Partager cet article

Sur les traces du ghetto de Theresienstadt

Camp de concentration de Theresienstadt par martijnmunneke | FlickR licence cc by

Camp de concentration de Theresienstadt par martijnmunneke | FlickR licence cc by

1,62 mètre carré. C'est la place dont disposait chaque prisonnier du ghetto de Theresienstadt en 1942 pour «habiter, vivre et mourir», comme l'écrit l'hebdomadaire Der Spiegel. Plus de 140.000 juifs furent internés par les nazis entre 1941 et 1945 dans l'enceinte de la forteresse baroque de la petite ville de Terezin, située sur le territoire actuel de la République Tchèque, à une heure de route au nord de Prague.

Plus d'un quart d'entre eux moururent sur place, tant les conditions de détention y étaient redoutables: le travail forcé, la faim, le froid, la saleté et la promiscuité attendaient ceux qui passaient l'épais portail de ce camp de concentration déguisé en paradis résidentiel par la propagande nazie, comme l'explique Der Spiegel:

«Dans leur mépris sans bornes des êtres humains, les nazis enjolivaient le camp de concentration de Theresienstadt, le présentant comme une sorte de lieu de cure destiné aux privilégiés: ils présentaient au monde le ghetto au choix comme un camp modèle, un lieu de retraite ou bien encore comme un «lieu de résidence juif» - comme le titre d'un film de propagande tourné en 1944 à Theresienstadt, insupportable par son cynisme, dans lequel les internés devaient jouer au football, faire de la musique et se doucher face à la caméra.»

La plupart des prisonniers de Theresienstadt vivaient en outre dans la peur d'être déportés dans les camps d'extermination situés plus à l'Est. Plus de 60% d'entre eux connurent ce destin tragique.

Près de 70 ans après la libération du ghetto, de nombreux témoignages de cette époque subsistent sur les murs de la forteresse: inscriptions à la craie, messages codés gravés dans la pierre, dessins d'enfants... Tous ces graffitis racontent les drames personnels qui se sont déroulés entre ces murs sous le régime nazi. Comme l'écrit Der Spiegel:

«Derrière chaque trouvaille se dissimule une personne, une histoire, un point d'interrogation.»

Ces vestiges étaient pourtant passés inaperçus durant de longues décennies, jusqu'à ce que l'urbaniste et journaliste allemande Uta Fischer les découvre par hasard et décide de les documenter. Comme elle l'explique:

«Theresienstadt est constellée de reliques de l'époque du ghetto. À ma connaissance, il n'y a pas d'autre camp nazi dans lequel se trouve une telle quantité de vestiges comparables.»

Certains prisonniers ont gravé à la hâte leur numéro d'interné avant d'être déportés, comme pour laisser une trace de leur passage. Des murs sont ornés de messages d'amour, comme un poignant dessin représentant un cœur saignant entouré des lettres «H» et «K».

Dans les combles des maisons, Uta Fischer a retrouvé un dessin représentant deux coccinelles coiffées de chapeaux melon en train de danser pince dans la pince. A-t-il été dessiné par un des enfants prisonniers du ghetto ? La hauteur à laquelle se trouve le graffiti le laisse supposer...

Pour pouvoir remonter le fil de chaque histoire individuelle qui se cache derrière les graffitis identifiés dans une soixantaine d'endroits au sein de l'ancien camp de concentration, Uta Fischer a lancé un appel à témoignages via le site internet dédié à son projet de recherche, qu'elle a baptisé «traces du ghetto» («Ghettospuren» en allemand), où sont répertoriées toutes les inscriptions murales découvertes dans la forteresse.

Seuls 23.000 prisonniers ont survécu à leur séjour à Theresienstadt, et très peu d'entre-eux sont encore vivants aujourd'hui. Certains graffitis continueront sans doute de rester un mystère pour les visiteurs de l'ancien camp de concentration.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte