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En Allemagne, une institution de protection de la jeunesse pourrait devenir malgré elle un service de VOD porno

Temps de lecture : 2 min

Des DVD de films pornos à Berlin. REUTERS/Fabrizio Bensch.
Des DVD de films pornos à Berlin. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Voilà un exemple magistral d'ironie du sort. La Bundesprüfstelle für jugendgefährdende Medien (BPMJ, littéralement «bureau fédéral de vérification des médias mettant en danger la jeunesse»), un organisme placé sous la tutelle du ministère de la Famille allemand qui a pour mission de restreindre la diffusion et la distribution des films –mais aussi les livres, les magazines et les jeux vidéo– qu'elle estime non-adaptés à un jeune public, est en passe de devenir malgré lui le Saint Graal des collectionneurs de films porno.

Son travail de vérification systématique de tous les films diffusés en Allemagne consiste également à archiver les contenus censurés, ce qui fait écrire à l'hebdomadaire allemand Die Zeit que «le bureau de vérification dispose d'archives parmi les mieux dotées du monde».

Personne ne semblait avoir pris la mesure du potentiel de ces imposantes archives pour les collectionneurs de films porno à la recherche de la perle rare, jusqu'à qu'un amateur qui a souhaité garder l'anonymat contacte récemment la BPMJ pour acquérir une copie d'un film porno allemand sorti en 1983 et aujourd'hui quasi-introuvable. Même si la BPMJ tient secrète la liste des titres qui dorment dans ses «armoires à poisons», il est aisé de savoir ce qui s'y trouve puisque comme le souligne Die Zeit, «les films référencés sont archivés pendant au moins 25 ans», avant d'être à nouveau évalués.

Visiblement laissée pantoise par cette demande inattendue, la noble institution gardienne des mœurs de la jeunesse allemande a refusé de vendre une copie dudit film au collectionneur. Pas découragé pour autant, celui-ci a porté plainte auprès du tribunal administratif de Cologne et obtenu gain de cause. Les juges ont estimé qu'en vertu de la loi allemande sur la liberté d'information, qui permet aux citoyens d'obtenir des informations de la part des autorités sur simple demande, à quelques exceptions près (dossiers judiciaires, documents relatifs aux activités des services secrets ou au secret des affaires), cette demande se devait d'être honorée par la BPMJ, le plaignant ne souhaitant en outre que faire un usage privé du film. Et Die Zeit de conclure:

«Selon ce jugement, le bureau de vérification participe malgré lui à ce que la diversité historique des pornos soit conservée.»

Sur son blog Pornoanwalt.de, consacré à l'actualité judiciaire du porno, l'avocat spécialisé allemand Marko Dörre, lui-même assesseur bénévole auprès de la BPMJ, s'amuse de ce jugement en pastichant le logo de la BPMJ, qu'il renomme «bureau fédéral de copie des médias mettant en danger la jeunesse».

Mais ce jugement ne signifie pas pour autant que les archives du bureau de vérification seront désormais ouvertes aux amateurs de porno majeurs: pour demander une copie d'un film, il faut que ce dernier soit épuisé depuis au moins deux ans. Le jugement n'étant pas du goût de la BPMJ, qui craint de crouler sous les demandes d'informations comme c'est le cas déjà d'autres administrations allemandes, cette dernière a indiqué qu'elle allait faire appel.

Annabelle Georgen Journaliste

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