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Ursula von der Leyen pouvait devenir la nouvelle Angela Merkel, mais l'état de l'armée allemande menace son avenir

Angela Merkel et Ursula von der Leyen, le 1er octobre 2014 à Berlin. REUTERS/Thomas Peter

Angela Merkel et Ursula von der Leyen, le 1er octobre 2014 à Berlin. REUTERS/Thomas Peter

L'étoile de la ministre de la Défense, que d'aucuns voyaient comme potentielle Chancelière, a pâli au fur et à mesure des révélations sur les défaillances de l'armée.

Elle était la vedette du troisième gouvernement Merkel. Elle est menacée par la découverte que l’état de l’armée allemande ne correspond pas à ses ambitions.

Ursula von der Leyen est la première femme ministre de la Défense en Allemagne. Née dans une famille où la politique était un métier –son père était ministre-président du Land de Basse-Saxe–, cette mère de sept enfants a toujours su concilier son foyer et ses activités professionnelles. Elle est médecin-biologiste de formation. Successivement ministre de la Famille, du Travail et enfin de la Défense, elle passait encore récemment pour une future chancelière après la retraite éventuelle d’Angela Merkel, qui a éliminé tous les hommes susceptibles de lui succéder.

Très vite surnommée «la mère du régiment», Ursula von der Leyen n’avait pas une appétence particulière pour la chose militaire. Quelques semaines après sa nomination, elle a passé ses vacances de Noël 2013, selon son propre aveu, à apprendre les grades dans l’armée allemande. Mais elle a mis les bouchées doubles. Visites aux soldats en mission à l’étranger, notamment en Afghanistan, reprise en main de l’administration du ministère, appel à un rôle plus actif de l’Allemagne dans les crises internationales, tout ceci accompagné d’un sens aigu de la communication, qui lui a valu le sobriquet de «ministre de la mise en scène» par les sociaux-démocrates, pourtant ses partenaires dans la coalition.

Panne d'essence

Ursula von de Leyen est sous le feu des critiques. Son étoile a pâli. Les incidents se sont multipliés dans la Bundeswehr. Dernier en date: la ministre qui avait mobilisé un avion Transall pour se rendre à Erbil au Kurdistan irakien n’a pas pu assister à l’arrivée des sept formateurs allemands et au débarquement du matériel militaire destinés aux peshmergas: les formateurs avaient dû changer trois fois d’avion avant d’atteindre le Kurdistan et le deuxième Transall de la Luftwaffe était tombé en panne d’essence…

Dans un rapport remis à la commission de la défense du Bundestag, les inspecteurs de la Bundeswehr (sorte de chefs d’état-major) ont détaillé les défaillances de leur équipement. Qu’il s’agisse des chars, des hélicoptères ou des avions, un tiers environ seulement du matériel est opérationnel comparé au total recensé. Exemples: sur 109 avions Eurofighter dont dispose théoriquement l’armée de l’air, seuls 42 sont opérationnels. Les défauts de production sur les appareils existants comme sur ceux qui sont en commande obligent à réduire de moitié leur temps de vol.

Selon les plans de l’Otan, la Bundeswehr devrait mettre 60 Eurofighter à la disposition de l’alliance en cas de menace contre les Etats baltes. Elle n’est pas en mesure de le faire, comme elle est plus généralement incapable de remplir ses engagements envers ses alliés. Contrairement à la situation qui prévalait du temps de la Guerre froide, quand la Bundeswehr était la première armée de l’Europe occidentale.

La marine n’a que deux ou trois hélicoptères à sa disposition en état de fonctionner. Les autres sont l’objet de «réparations imprévues». Récemment, un hélicoptère de type Tiger a perdu son armement au cours d’un exercice en vol. Les soldats qui servent les batteries de missiles sol-air Patriot déployés en Turquie à la frontière syrienne depuis le début de la guerre civile en Syrie ne peuvent pas prendre leur temps de repos faute de relève. Etc.

Ursula von der Leyen a trouvé cette situation en arrivant au ministère. Les inspecteurs de la Bundeswehr l’expliquent par la crise financière qui a provoqué un arrêt des commandes de pièces détachées à partir de 2010. Pourtant, le budget de la Bundeswehr est équivalent, voire légèrement supérieur à celui de l’armée française, bien que l’Allemagne ne lui consacre que 1,3% de son PIB (contre près de 2% pour la France).

Sur 109 avions Eurofighter dont dispose théoriquement l’armée de l’air, seuls 42 sont opérationnels

 

Mais 2010, c’est aussi l’année de la réforme de la Bundeswehr et notamment la fin de la conscription menée au pas de charge par le ministre de la Défense d’alors, Karl-Theodor zu Guttenberg. L’ascension de ce jeune politicien bavarois ambitieux a été stoppée nette quand il a été convaincu de plagiat à l’occasion de sa thèse de doctorat. La Bundeswehr est passée de 250.000 à 185.000 personnes (dont 10% environ de femmes). Trente-deux bases militaires ont été fermées dans toute l’Allemagne et les 90 autres ont été réduites. Cette réforme, longtemps attendue, souvent ajournée, et finalement réalisée à la va-vite, a profondément déstabilisé la Bundeswehr, selon Hellmut Königshaus, député libéral nommé médiateur de l’armée en 2011.

Le successeur du baron Guttenberg, Thomas de Maizière, protestant rigoureux descendant de huguenots français, a donné la priorité aux engagements militaires allemands à l’étranger, en particulier en Afghanistan et au Kosovo. Cinq mille soldats allemands participent à des opérations extérieures. Il a négligé les autres secteurs de son ministère, laissant s’installer une certaine gabegie dans la gestion des matériels.

Ursula von der Leyen a essayé de remettre de l’ordre en se reposant sur des sociétés privées de conseil en gestion, qui ont fait grincer des dents dans l’administration. Elle-même s’inquiétait de la vie quotidienne des soldats, de la vie dans les casernes, de la présence de crèche pour les mères sous les drapeaux, des promotions, des vacances... tout en minimisant les insuffisances stratégiques constatées par les experts et en  prônant une «gestion créative de la pénurie».

L’ancien président de la République fédérale, Richard von Weizsäcker (1984-1994) disait volontiers naguère:

«Personne n’a envie de réapprendre que les Allemand sont de bons soldats.»

Son vœu est en passe d’être exaucé, mais loin d’en être satisfaits, les alliés de l’Allemagne s’en inquiètent.

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