Apprenons à dire «Madame la présidente» et non pas «Madame le président», quoi qu'en dise l'Académie française

L'Assemblée nationale à Paris, le 24 septembre 2014. REUTERS/Jacky Naegelen

L'Assemblée nationale à Paris, le 24 septembre 2014. REUTERS/Jacky Naegelen

«Madame le président», a lancé Julien Aubert, député UMP du Vaucluse, au Palais-Bourbon, s'adressant à la présidente de la séance, Sandrine Mazetier. «Madame le président» plutôt que «Madame la présidente», dans un énième refus –le débat est récurrent, surtout chez les députés de droite– de féminiser la fonction. 

Le parlementaire s'est fait «sèchement» rappeler à l'ordre, a rapporté Le Figaro qui retranscrit l'échange:

«Rappelé plusieurs fois à l'ordre, le député a pris la parole avec un “merci madame”, à l'adresse de la vice-présidente de l'Assemblée. La fois de trop, visiblement, pour Sandrine Mazetier. “Non madame ça ne va pas non plus”, a-t-elle rétorqué. “Monsieur Aubert, soit vous respectez la présidence de la séance, soit il y a un problème, c'est madame LA présidente. Ou il y a un rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal.” “Faites un rappel à l'ordre”[ce qui lui vaudra une sanction financière et l'élu sera privé d'un quart de son indemnité parlementaire pendant un mois, soit 1.378 euros, relève le Scan], a alors répondu Julien Aubert. “Moi j'applique les règles de l'Académie française”, s'est alors défendu le parlementaire.»

Dit-il vrai? Absolument. 

L’Académie française, comme c'est précisé sur son site dans la rubrique «féminisation des noms», «ne s’oppose pas au principe de la féminisation en tant que tel» mais veut le faire «prudemment» c'est-à-dire en respectant les formes qui existent déjà  («comme c’est le cas pour institutrice, laborantine, écuyère ou chercheuse»).

L'Académie française précise: 

«En revanche, en ce qui concerne les titres, les grades et les fonctions, au nom de la neutralité institutionnelle et juridique qui leur est attachée, l’Académie française recommande d’éviter, dans tous les cas non consacrés par l’usage, les termes du genre dit “féminin” et de préférer les dénominations de genre non marqué.»

Donc sans aucun doute, notre Julien Aubert du Vaucluse respecte les recommandations de l'Académie. La question est: faut-il vraiment respecter toutes les recommandations d'une institution au sein de laquelle les nouveaux élus se déguisent en lutins brodés, avec accessoires de mousquetaires –cape et épée– sauf.... «les femmes et les hommes d’Eglise»... La même institution qui par ailleurs, bien ancrée dans son siècle, recommande «mot-dièse» plutôt que hashtag, et croit que Joël Dicker est un grand écrivain... 

L'Académie française refuse l'idée de présidente parce qu'elle refuse «tous les cas non consacrés par l’usage». Mais c'est un usage d'un autre temps, un temps où aucune femme n'était présidente. Et c'est un cercle vicieux dans lequel s'enferme l'Académie: avec des députés comme Aubert, l'usage ne risque pas de changer... 

La vraie tradition

L'Académie assure enfin sur son site que le genre masculin est le genre non discriminant puisqu'il englobe l'autre, que «c'est donc le féminin qui est le genre de la discrimination, et non, comme on peut parfois l’entendre, le genre masculin». Evidemment, pour l'Académie française, le masculin est le genre par défaut, le féminin n'en est qu'une déclinaison (qu'elle relise Beauvoir: «Un homme ne commence jamais par se poser comme individu d’un certain sexe: qu’il soit homme, cela va de soi»). 

Mais fut un temps où le masculin n'était pas le genre non discriminant de la langue: jusqu'au XVIIe siècle, c'est la règle de proximité qui dominait, consistant à accorder le genre et le nombre de l'adjectif avec le nom le plus proche qu'il qualifiait.

«La langue du Moyen Age pratiquait ordinairement l'accord avec le donneur le plus proche, confirme l'ouvrage de Grevisse, cité dans un article du Monde de 2012. Les auteurs du XVIIe et même ceux du XVIIIe suivaient encore assez souvent l'ancien usage.»

Claude Favre de Vaugelas grammairien du XVIIe siècle, et l'un des premiers membres de l'Académie française, recommandait d'écrire «le coeur et la bouche ouverte». Quitte à être puriste, pourquoi ne pas l'être jusqu'au bout? Nous recommandons donc à Julien Aubert de dire: Monsieur le député et Madame la présidente devraient se réconcilier et être bonnes amies. 

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