Nucléaire: la Corée du nord n'est pas l'Iran
Les comparaisons entre les stratégies suivies par les dictatures de Pyonyang et de Téhéran sont absurdes.
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Le voyage de Bill Clinton en Corée du nord et la libération des deux journalistes emprisonnés démontrent que cette dictature n'est pas tout à fait imperméable au dialogue et au marchandage. Les Occidentaux en viennent à souhaiter que, dans le conflit avec l'Iran sur le programme nucléaire du régime des mollahs, la Corée du nord serve d'exemple. Mais les ambitions et les stratégies des deux pays n'ont pas grand chose à voir.
Pyongyang a pris l'engagement de fermer son principal réacteur nucléaire en échange d'un million de tonnes de pétrole et la reprise implicite de l'aide alimentaire en provenance du frère du Sud. De nombreux observateurs sont sceptiques sur les réelles intentions de la Corée du nord, mais les optimistes font remarquer que, la négociation ayant évité la guerre, la méthode utilisée avec la Corée pourrait bien s'appliquer à l'Iran. Le Quai d'Orsay se dit ainsi «convaincu que la crise avec l'Iran peut-être résolue par voix diplomatique...les dirigeants iraniens mènent un dialogue sérieux». Rapprocher les motivations des deux régimes consiste à prendre ses désirs pour la réalité, tant leurs situations sont différentes sur le plan idéologique, économique et géostratégique.
Idéologie
La Corée du nord a manifesté son ambition de se doter de l'arme nucléaire durant la guerre froide quand les Etats-Unis décidèrent d'implanter en 1958 des missiles à ses frontières. Elle estimait alors devoir dissuader l'Occident de l'attaquer. Le Président Bill Clinton chercha en 1994 à prouver ses intentions pacifiques en retirant les missiles installés au sud dans l'espoir d'amener le nord à la table des négociations. Son initiative entraina un gel du développement des armes nucléaires jusqu'en 2002, année où la Corée estima n'avoir tiré aucun bénéfice de sa bonne volonté. C'est l'administration Bush qui relança les hostilités, le 20 septembre 2002, en publiant sa doctrine de sécurité nationale. Washington s'arrogeait le droit de lancer une guerre préventive contre tous les «Etats-voyous», la Corée du Nord entrant précisément dans cette catégorie... avec l'Iran. L'accord-cadre de 1994 ayant été abrogé le 12 décembre 2002 par les Etats-Unis, Pyonyang réactiva son programme d'armes nucléaires pour empêcher toute action militaire visant à s'opposer à son régime.
Contrairement à celui de la Corée, le programme nucléaire iranien n'est pas défensif mais, aux dires même de ses dirigeants, offensif, à l'égard d'Israël en particulier puisque l'Iran revendique le droit d'effacer de la carte ce pays. Les intentions du président Ahmadinejad sont explicites et répétées. Aucun missile nucléaire n'est installé à ses frontières et ses voisins arabes n'ont plus montré d'intention belliqueuse depuis la fin de la guerre avec l'Irak (1980 et 1988). Ceci dit, les pays arabes et occidentaux avaient soutenu à bout de bras l'Irak de Saddam Hussein, l'agresseur, contre l'Iran des mollah. Enfin, les ressources considérables en pétrole et en gaz du sous-sol iranien balayent l'argument d'un programme nucléaire civil à des seuls fins énergétiques.
Economie
Pyongyang est dans un chantage à courte vue et sat qu'il n'a pas les moyens économiques de sa politique. La famine sévit dans le pays et elle s'est encore aggravée après une succession de catastrophes naturelles. Des récoltes ont été détruites tandis que la nécessité de reconstruire les infrastructures endommagées a entrainé le dictateur Kim-Jong Il à solliciter l'aide de son voisin du Sud. La Corée du Nord ne produit que 4,5 millions de tonnes de riz et de céréales sur les 5,5 millions nécessaires pour couvrir ses besoins minimum. Les sanctions économiques imposées par le Conseil de Sécurité de l'ONU en octobre 2006, encore en vigueur, sont insupportables pour un pays qui manque des produits de base. Séoul a aussi frappé fort après les tirs de missiles nord-coréens en imposant sa punition en ne débarquant plus au nord ses aides alimentaires de riz et d'engrais. La pression économique est relativement efficace.
La situation économique iranienne, dégradée certes, n'a rien de comparable. L'Iran dispose de réserves d'hydrocarbures qui lui assurent de confortables revenus. L'agriculture contribue pour 16,9% au PNB du pays et la grande diversité des climats et des sols lui assure une production riche et diversifiée. Les productions céréalières occupent près de 50% des terres cultivées tandis que la pomme de terre, le riz et le thé sont développés à grande échelle. Les pistaches constituent le poste majeur d'exportation avec le safran et les dattes.
Géopolitique
«Tokyo et Séoul refusent de prendre le risque d'avoir une puissance nucléaire incontrôlée et paranoïaque tout près de chez eux... », souligne Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS. Les alliés du Japon et de la Corée du sud et notamment les Etats-Unis sont concernés, mais indirectement. Pyongyang n'est pas une menace directe pour les pays occidentaux ou pour leurs intérêts vitaux. La Corée du nord a en fait toujours utilisé le chantage uniquement à des fins économiques pour marchander des aides alimentaires et énergétiques et permettre ainsi à son régime de se maintenir au pouvoir.
L'Iran, en revanche, se situe dans une zone stratégique riche d'un sous-sol pétrolier dont dépend totalement l'Occident. La région joue le rôle de poudrière tant les intérêts s'opposent alors que les conflits sont exacerbés par les Occidentaux eux-mêmes. La haine que se vouent les Chiites et les Sunnites ne trouve rien d'égal en Corée. L'existence d'Israël, sa puissance militaire et nucléaire officieuse, et le conflit israélo-palestinien sont le meilleur alibi pour l'Iran pour se doter de l'arme nucléaire. Les pays arabes s'inquiètent beaucoup des ambitions iraniennes mais sans trop le dire au nom de l'ennemi commun.
Les dictatures coréenne et iranienne ont en commun d'utiliser toutes deux l'armement nucléaire pour consolider des régimes discrédités. Cette communauté de destin les pousse à s'aider sur le plan technologique. La Corée du Nord, selon le Daily Telegraph, aiderait l'Iran à organiser son premier essai nucléaire souterrain. Par ailleurs quinze militaires iraniens, experts en missiles, se sont rendus en mars à Pyongyang.
Dans le même temps, les cibles potentielles, Corée du sud et Israël se rapprochent égaldement. Jérusalem envisage de se doter d'avions sud-coréens T-50 aux performances similaires aux F16 américains ce qui lui donnerait, entre autres, un motif d'entrainer ses pilotes dans le ciel coréen tout en ouvrant son champ de vision jusqu'au nord. La neutralisation de la Corée du nord reviendrait à minimiser les capacités de nuisance d'un ennemi qui diffuse ses armes de destruction à travers tout le Proche-Orient.
Mais la comparaison entre la Corée du nord et l'Iran s'arrête là. Pyongyang s'en tient à un chantage classique, Téhéran est engagé dans un vrai combat idéologique, les chiites contre le reste du monde et les perses contre le reste du monde. Il se double aujourd'hui d'une lutte féroce contre l'ennemi intérieur qui peut être aussi la porte ouverte à toutes les aventures.
Jacques Benillouche
Image de Une: le missile iranien Shahab-2 de technologie coréenne Reuters
Mis à jour le 18/08/2009 à 17h36














































A partir d'un constat que je partage : "La Corée du Nord n'est pas l'Iran", vous semblez en arriver à la conclusion que la situation est plus dangereuse en matière d'emploi éventuel de l'arme atomique avec l'Iran qu'avec la Corée du Nord en raison des différences idéologiques, économiques et géopolitiques des 2 régimes.
Pour arriver à cette conclusion, il me semble que vous faites l'impasse dans votre analyse sur le caractère personnel du pouvoir et l'absence totale d'opposition en Corée du Nord. Et c'est, me semble-t-il, pour cette raison que la Corée du Nord est la principale menace aujourd'hui en matière de possession de l'arme nucléaire.
Idéologie:
Contrairement à celui de la Corée, le programme nucléaire iranien n'est pas défensif mais, aux dires même de ses dirigeants, offensif, à l'égard d'Israël en particulier puisque l'Iran revendique le droit d'effacer de la carte ce pays.
Vous semblez trouver une justification à la possession de l'arme nucléaire par la Corée du Nord qui ne chercherait qu'à se défendre, là où l'Iran ne chercherait à la posséder que dans un but offensif: la destruction de l'Etat d'Israël. On pourrait appliquer vos arguments à l'Iran dans la mesure où elle a besoin, pour les mêmes raisons que la Corée du Nord, d'une arme défensive après avoir été la victime d'une agression par un Irak soutenu alors par l'Occident, où elle a été tout comme la Corée mise sur liste de l'axe du mal par Washington et où elle a pu juger à ces frontières, avec l'intervention américaine en Irak, de la nécessité de la possession d'une arme de dissuasion. Mais je ne pense pas que ce qui compte en matière d'arme nucléaire ce soit l'idéologie, mais la réalité de la dissuasion. Après tout les soviétiques et les américains, finalement, n'ont pas détruit la planète. Quelle qu' ait été le bellicisme de chaque camp, la majorité de ceux qui détenaient l'autorité politique a toujours été consciente que le risque était supérieur au bénéfice.
