FranceSports

Tout le monde aime Céline Dumerc... Et tout le monde a bien raison

Yannick Cochennec, mis à jour le 03.10.2014 à 11 h 38

Meneuse de jeu de l’équipe de France de basket, Céline Dumerc est devenue l’une des figures les plus appréciées du sport français.

Céline Dumerc, pendant les JO de Londres, le  9 août 2012. REUTERS/Mike Segar

Céline Dumerc, pendant les JO de Londres, le 9 août 2012. REUTERS/Mike Segar

Les championnats du monde féminins de basket, qui se déroulent actuellement en Turquie, en ont fini avec une brève phase de poules. Place depuis le 1er octobre aux matchs couperets, ceux qu’affectionne tout particulièrement Céline Dumerc, meneuse de jeu de l’équipe de France, qui aime utiliser le hashtag #matchcouperet sur son compte Twitter.

Place surtout, vendredi 3 octobre, à un très attendu quart de finale entre la France et les Etats-Unis pour ce groupe tricolore finaliste aux Jeux olympiques de Londres en 2012 et aux championnats d’Europe en 2013 sans oublier, bien sûr, un titre continental en 2009.

Ce «petit plus», ce charisme naturel

«Tu continues ou tu meurs», a l’habitude de dire celle qui compte plus de 200 sélections, a marqué près de 1.400 points en 11 années de sélection et est peut-être aujourd’hui la sportive n°1 en France. Celle qui, en tout cas, dégage ce «petit plus» qu’on ne saurait vraiment définir au-delà d’un charisme naturel, mais qui fait toute la différence, y compris auprès de ceux qui n’y connaissent pas grand-chose à l’art de manier un ballon orange. Celle qui devient une icône gay sans avoir demandé à l’être et sans avoir surtout jamais parlé de sa vie privée. Celle qui peut vous inciter à regarder un match de basket malgré vous. Celle qui, de toute façon, est la figure de proue du championnat de France où les affiches la placent devant les autres, probablement malgré elle en raison de sa modestie naturelle.

Dans un pays qui n’a pas été culturellement préparé à se passionner pour le basket, mais qui a découvert depuis vingt ans qu’il pouvait avoir un vrai talent sur les parquets, Céline Dumerc, 32 ans, est cet autre n°9 qui a changé la donne en devenant une sorte de Tony Parker au féminin –Tony Parker qu’elle a côtoyé à l’Insep au temps de l’adolescence.

Voilà même que du haut de son «petit» 1,69m elle vient d’être sollicitée à son tour par les Etats-Unis, en WNBA, le championnat professionnel américain pour les femmes, où elle a fait une pige estivale pour l’équipe d’Atlanta Dream.

Pour la joueuse du club de Bourges, cette aventure outre-Atlantique a été l’occasion de partir à la découverte d’un autre basket et d’un autre mode de vie en pensant d’abord à elle-même avant de songer à l’équipe de France et à sa préparation dans l’optique de ces championnats du monde.

Sa grande force a été de prendre son temps pour accéder au plus haut niveau sans jamais précipiter les choses.

Lucien Legrand

Comme si l’altruisme, intimement lié à son poste au cœur de l’équipe, s’était effacé l’espace de quelques semaines au profit d’un désir plus personnel. Comme si elle avait osé être enfin égoïste même si au bout de cette expérience sportivement enrichissante, c’est le collectif qui, probablement, en tirera profit et notamment l’équipe de France...

Fille unique venue d’un milieu simple du Sud-Ouest avec un père carreleur et une mère comptable, Céline Dumerc n’a jamais rien laissé au hasard tout au long de sa vie où la valeur travail a une vraie signification à ses yeux et où elle aime remettre l’ouvrage sur le métier en raison des doutes qui l’ont toujours assaillie.

«Je suis très critique envers moi-même, disait-elle ce printemps dans un portrait que lui a accordé L’Equipe Magazine. J’aime bien m’auto-flageller. Mais attention, c’est ce qui m’a fait avancer. Oui, je cogite trop. Avant les Jeux de Londres, surtout, je préparais énormément les matchs, je voyais le plus de vidéos possible, je travaillais dur. Et puis, je suis allée aux Jeux avec l’idée de me faire plaisir. On n’avait aucune pression du résultat. Je me suis vraiment éclatée. Et j’ai fait mes meilleurs matchs. Je me suis dit alors qu’il fallait essayer de lâcher prise

Lâcher prise, à l’image de ses paniers à trois points qui ont fait le régal de l’équipe de France aux Jeux de Londres, mais prouesse technique qui implique pour elle un engagement encore plus total avec un plus grand sens des responsabilités.

Parfois, encore, un manque d'assurance

Lucien Legrand, qui l’a accueillie et suivie à l’Insep, se souvient d’une jeune femme «équilibrée ayant toujours soif d’apprendre».

«Sous bien des aspects, elle ressemble à Tony Parker dont je me suis également occupé, ajoute-t-il. Avec le temps, elle est devenue l’entraîneure bis des équipes dans lesquelles elle se trouve. Mais au départ, c’est vrai, elle n’avait pas de vraie confiance en elle et n’était pas un leader. Elle doutait plus de ses possibilités que Tony. Sa grande force a été de prendre son temps pour accéder au plus haut niveau sans jamais précipiter les choses. Elle a su notamment attendre pour aller aux Etats-Unis quand elle a jugé que ce serait utile pour sa progression.»

Pierre Fosset, président du Tango Bourges Basket, qui loue «sa rigueur et son professionnalisme», n’est pas certain, en revanche, que celle qui joue pour ses couleurs depuis une dizaine d’années soit vraiment devenue avec le temps une championne pleine d’assurance.

«Parfois, elle peut encore refuser de prendre ses responsabilités en donnant le ballon au lieu de shooter, note-t-il. Mais quand il y a le feu à la maison, il est clair qu’on peut toujours compter sur elle

Relativement réservé quant à son expérience américaine, il redoute pour elle la fatigue accumulée en raison du manque de vacances et donc la survenue d’une blessure dans les mois qui viennent.

«Je ne suis pas sûr non plus que le basket américain, très individualiste, lui corresponde complètement, précise-t-il. Mais peut-être aurons-nous la surprise de constater que cela lui aura été profitable.»

Le basket profite de l'«effet Dumerc»

Consacrée «sportive numérique de l’année» en 2014 pour son bon usage notamment des réseaux sociaux où elle sait se montrer plus authentique que d’autres sportifs cornaqués par des «community managers», Céline Dumerc possède également un vrai savoir-faire avec les médias qui étend sa large panoplie et la rend différente et séduisante.

«Lors du premier match de la France ici en Turquie, aucune fille de l'équipe de France ne s'est arrêtée en zone mixte, raconte Jonas Pouclet, du Berry Républicain, qui, en partie, la suit au fil de l’année à Bourges. Elles sont toutes rentrées très vite au vestiaire, probablement déçues et abattues à cause de la défaite contre les Turques. Seule Céline Dumerc a affronté caméras et micros. Prenant le temps de l'analyse –elle s'exprime d'ailleurs très bien et ses analyses sont percutantes– elle n'a éludé aucune question et a affronté les médias sans aucune hésitation en demandant en fin d'exercice: “C'est bon? ça vous va?” avant de rejoindre ses partenaires au vestiaire.»

La progression du basket en France est sensible actuellement avec un nombre de licenciés passé en deux ans de 468.166 à 578.207. Les femmes, qui représentent 38% du total, ont largement participé à cette belle poussée en portant sur cette période leurs effectifs de 179.353 à 220.171 joueuses affilées.

Incontestablement l’«effet Dumerc» et de celles appelées «les braqueuses» et qui ont bien l’intention de faire trébucher les Etats-Unis en Turquie. Les basketteuses américaines ont perdu une rencontre de préparation (72-76) contre la France il y a quelques jours à Paris. Voilà huit ans qu'elles n'avaient plus perdu en match officiel. Inutile donc de leur dire qui est Céline Dumerc…

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte