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Les sondages afghans sont-ils fiables?

Brian Palmer, mis à jour le 20.08.2009 à 15 h 07

Ils le sont plus que lors des dernières élections, mais restent largement perfectibles.

Les bureaux de vote ont ouvert jeudi 20 août en Afghanistan. Le président Hamid Karzai a été l'un des premiers à voter tandis que le gouvernement a ordonné aux médias de ne pas relayer d'informations sur les violences afin de ne pas encourager les talibans à en commettre durant le scrutin. Environ 17 millions d'Afghans sont inscrits sur les listes électorales mais il est très difficile de prévoir le niveau de la participation compte tenu à la fois de la lassitude des Afghans et des menaces et violences des talibans.

Selon des sondages récents, Hamid Karzai devrait obtenir le plus de voix que ses adversaires mais ne devrait pas avoir la majorité, ce qui donnerait lieu à un deuxième tour. Reste à savoir si les sondages sont fiables en Afghanistan?

Ils sont meilleurs qu'avant les élections nationales de 2004 mais loin d'être aussi performants que les sondages occidentaux. Lors des dernières élections présidentielles, où Hamid Karzai avait gagné avec 55% des suffrages, un sondage respecté avait prédit que ce dernier allait glaner 78% des voix. Les sondages à la sortie des urnes menés par la même organisation, l'International Republican Institute, un groupe non-partisan crée par le congrès américain pour soutenir les démocraties naissantes, étaient bien plus proches du bon score, mais  comptaient toujours neuf points d'écart avec le résultat final. Les ratés de 2004 ont conduit les instituts de sondage afghans à améliorer leurs techniques d'échantillonnage, et la plupart des analystes s'attendent à de meilleurs résultats cette fois-ci.

Beaucoup de sondages afghans ont des marges d'erreur similaires, voire inférieures, à celles des enquêtes américaines. Mais ces chiffres ne reflètent pas la possibilité que les échantillons de sondages ne soient pas vraiment représentatifs. Comme virtuellement tous les foyers américains sont équipés du téléphone, les enquêteurs américains utilisent des ordinateurs qui composent des numéros au hasard, donnant à chaque foyer la même chance d'être interrogé. Cette méthode sous-estimerait de manière importante le vote des populations rurales et des pauvres en Afghanistan, dont la plupart n'ont pas de téléphone. Là-bas, les questions en face-à-face sont la seule option, mais cette méthode est chère et peut même s'avérer dangereuse: des enquêteurs ont déjà été tués.

Les sondeurs afghans se basent sur la stratification à plusieurs niveaux pour générer des échantillons représentatifs. Ils choisissent un certain nombre de districts au hasard dans chaque province, puis un ensemble de villages dans chaque district, et pour finir un certain nombre de foyers dans chaque ensemble de villages choisi. (Certains instituts de sondage utilisent des statistiques sur la population pour augmenter les chances de choisir un ensemble de foyers ou un village plus densément peuplé.) Pour être encore plus minutieux, ils utilisent une technique statistique pour choisir de manière aléatoire un membre de chaque foyer, qui est ensuite interrogé par une personne du même sexe pour encourager la participation. Les enquêteurs expérimentés posent souvent la même question de plusieurs manières différentes pour s'assurer que la personne interrogée comprend bien et répond honnêtement.

En théorie, ce procédé devrait donner un groupe représentatif. Mais tout n'est pas si simple en Afghanistan. Certaines zones sont interdites pour des raisons de sécurité. D'autres régions sont si reculées que les contraintes de temps des enquêteurs les empêchent de faire le trajet aller-retour à temps pour le sondage. Ces zones sont remplacées par des régions à composition ethnique et à densité de population similaires.

Quand toutes les données ont été récoltées, les sondeurs vérifient que les caractéristiques démographiques de la population sondée correspondent à celles de la population générale. Si la population étudiée ne comprend que 40% de femmes, par exemple, les instituts de sondage donnent un peu plus de poids aux réponses des femmes interrogées. En Afghanistan, beaucoup de sondeurs essayent de pondérer leurs résultats en fonction du sexe ou de l'appartenance à un groupe ethnique. Le problème est que l'Afghanistan n'a pas réalisé de recensement depuis 30 ans, ce qui rend la compréhension de la démographie du pays difficile. Les instituts de sondage sont obligés de recouper des données fragmentaires provenant de sources peu fiables. Beaucoup refusent de pondérer leurs résultats. D'autres se contentent d'avertir sur le risque de biaisement de leur sondage, avertissement qui n'est pas toujours mentionné lors de la publication médiatique de l'enquête. Certains instituts confrontent leurs résultats avec ceux d'autres méthodes de recueil d'informations, comme les groupes de consommateurs, ou «focus groups».

Brian Palmer

Traduit par Grégoire Fleurot

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Image de une: Hamid Karzai en train de voter jeudi 20 août REUTERS


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