France

Nicolas Sarkozy a décidément un souci avec les questions (sauf avec les siennes)

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 02.10.2014 à 18 h 00

Repéré sur Le Figaro

Dans son interview au Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy confirme son amour pour les questions... qu'il pose.

La une du Figaro Magazine à paraître

La une du Figaro Magazine à paraître

Après l’interview de Nicolas Sarkozy par Laurent Delahousse sur France 2 le 21 septembre, qui a marqué le retour médiatique de l’ancien président, Vincent Glad s’est amusé ici à compter le nombre de questions ou de relances du journaliste restées sans réponse. Verdict: 20/45.

Nicolas Sarkozy a d’ailleurs pris à plusieurs occasions un malin plaisir à recadrer le présentateur, en faisant à chaque fois qu’il le pouvait le décompte des questions multiples dans la même phrase. Le tout pour, au final, ne répondre à aucune.

Le 2 octobre, le Figaro Magazine publie en ligne (puis vendredi dans le magazine) un nouvel épisode tout aussi soporifique du scénario du retour, une interview fleuve de Nicolas Sarkozy. Cette fois, l’ancien président nous a offert un superbe moment de monologue intérieur, se posant ou faisant mine de se poser à lui-même une quinzaine de questions. 

Qui peut vraiment croire qu'il a changé sur ce point? Hein? Qui peut le croire?

1.La question réthorique

On pose une question à laquelle on ne répond pas parce que la réponse est évidente (sélection):

LE FIGARO MAGAZINE | «Faut-il faire sauter le verrou des 35 heures comme le préconise François Fillon? Nombre de vos électeurs regrettent que vous ne l'ayez pas fait…»

NICOLAS SARKOZY | […]

Quant aux 35 heures elles-mêmes, nous avons eu un gouvernement socialiste qui a décidé un beau jour qu'on allait travailler 35 heures: position idéologique, brutale, inadaptée à la situation. Grave erreur. Mais faut-il qu'à l'idéologie des uns réponde l'idéologie des autres?

 

LE FIGARO MAGAZINE | «Vous voulez l'ouvrir au centre mais François Bayrou ou Hervé Morin, par exemple, ont déjà refusé de venir dans votre futur rassemblement!»

NICOLAS SARKOZY | […]

Ce rassemblement sera ouvert le plus largement possible à tous ceux qui voudront le rejoindre. Qui peut contester qu'il y aura besoin le moment venu, face au risque du déclin français, du rassemblement de tous?

 

LE FIGARO MAGAZINE | «Pensez-vous qu'il y a une volonté politique de vous nuire?»

NICOLAS SARKOZY | […] Y a-t-il une personne qui pense que ce n'est pas le cas?

 

LE FIGARO MAGAZINE | «15 millions d'euros sont tout de même sortis indûment des caisses de l'UMP?»

NICOLAS SARKOZY |Le Conseil constitutionnel et la commission des comptes de campagne ont épluché tous mes comptes et estimé que nous avions dépensé 450 000 euros de plus. Ça veut dire qu'ils seraient passés à côté de 15 millions de dépenses sur 22 millions de budget? Qui peut croire une fable pareille!

 

LE FIGARO MAGAZINE | «Serez-vous candidat à la primaire en vue de l'élection présidentielle?»

NICOLAS SARKOZY | […]

Il y a déjà assez de candidats, de grande qualité, pour ne pas me rajouter à la liste. Je voudrais simplement le dire à tous: quelle est votre chance de succès personnel s'il y a faillite collective? Ne vaudrait-il pas mieux au préalable réfléchir à notre réussite commune?

2.La question-réponse

Appelée aussi «faire les questions et les réponses»:

LE FIGARO MAGAZINE | «Envisagez-vous de poursuivre l'ouverture telle que vous l'avez pratiquée en 2007?» [puis, après une première réponse, la question suivante, NDLR], «Nous parlions d'ouverture politique…»

NICOLAS SARKOZY |J'avais compris. Est-ce que je referais l'expérience avec les mêmes? Ce n'est pas sûr.

 

 

LE FIGARO MAGAZINE |«Faut-il remplacer dans la Constitution le principe de précaution par le principe de responsabilité?

NICOLAS SARKOZY | […] je préfère le principe de responsabilité où vous agissez et vous en assumez les conséquences. Le monde, les autres, nos concurrents vont si vite. Peut-on être frileux? Je ne le crois pas.

Dans l’interview du 21 septembre sur France 2, Sarkozy avait déjà utilisé le procédé, qu’il maîtrise à la perfection:

«Je n’ai jamais vu une telle défiance, des gens qui décrochent, qui sont inaccessibles à tout raisonnement, qui ne sont que dans la colère.

Alors face à cela imaginez que je dise, “non moi m’intéresse pas, j’ai ma vie, j’ai ma famile, je vais très bien, merci, je m’occupe plus de ça”. Est-ce que ça aurait été digne, et cohérent, avec ce que j’ai fait depuis 35 ans? Ben j’ai estimé que non. J’avais pas envie de laisser tomber les gens.»

3.La question d'autorelance

L’interviewé souhaite prolonger le constat posé par le journaliste avant de répondre à la question elle-même:

LE FIGARO MAGAZINE | «L'exaspération fiscale monte dans le pays. Pensez-vous que l'opposition puisse sérieusement s'engager à baisser les impôts?»

NICOLAS SARKOZY | Ce n'est plus de l'exaspération, c'est devenu une quasi-révolte! En accablant les Français de 30 milliards d'impôts supplémentaires en deux ans, la gauche au pouvoir est arrivé à ce beau résultat que nombre de Français se révoltent contre le principe même de l'impôt. C'est très grave, car le consentement à l'impôt est un élément central du pacte républicain. Vous me dites: faudra-t-il les diminuer? La réponse est oui.»

4.La question de recadrage
 

Nicolas Sarkozy n’aime pas la manière dont la question est posée et, avant d’y répondre, la reformule en des termes qui lui conviennent mieux:

LE FIGARO MAGAZINE | «Faut-il supprimer l'ISF?»

NICOLAS SARKOZY | Poser la question ainsi, de manière théorique, c'est la meilleure façon de bloquer le débat. L'ISF est incontestablement un problème. Alors comment faire?

Variante: le recadrage de précision:

LE FIGARO MAGAZINE | «Les affaires font-elles peser un risque sur vous?»

NICOLAS SARKOZY | Vous voulez parler de l'affaire Bettencourt qui est sortie, comme par hasard, en pleine réforme des retraites, puis pendant la campagne présidentielle?

Variante de l’interview de France 2:

Comme l’écrit Vincent Glad, «Nicolas Sarkozy a également reproché à Laurent Delahousse de poser des questions fermées, quand il lui a demandé si, oui ou non, il reviendrait sur le mariage pour tous».

Nicolas Sarkozy l’avait alors recadré:

«Alors vous me dites comme ça "il faut répondre oui ou non"? On est à l'école?»

5.La réponse à la question de référendum

Nicolas Sarkozy formule la question du référendum qu'il souhaite organiser, et y répond:

LE FIGARO MAGAZINE | «Cette question [l’obligation d'activité pour un titulaire du RSA, NDLR] pourrait être tranchée par un référendum?»

NICOLAS SARKOZY | Bien sûr. La question pourrait être posée ainsi: est-ce que toute allocation, doit avoir comme contrepartie une activité? Pour moi la réponse est oui.

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