Monde

Le journalisme pour les nuls, selon l’Etat islamique

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 08.10.2014 à 12 h 35

Repéré sur Syria Deeply, The Washington Post, The Huffington Post

Alors que la région de Deir al-Zour en Syrie est tombée aux mains de l'organisation Etat islamique, les journalistes locaux restés sur place ont reçu une liste de règles à respecter s’ils tiennent à leur sécurité.

Le drapeau de l'organisation Etat islamique, à Kobane, en Syrie, le 6 octobre 2014. EUTERS/Umit Bektas

Le drapeau de l'organisation Etat islamique, à Kobane, en Syrie, le 6 octobre 2014. EUTERS/Umit Bektas

«Les correspondants doivent prêter allégeance au Calif [Abu Bakr], ils sont sujets de l’Etat islamique et, en tant que sujets, ont pour obligation de jurer loyauté à leur imam.»

Cette règle est la première d’une liste distribuée par l’Etat islamique et envoyée au  site Syria Deeply début octobre par un journaliste nommé «Amer». En tout, les journalistes devront respecter 11 règles sur le territoire conquis en Syrie, parmi lesquelles l’interdiction de travailler avec des télés étrangères, de publier sans en référer au bureau des médias de l’Etat islamique, et encore moins de façon anonyme. 

Bons princes, les occupants autorisent les correspondants à utiliser leur blog et les réseaux sociaux, mais uniquement s’ils communiquent les pseudonymes et adresses de ces comptes.

«Toute violation des règles mises en place entraînera la suspension du journaliste de son travail, et il en sera tenu responsable.» Extrait de la règle n°9

«Les journalistes se verront remettre une licence pour pratiquer leur métier après avoir déposé une requête au bureau des médias.» Règle n°11

D’après Amer, la liste a été donnée lors d’une réunion entre le bureau des médias et les journalistes encore présents. Certains ont signés et accepté les termes de l’Etat islamique, d’autres ont préféré quitter le pays. Car pour ceux qui refusent ces règles, le travail est quasi impossible, comme l’explique Maher, un activiste syrien:

«Les activistes sont considérés comme des infidèles et sont condamnés à mort ou à la crucifixion par exemple. […] Pour faire empirer les choses, l’Etat islamique a menacé d’arrêter les membres de ma famille pour m’empêcher d’exposer leurs pratiques sur Internet.»

Pour le Washington Post, qui rappelle que les médias occidentaux ont aussi énormément de mal à se rendre sur le territoire contrôlé, ce nouveau règlement n'est pas une surprise mais reste révélateur de l'ambition du groupe djihadiste:

«Ces règles offrent un regard rare sur comment l'Etat islamique aimerait devenir un Etat fonctionnel avec ses propres règles et lois.»

Seul le site Vice avait bénéficié, en août dernier, d’un accès quasi-total au sein de l’armée de l’Etat islamique avec un long reportage vidéo du journaliste Medyan Dairieh. Dans un article du Huffington Post, Kevin Sutcliffe, directeur des programmes d’information en Europe, expliquait que ce «voyage était encadré, donc vous êtes là-bas avec leur permission. Et, même s’ils vous gardent en vie… vous êtes quand même un intrus». 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte