le site Vox, et qui résume tout:

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