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La suppression de la vidéo de l'accident de Jules Bianchi n'est pas une question de violence, mais de droit d'auteur

La voiture du Français Jules Bianchi lors du Grand Prix du Japon, le 5 octobre 2014 à Suzuka. REUTERS/Toru Hanai.

La voiture du Français Jules Bianchi lors du Grand Prix du Japon, le 5 octobre 2014 à Suzuka. REUTERS/Toru Hanai.

La vidéo fait froid dans le dos. Alors que la pelleteuse est en train d’évacuer la monoplace d’Adrian Sutil des murs de pneus du circuit de Suzuka (Japon), le pilote français Jules Bianchi arrive lancé et la percute à pleine vitesse. La Fédération internationale d'automobile (FIA) a annoncé, lundi 6 octobre dans l'après-midi, que son état était «très grave mais stable».

La communication autour de l'accident été verrouillée pendant près de 24 heures, et les images du drame n’auraient jamais dû sortir. La FIA, qui gère les droits, avait en effet déclaré ce dimanche qu’elle refusait de les montrer, les jugeant trop violentes.

Pourtant, ce lundi, une vidéo –non-officielle– a commencé à circuler. Depuis les tribunes, un spectateur filme la pelleteuse sortir la voiture d’Adrian Sutil. Puis Jules Bianchi arrive.

Hébergées sur YouTube, ces images ont vite commencé à tourner sur Twitter. Certains médias ont choisi de les diffuser, d’autres non. Quelques minutes plus tard, la vidéo originale tombait pour infraction aux droits d’auteur.

Le propriétaire des droits n'a même pas eu besoin d'arguer de la violence du crash pour faire retirer la vidéo, mais simplement de faire respecter son droit d'auteur. Contactée, la FIA précise par mail que ce n’est pas elle qui détient les droits, mais Formula One Management (FOM), le groupe chargé d'assurer la promotion du championnat du monde, et qu’il est interdit de poster en ligne des vidéos des Grands Prix sans son autorisation. La vidéo a donc été supprimée de la plateforme pour cette raison, comme aurait pu l'être une vidéo de sport beaucoup moins violente (par exemple, une vidéo du tir au but vainqueur de l'Italie en finale de la Coupe du monde 2006 filmée depuis les tribunes).

Pour le Grand Prix d'Australie de 2015, on trouve ainsi dans les conditions générales:

«Il est interdit de faire, crééer, stocker, enregistrer, retransmettre, reproduire ou utiliser n'importe quelle sorte d'enregistrement sonore, visuel ou audio-visuel et n'importe quel image, dont des photographies et n'importe quel autre type d'image dérivé ou capable d'être dérivé d'un enregistrement de l'Evènement [...] sauf pour la jouissance privée de la personne ayant fait l'enregistrement. Dans tous les cas, il est interdit de poster n'importe quel enregistrement dépassant 5 secondes sur les plateformes de médias sociaux.»

Les copies de la vidéo seront également supprimées par YouTube. Le site précise qu’il ne commente pas les cas particuliers mais rappelle qu’un système scanne en permanence la plateforme: si une vidéo est supprimée pour infraction au droit d’auteur –ce qui s’est produit avec la vidéo originale–, les autres le seront également automatiquement pour la même raison.
 

Pixels.fr –qui s'était intéressé au sujet après la suppression des vidéos de l'assassinat de James Foley par l'organisation État islamique– expliquait récemment que:

«YouTube avait mis au point ce système pour pouvoir repérer automatiquement les vidéos utilisant des images ou des musiques soumises au droit d'auteur –la plateforme les supprime automatiquement lorsque son algorithme estime que le contenu est contraire au droit d'auteur.»

Dans le cas de la vidéo de l'accident de Jules Bianchi, la FOM a donc le droit pour elle. Pas sûr que cela suffise à apaiser la polémique, le vidéaste amateur ayant affirmé que «la FOM [...] essaie d’enterrer la vidéo, parce qu'elle montre toutes les erreurs commises».

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