En Iran, on vient d'assister à une révolution de palais. Mais il n'en reste pas moins une opposition à Ahmadinejad. Je pense comme Jacques Chirac que l'arme nucléaire possédée par Israël a une valeur dissuasive.
http://www.20minutes.fr/article/136530/Monde-Chirac-vacille-sur-l-Iran.php
Pas de nucléaire est à n'en pas douter plus rassurant que la dissuasion nucléaire, mais à supposer qu'Ahmadinejad soit partisan d'un échange de bombes en considérant qu'au final Dieu reconnaitra les siens, rien ne nous dit qu'il pourra aller jusqu'au bout.
Il n'en est pas même avec la Corée du Nord. La dissuasion nucléaire n'a pas de sens contre un dictateur comme Kim Jong-il. Il peut utiliser l'arme nucléaire, juste pour faire monter les enchères, contre un grand nombre de pays qui n'en sont pas dotés. Quand bien même il utiliserait l'arme nucléaire contre la Corée du Sud, peut-on imaginer que les américains utiliseraient en représailles l'arme nucléaire contre la Corée du Nord ? Il n'y a pas de limite à son pouvoir personnel. Et si sa survie semblait menacé, cet homme qui confond totalement son pays et sa personne, hésiterait-il un seul instant à sacrifier son peuple ?
Economie:
Pyongyang est dans un chantage à courte vue et sat qu'il n'a pas les moyens économiques de sa politique. La famine sévit dans le pays et elle s'est encore aggravée après une succession de catastrophes naturelles. .../...La situation économique iranienne, dégradée certes, n'a rien de comparable. L'Iran dispose de réserves d'hydrocarbures qui lui assurent de confortables revenus. L'agriculture contribue pour 16,9% au PNB du pays et la grande diversité des climats et des sols lui assure une production riche et diversifiée.
On a vu avec l'Irak, que dans une dictature classique, le blocus économique, renforce la richesse personnelle et le contrôle sur la société du dictateur. Le clan de Saddam Hussein s'est enrichi considérablement avec le marché noir. En Corée du Nord, où l'opposition est inexistante, la famine loin de menacer Kim Il Jung est sa meilleur arme pour imposer sa volonté à la société. Les militaires et ceux qui lui sont fidèles mangent, pas les autres. L'Iran est aussi une dictature, mais avec une société civile très forte. Le blocus est efficace. Les Iraniens sont nationalistes et ne voient pas pour la plupart pourquoi ils n'auraient pas le droit de détenir la bombe atomique, mais par contre l'opposition à Ahmadinejad est très liée à ses échecs économiques qui prennent eux-mêmes en partie leur origine dans l'isolement de l'Iran.
Geopolitique:
«Tokyo et Séoul refusent de prendre le risque d'avoir une puissance nucléaire incontrôlée et paranoïaque tout près de chez eux... », souligne Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS. Les alliés du Japon et de la Corée du sud et notamment les Etats-Unis sont concernés, mais indirectement. Pyongyang n'est pas une menace directe pour les pays occidentaux ou pour leurs intérêts vitaux. La Corée du nord a en fait toujours utilisé le chantage uniquement à des fins économiques pour marchander des aides alimentaires et énergétiques et permettre ainsi à son régime de se maintenir au pouvoir.
Je ne saisis pas très bien le début de votre phrase. Vous pensez que le Japon et la Corée du Sud ne font pas partie des pays occidentaux et qu'à ce titre on peut les passer en pertes et profits ?
C'est précisément parce que Kim Il Jung a toujours utilisé le chantage pour se maintenir au pouvoir, que sa menace d'utiliser l'arme nucléaire est crédible.
Téhéran est engagé dans un vrai combat idéologique, les chiites contre le reste du monde et les perses contre le reste du monde.
Ca me semble rassurant sur l'utilisation qui pourrait être faite de la bombe atomique par les iraniens. Les iraniens veulent l'arme nucléaire parce qu'ils se perçoivent comme un pays entouré par de nombreux ennemis. Mais s'il fallait conquérir le monde, l'utilisation de l'arme nucléaire à des fins offensives n'y suffirait pas.
La rhétorique d'Ahmadinejad fait peur à juste titre, mais a-t-il les moyens politiques et militaires (éviter la riposte d'Israël et donc la fin des perses) de dépasser cette étape ?