Allemagne / Histoire

Il y a 25 ans, la RDA célébrait sans le savoir sa dernière fête nationale

Temps de lecture : 2 min

Mikhaïl Gorbatchev et Erich Honecker, le 6 octobre 1989. REUTERS.
Mikhaïl Gorbatchev et Erich Honecker, le 6 octobre 1989. REUTERS.

Gorbatchev embrassant Honecker: cette image du «baiser fraternel» entre les deux leaders soviétiques, prise le 6 octobre 1989 à Berlin-Est, a fait le tour du monde. L'Histoire retiendra celle d'un «baiser de la mort» annonçant la chute imminente du régime totalitaire est-allemand.

Ce jour-là pourtant, ni le président du Soviet suprême de l'URSS, ni le numéro un de la RDA n'imaginent qu'à peine un mois plus tard, le Mur de Berlin s'effondrera. Le lendemain, les deux chefs d'État s'apprêtent à célébrer en grande pompe le quarantième anniversaire de la création de la dictature communiste. Le dernier. Le 7 octobre 1989, la RDA envoie défiler ses «guerriers de [l']armée populaire nationale» sur la Karl-Marx-Allee (alors nommée «Stalinallee»), comme le raconte le quotidien ouest-berlinois Der Tagesspiegel.

Mais les images éclatantes servies ce jour-là par la propagande communiste commencent à se fissurer. À travers les vitres du palais de la République construit à Berlin à la gloire du nouveau régime, où se déroule la cérémonie officielle, les invités peuvent voir grossir d'heure en heure la foule de manifestants venus protester devant l'édifice, comme le relate la quotidien Die Welt:

«Un mur transparent sépare le peuple de la tête de l'État. Si les fenêtres étaient ouvertes, on pourrait entendre des appels tels que "Gorbi, aide nous", "Pas de violence" ou "Liberté".»

Der Tagesspiegel décrit la situation d'alors comme «kafkaïenne»:

«Un État s'autocélèbre à coup de déclarations creuses, dehors devant la porte des milliers de gens appellent à la "liberté!" et réclament ceux en qui ils ont espoir.»

Des années plus tard, un ex-fonctionnaire de la RDA, Carl-Heinz Janson, décrira comme suit l'ambiance qui régnait ce jour-là, ajoute le quotidien berlinois:

«C'était fantomatique. Une atmosphère morose régnait partout, des effluves de crépuscule des dieux. C'était comme sur le Titanic.»

À la fin de la cérémonie, à peine Mikhaïl Gorbatchev remonté à bord de son avion, le chef de la Stasi, Ulrich Mielke, donnera ainsi l'ordre de nettoyer les rues de Berlin-Est de ces citoyens gênants pour l'image grandiose que voulait donner d'elle la RDA :

«Maintenant, c'en est fini de l'humanisme.»

Ce sera l'occasion pour le régime de faire usage une dernière fois de la violence. Pour disperser les manifestants, la police envoie des engins lanceurs d'eau et des fourgons grillagés et procède à des arrestations massives, comme le relate Die Welt:

«Des centaines de manifestants sont jetés de force dans les camions envoyés sur place et envoyés dans les commissariats des quartiers de Mitte et Prenzlauer Berg. Lorsque les cellules et les garages sont pleins, les autres personnes arrêtées sont réparties sur l'ensemble de Berlin-Est.»

Le week-end du 7 octobre, d'autres manifestations pacifiques seront réprimées à Leipzig, Dresde, Jena, Magdebourg, Potsdam... Environ 3.500 personnes seront arrêtées à travers le pays.

Slate.fr

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